22/02/2014

Pascal Schumacher et Sylvain Rifflet à la Jazz Station

Voilà bien longtemps que je n’avais plus entendu ni vu Pascal Schumacher en concert.

Ce soir de St Valentin, mais surtout dans le cadre des Luxemburg Jazz Nights organisées par la Jazz Station, il présentait son duo avec le saxophoniste et clarinettiste français Sylvain Rifflet.

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Sylvain Riflet tient une place particulière dans le panorama français du jazz (on peut lire son interview, ici, sur Citizen Jazz). Adepte d’une certaine musique répétitive et chercheur infatigable du contrepoint (il travaille, entre autres, sur la musique de Moondog), son association avec le vibraphoniste luxembourgeois avait de quoi intriguer.

Et on ne fut pas déçu.

Le premier morceau démarre comme une longue envolée, lente, légère, onctueuse et sensuelle. On imagine une brise tournoyante entrainant dans son sillage une fine poudre de sable ou de poussière. Schumacher fait scintiller les sons, joue avec la réverbération et l’espace. Rifflet fait claquer la langue sur l’anche, il frappe les clés de son ténor et ses notes sont percutées plutôt que soufflées. L’effet est particulier.

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Pascal Schumacher explore, lui aussi, les sons. La frappe est vive et rebondissante. Les phrases sont courtes et évolutives. Il joue beaucoup avec la pédale pour moduler au mieux les ambiances et les résonances. Tout est assez aérien et, en même temps, très minéral. C’est un mélange percussif d’une étrange beauté.

«C≠D» explore avec subtilité le vertige des intervalles. «Bad Memory» flirte avec la nostalgie et, à la clarinette, Rifflet marque un peu plus encore les nuances entre le râle légèrement abrasif et la luminosité pure. Un autre morceau possède de petites réminiscences de chansons italiennes et joue l’alternance de moments légers et dansants avec d’autres, beaucoup plus sombres.

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Sur «Electronic Fire Gun», il est encore plus évident que le saxophoniste français ne cherche pas le «beau son» mais le refuse presque. Il préfère l’authenticité du propos. Alors il fait siffler l’anche, laisse trainer quelques impureté dans le souffle, salit un peu plus encore les accords. Bref, l’accent est mis sur la sincérité du discours pour le rendre toujours plus interpellant. Les deux musiciens se complètent parfaitement et laissent s’exprimer la personnalité de chacun avec beaucoup d’intelligence et de respect.

Rarement le duo ne prête le flanc à la démonstration mais bâtit sa musique sur les propositions de l’un ou de l’autre. Un vrai dialogue existe, à la fois très construit et ultra libre.

Alors, malgré l’aridité que l’on aurait pu craindre d’un tel projet, le duo magnétise. L’écriture ciselée, les variations subtiles, les harmonies délicates ou les rythmes fluctuants rendent cette musique captivante.

Elle peut être à la fois joyeuse et triste, complexe et simple, mais elle raconte toujours quelque chose. Et c’est cela, sans doute, l’un de ses secrets.

Voilà un projet original et très intéressant qui, espérons-le, n’est qu’au début d’une fructueuse collaboration.

 

FESTIVAL JAZZ CAMPUS 2013 - Duo Sylvain RIFFLET / Pascal SCHUMACHER - extrait concert from Maurice Salaün on Vimeo.

 

 

A+

 

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