20/06/2013

John Russell - Rue Haute à Bruxelles


J’avoue que je ne connaissais pas très bien le travail de John Russell. Bien sûr j’avais déjà entendu, ici ou là, ses performances avec Evan Parker, John Butcher ou encore Paul Lovens. Mais tout cela était toujours resté un peu en surface chez moi.

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Ce mardi 11, j’avais l’occasion d’approfondir mes connaissances car John Russel se produisait en solo dans une toute petite pièce d’une maison, pratiquement à l’abandon, de la Rue Haute à Bruxelles. L’initiative de ce concert en revient à quelques fondus de free jazz et de jazz avant-gardiste hautement improvisé. Un public très averti d’une petite trentaine de personnes se serre autour du guitariste. L’ambiance est assez particulière. Détendue et fébrile à la fois. Assez «underground».

John Russell, s’installe et annonce qu’il a de nouvelles cordes et qu’il ne sait pas ce qu’il va jouer. Mais, en maître de l’impro, il se lance sans attendre, comme on se jette dans un fleuve sans savoir nager.

Si la prise de guitare est très classique, son jeu l’est nettement moins. Le doigté sur le manche est même parfois très peu orthodoxe. Le son est ultra sec, sans résonance. Le plectre écorche les cordes. Fidèle à son style, Russell improvise des motifs abstraits. Mais de l’abstraction naissent des formes, des pulsations rythmiques courtes et aléatoires.

La musique hésite entre moments torturés, bruts et erratiques et moments ultra minimalistes. Russel s’obstine à empêcher les mélodies de naître. Sitôt qu’elles se dessinent, il les casse, change la forme, change de direction. C’est le challenge perpétuel qu’il s’impose. Il travaille le son comme la matière. A la manière d’un artiste d’Acting Painting.

Il sculpte, casse, jette les sons. Il explore sa guitare, en sort des sons minéraux, des cris étouffés, des silences vibrants. Il scie presque les cordes avec l’ongle. Les fait grincer. Puis il les pince rapidement.

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Étonnamment, le rythme, aussi éclaté qu’il soit, se révèle. Et Russell réussi à nous intégrer dans son mouvement. Il nous fait découvrir et accepter son univers et son langage. Mine de rien des courtes phrases se forment, comme des mots échappés de la conscience. Incontrôlés…

Et pourtant, au deuxième set, Russel reprend le motif là où il ‘avait laissé. Dans son esprit, tout est clair et lucide. Le dernier arpège est gravé dans sa mémoire. Il sait exactement où il est. Mais il ne sait pas où il va. C’est son instinct d’improvisateur qui lui fait trouver son chemin.



L’expérience, dans ce lieu exigu, pas plus grand qu’une chambre d’étudiant, est fascinante. L’endroit et le moment sont idéaux pour faire le vide, pour oublier tous nos repères et accepter cette musique qui refuse de porter son nom.

A+

 

 

 

22:49 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : john russell, karel label |  Facebook |

18/06/2013

Rails & Axel Gilain Quartet - Studio Grez


Axel Gilain, Joao Lobo ou Yannick Dupont, entre autres, m’avaient déjà parlé de cet endroit aussi accueillant qu’étonnant qu’est le Studio Grez, un grand espace caché à l’arrière d’un immeuble - genre vieille factory - aménagé dans un esprit loft.

Ce lundi 11 juin, j’y mettais les pieds pour la première fois. Et sans doute pas la dernière.

Ce soir, c’est double concert.

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D’abord, il y a Rails. Un trio fraichement formé par Sylvain Darrifourcq (dm), Manu Hermia (ts, ss, fl) et Valentin Ceccaldi (violoncelle), pour répondre à une carte blanche au prochain festival Orléans Jazz. C’est là-bas, l’année dernière, que l’idée est née. Valentin Ceccaldi jouait avec Marcel & Solange juste avant (ou après?) le trio Rajazz de Manu Hermia. Rencontre, discussions, atomes crochus et proposition du programmateur de monter un trio pour l’année suivante.

