11/11/2013

Bambi Pang Pang à l'Archiduc

 

J’avais déjà entendu le nom de Seppe Gebruers circuler dans le milieu du jazz. J’avais aussi vu la toute fin de sa prestation sur la grande scène de Jazz Middelheim (!) cet été avec… Andrew Cyrille (!!!). C’est d’ailleurs à cette occasion qu’est né Bambi Pang Pang.

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Bambi Pang Pang, ce sont en partie les membres de Ifa y Xango (qui avait remporté le prix jeunes talent au Gent Jazz Festival en 2011), c’est à dire - outre Seppe Gebruers (p) - Laurens Smet (cb) et Viktor Perdieus (ts), mais aussi Jakob Warmenbol (dm).

Ce samedi 9, novembre à l’Archiduc, l’occasion m’était enfin donnée d’entendre un concert complet de Bambi Pang Pang.

L’Archiduc, en fin d’après-midi, un samedi après le shopping, ça peut être bruyant. Cependant, Bambi Pang Pang arrive à faire passer sa musique. Il faut dire qu’elle n’a rien de «tendre».  Pourtant, si le premier morceau est aussi éclaté qu’éclatant, le second est plus dépouillé. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas moins puissant.

Le jeu de Seppe Geruers est ferme, à la fois découpé et détaché. Il pousse ses ostinati au paroxysme, jusqu’à les vider de leurs sens. Il est capable de phrases extrêmement articulées qui, soudainement, deviennent très abstraites. A l’instar d’un Cecil Taylor ou d’un Don Pullen, il écrase les accords d’un roulement de poignet, fait le grand écart entre les graves et les aigus, martèle furieusement le clavier. Puis revient esquisser quelques mélodies.

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Viktor Perdieus s’infiltre dans cet écheveau de notes à l’aide des phrases courtes, percutantes et répétitives. Il explore l’esprit modal le plus radical dans un flot musical circulaire et ascendant. Puis il rebondit sur les accords cassés, décollés et décalés du pianiste.

Laurens Smet et Jakob Warmenbol assurent, quant à eux, une rythmique hyper mobile et mouvante. Attentifs aux moindres soubresauts et changements de directions – et ils sont nombreux – des solistes. On est pris entre la transe, la recherche de la syncope absolue et les accords erratiques. On est entraîné dans une sorte de danse tribale.

Mais la musique, robuste et sans concession, peut aussi se faire plus délicate, et l’on perçoit peut-être alors une lointaine influence d’un Igor Stravinsky.

Bambi Pang Pang va parfois assez loin dans l’exploration sonore. Gebruers plonge alors dans le piano,  Warmenbol fait crisser les cymbales, Smet malaxe les cordes et Pardieus fait couiner et geindre son ténor. Et, de ce magma sonore, il en ressort petit à petit une musique puissante et presque dansante.

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A force de remuer les sons, Bambi Pang Pang risque bien de trouver quelques nouvelles voix dans un free jazz qui se joue résolument avec les tripes et avec une sensibilité à fleur de peau.

Pour continuer à explorer l’univers de ses jeunes jazzmen très prometteurs, allez écouter l’album «Abraham» de Ifa y Xango mais aussi l’incroyable «Antiduo» de Seppe Gebruers en compagnie d’un autre maître… Erik Vermeulen.



A bon entendeur.

A+

 

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