24/11/2013

Flagey fête Marc Moulin - Flagey

Pour fêter comme il se doit Marc Moulin (disparu trop tôt, il y a 5 ans déjà), Flagey avait mis les petits plats dans les grands. Pouvait-on faire moins pour ce grand monsieur qui, mine de rien, fut à l’origine de quelques importantes évolutions musicales ?

Inutile de dire que le paquebot affichait complet ce mercredi 20 novembre. Ultra complet même.

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Aux environs de 19h, dans les petites salles des studios 1 et 2, bien vite remplies, l’excellentissime et émouvante émission Belpop (déjà diffusée, début octobre, sur Canevas) resituait le personnage. On a beau connaître Marc Moulin, on se rend compte, une fois de plus, du côté visionnaire, créatif, curieux – et tellement humble – de l’homme.

Mais il est déjà 20h.30, plus de temps à perdre, rendez-vous sur la scène du Studio 4 où Christa Jérôme, de sa voix graineuse et sensuelle nous accueille avec «Who Knows» (un titre inédit que l’on peut entendre sur la toute dernière compilation de quelques titres emblématiques de Marc Moulin Songs and Moods) suivi du bien nommé «I Am You».

Le ton est donné, la ligne est tracée et les artistes défilent en toute décontraction – comme l’aimait Marc - et sans temps morts sur la scène. Bravo à Jan Hautekiet - maître de cérémonie et pianiste de cette soirée - pour la performance.

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Antoine Chance et Alec Mansion viennent alors déposer de belle manière leurs témoignages, mais l’émotion monte réellement d’un cran (voire plus) lorsque Dan Lacksman et Michel Moers viennent mimer un «Moslow Dislow» (remix unreleased, chanté ici par Kylie Minogue, du célèbre «Moscow Diskow»). Les deux complices de Marc Moulin, assis sur deux des trois chaises alignées sous le grand écran, calquent la gestuelle du mythique groupe Telex dans le film projeté juste au-dessus d’eux. Surréaliste, décalé, drôle… mais surtout très émouvant. L’esprit Moulin est toujours bien vivant. Tonnerre d’applaudissements.

Quoi de plus naturel alors que d’enchaîner avec la disco pop de Bertrand Burgalat, avant de remonter dans le temps en compagnie de Carlo Nardozza (tp), Peter Vandendriessche (as), Fabrice Alleman (ts) et le compagnon des débuts Richard Rousselet (tp) pour évoquer Placebo avec un «Humpty Dumpty» qui n’a pas pris une ride ! 40 ans et plus actuel que jamais. Le groove d’enfer est entretenu par une rythmique qui ne l’est pas moins (Patrick Dorcéan aux drums, Paul Flush à l’orgue Hammond et Renoar Hadri à la basse électrique). Ça claque avec onctuosité et richesse.

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Puis, sous un nouveau tonnerre d’applaudissements, Philip Catherine entre en scène accompagné de Nicolas Fiszman (eb). Sur un thème funky soul («Memphis Talk»), la guitare de Catherine se fait plus électrique que jamais. Les arpèges sinueux et sensuels s’enchaînent et poussent Peter Vandendriessche à se lancer dans un solo gras et rocailleux. Merveilleusement black, merveilleusement roots. On sait d’où vient ce sorcier blanc de Marc Moulin. Alors, on contrebalance rapidement avec l’intimiste «Tenderly» qui permet à Nicolas Fiszman, cette fois-ci, de développer un solo magique et très inspiré.

Nouveau temps fort avant une courte pause : Alain Chamfort et Bertrand Burgalat reprennent en duo «L’ennemi dans la glace».

Alain Chamfort, qui doit beaucoup à Marc Moulin pour l’avoir «crédibiliser» auprès d’un certain public, plus élitiste peut-être, n’est pas avare de compliments envers son ami. Avec humour, lucidité et humilité il improvise un petit discours d’une touchante sincérité. «Avec Marc, j’avais l’impression d’être plus intelligent, ça fait du bien...» dira-t-il dans un sourire entendu. C’est vrai que Marc Moulin avait le don de mettre en valeur les qualités et les talents des personnes qu’il rencontrait. Avec lui, tout semblait possible.

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Après l’entracte qui permet à tout le beau monde réuni à Flagey de se retrouver (on y croise Philippe Geluck, Kroll, Alain Debaisieux, Soda, Fred Jannin, Jacques Mercier, Serge Honorez, Gilbert Lederman et bien d’autres encore), on redémarre avec un tube de Placebo – décidément très moderne ! -  avant d’enchaîner avec «Organ» (tiré de l’album Top Secret). Ce dernier morceau permet à Fabrice Alleman de nous offrir une impro brûlante et intense. Il louvoie entre les rythmes, s’échappe, s’envole, éclate presque. La liberté du jazz dans l’électro lounge et la dance

Et l’on se dit alors qu’il y a indéniablement une touch Marc Moulin dans toutes les musiques que l’on entend depuis le début de la soirée. C’est évident. Qu'elles soient jazz, pop, électro, récente ou anciennes, il y a un groove, une pulsation unique et singulière, un son… une voix.

La voix, c’est aussi celle de Jeanna Celeste (que je ne connaissais pas, je l’avoue) qui, flanquée de l’inimitable et trop discret Bert Joris (tp), nous balance un soul blues langoureux et sexy. Question voix, Christa Jérôme n’a rien à lui envier. Son «Lucky Charm» (lui aussi inédit) est une petite perle.

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Mais voici un autre moment très attendu… les Sparks ! Arrivés tout droit de Los Angeles, Russel Mael et Ron Mael (toujours faussement sérieux, figé depuis 1978 dans son indémodable chemise à manches courtes et cravate) interprètent - après avoir lu une lettre touchante et pleine d’humour que Marc Moulin leur avait adressée - «Tell Me It's A Dream» (de Telex) et bien sûr l’inévitable tube «This Town Ain't Big Enough For Both Of Us» qui rend hystérique la grande salle du studio 4. Que de souvenirs remontent alors à la mémoire ! Russel n’a rien perdu de ses qualités vocales et Ron assure un jeu très alerte derrière son clavier. A deux, ils mettent le feu.

Jacques Duvall se présente alors et éteint l’incendie. Mais il en rallume un autre. Différent. Pas moins violent. En duo avec Daan, il nous offre un intime «Guess What Color I Am», scandé sombrement à la manière des Last Poets.

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Christa Jérôme, omniprésente et très émue, revient partager avec Daan – la voix plus gainsbourienne que jamais - «Me And My Ego», avant de retrouver d’autres choristes (dont la sublime Milla Brune) sur «Welcome To The Club» et «Everyday Is D Day» qui vibrent à la manière d’un gospel.

On plonge une dernière fois - et avec délice - dans «Into The Dark» qui fait presque se lever la salle. Un dernier cadeau pour finir : l’émouvant «Promise Land» a cappella.

On est au bord des larmes. Les lumières se rallument. La salle est debout et applaudit. Longuement.

Oui, Marc Moulin méritait bien ça !


PS : Merci mille fois à Bernard Rosenberg pour les superbes photos !

 

A+

 

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