10/12/2013

Lionel Beuvens Quartet - Jazz9 à Mazy

Je n’avais eu l’occasion de voir le nouveau quartette de Lionel Beuvens que lors du dernier Belgian Jazz Meeting à Liège. A peine une demi-heure et trois morceaux, c’était un peu court. Mais cela m’avait mis l’eau à la bouche. D’autant plus que Trinité, l’album paru chez Igloo, avait déjà pas mal tourné sur la platine et m’avait agréablement chatouillé les oreilles (et je n’en n’ai même pas parlé… quelle honte!).

Grâce au Jazz Tour, le groupe était à Jazz9 ce samedi 7 décembre. Pas d’hésitation, direction Mazy.

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Je m’attendais à un concert d’une belle tenue, mais pas d’une telle intensité et d’une telle inventivité.

Avec «A», qui ouvre le bal, le groove monte rapidement. C’est comme la corde d’un arc que l’on tend. Toujours plus fort, toujours plus loin. C’est comme une fièvre qui monte sans que l’on ne s’en rende vraiment compte.

Au piano, Alexi Tuomarila attise la cadence. Avec frénésie, agilité et précision, ses doigts courent sur le clavier. Il nous emmène au sommet d’une montagne russe et puis nous lâche dans une descente sinueuse et vertigineuse. Le wagonnet est fou et sans frein.

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Brice Soniano malaxe avec force les cordes de sa contrebasse, tout en nervosité ronde et enveloppante. Les cordes claquent avec profondeur et puissance. C’est à la fois haletant et rassurant. Il joue avec les silences et les espaces. Il oxygène et fait respirer la musique, il donne du souffle aux rythmes.

Ouf, nous voilà dans un creux. Tout se calme… faussement. La trompette de Kalevi Louhivuori, mi-brumeuse, mi-claquante, prend le relais. Le son est feutré, étiré et nuancé. Rien ne vient de façon abrupte et encore moins attendue.

Les solos s’enchaînent sans forcer. Et «s’enchaîner» est vraiment le mot. Ils se fondent les uns aux autres. Sur des tempos fluctuants où la puissance se confond avec l’énergie. La démonstration est superbe.

En tant que batteur, le leader sait faire exister le groove, sans nécessairement l’imposer ou le faire trop remarquer. Et en tant que compositeur, il sait aussi faire remonter à la surface tout le lyrisme et la poésie des harmonies et des mélodies. Voilà certainement les forces de Lionel Beuvens.

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Il faut admettre aussi qu’il a trouvé, dans le chef d'Alexi Tuomarila (son ami de longue date) un partenaire idéal et un complice parfait pour libérer sa musique.

Le toucher du pianiste finlandais est en tout point remarquable. Il enchaîne avec une clarté déconcertante les successions d’accords arpégés. Il injecte de la luminosité à chaque note. On le sent plein d’idées qui ne demandent qu’à être partagées.

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Quant au trompettiste, il ne prend jamais la route prévue, celle qui pourrait rassurer. Son jeu est plein d’inventivité. Même dans les codas, il trouve encore le moyen de surprendre. Le son est pur, pareil à un ciel d’hiver débarrassé de toute pollution.

On pense parfois à une version moderne des Fats Navarro ou Thad Jones, ou à tous ces souffleurs de hard bop qui jouaient leur vie sur un chorus.

S’il y a de la transe dans certains morceaux («Mucho Loco», bien loin de la version enregistrée) il y a aussi de la douceur et de la lenteur qui évoquent des plaines désertes, nues et froides (sur «Fragile» notamment). Louhivuori utilise des effets électro pour déposer par nappes successives ses chants aériens et fantomatiques (ici, c’est à Arve Henriksen que l’on pense).

Les deux sets passent vite. Sans que l’on ne s’en rende compte. On ne s’ennuie pas un seul instant.

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Dans la foulée d’une tournée pareille (c’était la quinzième date consécutive ce soir, il y avait eu les JazzLab Series avant) on aimerait que le groupe entre à nouveau en studio, immédiatement, pour graver ce moment, pour poser un jalon et mesurer le bond artistique accompli depuis l’enregistrement de Trinité.

Il serait dommage de laisser retomber le soufflé. On sent dans ce groupe une spirale ascendante intense et créatrice.

Deux rappels – et pas de faux rappels – viendront à peine à bout d’un public enthousiaste mais surtout conquis. Du jazz comme celui-là, tout le monde en redemande.

Ça tombe bien, le groupe sera encore en concert à St Georges sur Meuse, à la Jazz Station, au Monk, à Eupen et St Hubert. Ne ratez pas ça !



A+

 

 

 

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