05/01/2014

Octurn - Songbook of Changes - au Sounds

On avait quitté Octurn sur un programme très ambitieux (trop?) qui réunissait six musiciens du groupe et six moines chanteurs venus tout droit du Tibet. J’en avais parlé ici à l’époque. Un album est sorti ensuite (là, par contre, je n’en ai pas parlé et j’en suis confus). Il faut admettre que, si la musique de Kailash est très intéressante et même très prenante, sur disque, elle semble perdre un peu de la puissance émotionnelle que l’on ressentait sur scène. Kailash est quand même une expérience assez particulière que je vous invite à essayer. Pour cela, ouvrez bien grand votre esprit, oubliez tout et laissez-vous faire…

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L’Octurn nouveau - réuni ce samedi 4 janvier au Sounds - est réduit à quatre… Mais peut-on parler de «réduction» lorsque le groupe se compose de Dré Pallemaerts (dm), Jozef Dumoulin (keys), Fabian Fiorini (p) et bien sûr Bo Van Der Werf (bs) ?

L’esprit est toujours aussi aventureux et créatif, mais peut-être plus dans les «habitudes» octuriennes. «Habitudes», pour un tel groupe, n’est certainement pas synonyme de banal, simpliste ou irréfléchi. Bien au contraire. Cette fois-ci, et selon les dires de Bo, Octurn travaille sur des blocs, des modules aléatoires. Les modules étant une mélodie ou une structure que chacun des musiciens peut rejoindre, influer ou tordre selon son humeur ou sa sensibilité du moment.

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La musique ressemble donc à une grande roue qui tourne doucement et dont les balancelles, arrivées à un certain point, se retournent et influencent ainsi la vitesse de rotation ou même l’équilibre de l’ensemble. C’est un peu aussi comme du sable qui coule entre les doigts dont le débit fluctuant semble difficilement contrôlable.

La musique glisse et s’infiltre entre les formes et les rythmes lancinants avec sensualité ou angoisse, avec force ou avec une extrême délicatesse.

Chaque morceau est un tissage complexe qui, au final, offre des motifs inimaginables.

Chaque thème se développe souvent lentement mais avec intensité. Ils remuent les sens, doucement, profondément. Tout est mouvement, progression, transformation.

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Les courtes phrases répétitives et nuancées de Bo Van Der Werf se fraient un chemin entre le drumming limpide et fin de Dré Pallemaerts. Du bout des ses baguettes ou des balais, il brasse les tempos feutrés et ciselés puis soudainement claquants.

Le piano de Fabian Fiorini - qui alterne mélodies romantiques et abstractions - donne la réplique au Fender Rhodes trafiqué de Jozef Dumoulin. A l’aide de nombreux oscillateurs, convertisseurs et autres pédales d’effets, le grand Jozef module sans cesse les nappes de sons. Il les étire, les étouffe. Il en fait des voiles, des courants d’air.

Le son minéral se mêle au son aquatique. La musique ressemble parfois à une anamorphose de Kertész. Les sons se tordent avec souplesse et élégance et trouvent toujours leur chemin.

L’univers est étonnant, envoûtant et passionnant. On vibre, on rêve, on frissonne, on flotte.

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Le groupe explore une autre façon de dépouiller la musique, de la purifier presque. Octurn nous raconte des histoires comme lui seul peut le faire, avec un style incomparable, avec poésie et intelligence. Il rouvre des pistes à la musique improvisée et nous libère à nouveau l’esprit.



PS : Au fait, qui a dit (comme je le soulignais dans le billet précédent) que cette musique, que ce jazz ultra contemporain, n’intéressait personne ? Ce soir – et la veille, déjà – le Sounds était blindé ! Et cela ne fait pas plaisir qu’à Sergio, croyez moi.

A+

 

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