02/02/2014

Raffaele Casarono Locomotive au Sounds

Quasi complet et archi bourré. Samedi 25 janvier, le Sounds avait fait le plein. Comme la veille, du reste. Heureusement, Sergio m’avait dégoté une petite place près de la scène. Me voilà entouré de charmantes italiennes, dont certaines avaient fait le déplacement tout spécialement de Lecce… Cet engouement était provoqué par la venue du saxophoniste Raffaele Casarano, mais aussi et surtout par la présence exceptionnelle de Giuliano Sangiorgi (leader du groupe Negramaro), véritable pop star en Italie. Autant dire que ça parlait italien à toutes les tables.

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Raffaele Casarano et son Locomotive (Marco Bardoscia (cb), Marcello Nisi (dm) et l’audacieux  Mirko Signorile (p)) présentaient leur dernier album, Noé, sorti tout récemment sur le label de Paolo Fresu, Tǔk Music. Un album apaisé, sensuel et délicat.

Depuis ses débuts, Casarano a affiné son style et on peut même dire qu’avec Noé, il a trouvé une vraie ligne directrice. Les choix sont plus clairs et bien définis. Bien entendu, on y retrouve toujours les influences qui peuplent son univers, mais elles sont mieux maitrisées. Les delays, échos et autres effets sont utilisés avec beaucoup plus de parcimonie.

Ce que le saxophoniste n’a pas abandonné par contre – mais, ici aussi, tout est mieux canalisé – c’est l’énergie. Car Casarano se donne à fond. Il va chercher très loin la moindre mélodie pour la malaxer, la triturer et l’explorer avec intensité ou rage presque. Le leader n’a pourtant pas un son puissant et c’est plutôt dans la façon dont il projette les sons et les moments où il le fait qui donnent cette impression. On pourrait d’ailleurs dire la même chose de Marco Bardoscia, à la contrebasse, qui semble être un «propulseur» de tempi. Il vient constamment booster le rythme et marquer le temps avec force, tout en jouant avec les intervalles et les silences. Marcello Nisi, quant à lui, frappe sèchement et, en bon complice, donne une réplique parfaite au contrebassiste. Simple, malin et efficace.

Tout cela permet à Mirko Signorile de profiter de grands espaces pour développer un jeu lumineux et fiévreux. Les attaques sont souvent tranchantes, le phrasé vif et le jeu ouvert. Mais il sait aussi se faire très lyrique, voire romantique, en évitant toujours la facilité.

Ce mélange de jazz mainstream et de modernité offre une belle lisibilité musicale non dénuée de surprises ni de trouvailles. «Oriental Food», «Gaia» ou «Legend» - thème fétiche de Casarano - font mouche.

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Le public est chaud et, quand Giuliano Sangiorgi monte sur scène, une certaine frénésie parcourt la salle.

La voix graineuse, un peu trainante et légèrement éraillée, Sangiorgi salue son public et prend la pose. Il sait y faire. Il se laisse emmener par les notes clairsemées du pianiste, le laisse organiser quelques phrases bluesy et enchaîne «Blue Valentines» de Tom Waits et «My Funny Valentine» qu’il termine de façon assez musclée. La voix est envoûtante et le chanteur s’intègre parfaitement à l’ensemble.

On élargit le jazz, on laisse entrer un peu de chanson et un peu de pop, mais on garde l’esprit et on laisse toujours de la place à l’improvisation et à la magie de l’instant.

Locomotive n’a pas peur de prendre des risques, de tordre un peu la musique pour mieux se l’approprier. La présence d’un guitariste, Giancarlo Del Vitto, invité à rejoindre le groupe pour quelques morceaux, n’y est sans doute pas pour rien non plus.

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Pour terminer ce très long set, le groupe reprend un traditionnel italien, «Lu rusciu de lu mare», magnifiquement intimiste et mélancolique, dont les arrangements rappellent un peu le merveilleux «From Gagarin’s Point Of View» d’E.S.T de la grande époque.

Et après une pause bien méritée - dans une joyeuse ambiance - toute la bande remonte sur scène et se lance dans une sorte de grande jam – près d’une heure, quand même - offrant compos personnelles (de Casarano ou de Sangiorgi, «Solo per te»), standards de jazz et reprises pop («No Surprises» de Radiohead entre autres)...

Oui, c’était la fête au Sounds, et le jazz italien - décidément souvent surprenant - était une fois de plus très convainquant ce soir.

Grazie mille e arrivederci a tutti.

 

 

A+

 

 

 

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