22/09/2013

Jonathan Kreisberg - One

 

jonathan kreisberg,chronique

One est le premier effort en solo de Jonathan Kreisberg.

On avait déjà apprécié les talents du guitariste américain sur ses précédents et excellents albums (Shadowless, Night Songs, South of Everywhere…), mais cet exercice en solo permet de mettre encore plus en évidence ses qualités.

Sans aucun artifice ni recours aux loops ou overdubs, Kreisberg nous livre un album virtuose qui évite intelligemment de faire étalage de prouesses techniques ou de tomber dans le piège de la démonstration. Kreisberg est un guitariste sensible et toujours au service de la mélodie et One en est la preuve.

Il propose ici une sélection de standards - pas que de jazz - qui lui tiennent particulièrement à cœur.

«Hallelujah» de Leonard Cohen par exemple (magnifiquement immortalisé par Jeff Buckley – «Comme si cette chanson avait été écrite pour lui seul», dira d’ailleurs Kreisberg) est brillant de pureté et de sensibilité. Le guitariste habite totalement la chanson. Ses doigts caressent les cordes d’une façon inouïe et toute l’âme et la puissance spirituelle en sont ici exaltées. Il y a de la retenue, du recueillement et un sens profond du timing qui irrigue chaque note d’un véritable sentiment. C’est peut-être l’une des meilleures versions de ce thème qui n’ait jamais été proposée.

Si «Hallelujah» est à coup sûr l’un des grands moments de l’album, il ne faudrait pas occulter «Summertime» «Skylark» ou «Tenderly» qui se dévoilent dans un phraser clair et limpide sur un balancement rythmique impeccable. Discrètement, Kreisberg agrémente ces thèmes de fins et légers ornements qui font respirer l’ensemble. Le guitariste fait parler les résonances, laisse s’infiltrer les silences et fait flotter la musique.

Aux côtés de ces ballades, Kreisberg aborde aussi des thèmes plus enlevés, sans pour autant en augmenter excessivement les tempos. Ses arrangements sur «My Favorite Things» ou «ESP», nous permettent d’apprécier ces monuments du jazz sous un autre angle. Gorgés de tradition et saupoudrés d’un esprit très actuel, ils prennent ici une autre saveur.

Il faut souligner également la manière dont Kreisberg extrait l’essence de la musique Brésilienne sur «Canto de Ossanha» en échappant aux stéréotypes, ainsi que de sa façon de doser les coups d’accélérateur sur «Caravan». De belles leçons de bon goût.

Sur deux très courtes compositions personnelles, qui tranchent avec l’ensemble de l’album, («Without a Shadow» et «Escape from Lower Formant Shift»), Kreisberg explore les matières et les effets (la guitare se fait orgue, par exemple) comme pour jouer le rôle de générique et de coda au disque.

One est un album d’une très grande élégance et d’une sensibilité totalement contrôlée, qui se redécouvre à chaque écoute tant il est riche de subtilités. Jonathan Kreisberg est à classer parmi les tout grands guitaristes actuels et il serait vraiment temps de l’entendre à nouveau sur l’une ou l’autre de nos scènes européennes à l’avenir... Effet garanti.



A+

 

01:28 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jonathan kreisberg, chronique |  Facebook |

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