10/02/2014

Michael Godée, Eve Beuven Quartet - MEQ au Sounds

Est-ce la mélancolie douce amère qui se dégageait de Noordzee qui a attiré Michaël Godée dans les filets mélodiques tendus par Eve Beuvens ou bien, est-ce le chant ensorceleur du soprano de Michaël Godée qui a séduit la belle pianiste belge?

Toujours est-il que ces deux musiciens se sont trouvés un terrain musical commun.

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Le projet MEQ (pour Michaël Eve Quartet) respire les embruns, les étendues frileuses, la douceur blanche.

Ce soir du 31 janvier au Sounds, le public est très attentif au dialogue subtil qui s’établit entre les musiciens. Le toucher de la pianiste est délicat. Eve effleure le clavier dans une gestuelle large, ample, presque théâtrale. Elle se balance doucement de gauche à droite, elle semble flotter au dessus du clavier, au rythme des mélodies.

Michaël Godée, au devant de la scène, délivre un jeu pur, clair et bien défini. Il va souvent chercher les notes hautes, pour ajouter de la légèreté à la finesse. Son jeu est chatoyant, souple et contorsionnant. Mais il sait aussi être plus virevoltant et certains solos (sur «Nous n’irons plus au bois», par exemple) sont de vraies prouesses.

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«A», un morceau chaloupé et sensuel, ne se laisse pas faire facilement non plus. Les chemins parfois assez tortueux qui mènent au thème donnent l’occasion au soprano de s’affranchir de quelques trouvailles plus incisives encore.

Les deux co-leaders ne sont pas seuls et ils peuvent compter sur une rythmique sobre mais très efficace. Thomas Markusson, contrebassiste au jeu profond et feutré, ne se contente d’ailleurs pas d’un simple accompagnement. Régulièrement, il injecte quelques phrases plus musclées dans le discours poétique de l’ensemble.

Eve en profite pour dialoguer tendrement avec lui avant d’imposer plus autoritairement son jeu, toujours aussi lumineux et aérien. De son côté, Johan Birgenius, derrière sa batterie, use avec beaucoup d’à-propos de balais et de fines baguettes.

Chez MEQ, l’obsession de la mélodie est évidente jusque dans le solo de contrebasse, en introduction à «En Lang Fredag», très inventif et sophistiqué, qui reste cependant d’une très grande lisibilité.

Si le swing ne semble pas être le moteur principal du groupe, il s’infiltre cependant partout dans des compositions évolutives. Un tempo sous-terrain, retenu, serré et sourd se dégage sur «Dokker», tandis que «Silly Sally», est délibérément plus enlevé, plus tendu.

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Chacun des chorus permet d’ouvrir une porte imaginaire vers un autre. Couleurs et rythmes se mélangent avec délicatesse et le groupe fait régulièrement références, par petites touches, à la musique classique, à la tarentelle, à la musique médiévale, à l’orientalisme aussi parfois… Bref, il nous fait voyager.

La musique de MEQ ressemble à ces nuages qui défilent rapidement sur les îles des mers du nord. La luminosité, les couleurs et les températures changent tout le temps. La musique joue les surprises, ne cesse de se renouveler. Les musiciens brassent les sentiments, passent du chaleureux au frissonnant, du spleen à l’insouciance, de l’incertitude à l’évidence. Dans ce faux calme, tout est sensible et doux.

Un joli concert où la sobriété côtoie l’élégance et le raffinement, où le jazz doux, souvent mélancolique, n’hésite pas à laisser entrer quelques jolis rayons de lumière.

Une ode à la tendresse et à la flânerie non dénuées de surprises. Bref, un concert qui fait du bien.

 

 

A+

(Merci à Didier Wagner pour les photos ! )

 

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