Rails, c’est une musique à la fois très écrite (car complexe et sophistiquée) et à la fois très ouverte aux improvisations. Mais, au-delà des harmonies et des mélodies, il s’agit aussi de jouer sur les textures, les atmosphères, les rythmes et les respirations.

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Sylvain Darrifourcq (que l’on a déjà entendu aux côtés d’Emile Parisien) invente des tempos très particuliers. A l’aide de mini-capteurs, qu’il place sur différentes parties de sa batterie (un peu comme le fait un Guillaume Perret sur son sax), il trafique le son, invente des vibrations ou crée des résonnances qu’il module, répète ou gèle. L’effet électro, particulier et original, est étonnant. L’association avec le violoncelle, au son boisé, parfois mystérieux, mélodique ou abstrait, fonctionne à merveille. Les ambiances se font et se défont. Parfois, le temps se suspend. Parfois le choc éclate. La musique circule et s’emmêle autour du soprano ou du ténor de Manu Hermia qui dépose délicatement les phrases. Ou qui les répète à l’infini, comme dans une transe. Les motifs enflent et se font de plus en plus intenses.

Cet univers particulier, personnel et fascinant, laisse présager une collaboration qui devrait durer au-delà du rendez-vous au festival d’Orléans. Du moins, il faut l’espérer. Il serait dommage de ne pas continuer une expérience qui semble avoir du potentiel…

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On aménage ensuite rapidement la scène pour faire place au deuxième concert. Axel Gilain (cb), l’une des chevilles ouvrières du collectif du Studio Grez, a rassemblé autour de lui les membres de son quartette : Lieven Venken (dm), Nicolas Kummert (ts) et Clément Noury (g) qui remplaçait ce soir l’habituel pianiste Bram De Looze.

La musique d’Axel est peut-être plus groovy, plus «linéaire» aussi, mais ne manque pas d’originalité ni de puissance. Elle est souvent construite autour d’un riff ou d’une pulsation qui emprunte au blues et aussi parfois à la musique africaine. Très à l’aise dans ce contexte, Nicolas Kummert s’exprime dans des chorus charnus et chaleureux. Ça bouge et ça danse. Clément Noury navigue entre rock West Coast, parfois même Country Rock, et distribue les riffs tendus, façon Scofield, ou des sons plus étirés, façon Bill Frisell. Le jeu est souple, mordant mais sans agressivité. La sensualité se fait toujours sentir.

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Il faut dire aussi que la musique d’Axel Gilain respire l’humanité et la fraternité. Elle est bien à l’image du personnage. Elle lui ressemble. Le dialogue, l’échange et l’attention à l’égard de l’autre en sont les caractéristiques principales. Sa contrebasse résonne et sonne comme si elle était le prolongement de sa voix. Affirmée et détachée à la fois.

Pour parfaire le tout, le son mat et un peu étouffé de la batterie de Lieven Venken, marque le tempo, avec sobriété et efficacité. Toujours au service du groupe. L’ensemble est un jazz de caractère, actuel, accessible et intelligent. Et rassembleur.

Voilà qui donne envie de réentendre ce groupe rapidement.

A bon entendeur…

A+

 

 

 

17/06/2013

Daramad - Daramad


Changeons d’horizon. Allons écouter du jazz Australien. Oui, enfin, Australien, pas vraiment, même si les musiciens de Daramad vivent tous là-bas. Certains y sont nés, comme Mark Cain ou Philip Waldron, d’autres ont fait le voyage d’Iran, comme Reza Mirzaei.

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Et puis, avec les saz, cajon, tabla, riq, oud, clarinette ou tombak, pour ne citer que quelques exemples, la musique est plutôt fortement marquée «Middle East».

Et s’il y a du jazz chez Daramad, c’est surtout dans l’esprit des improvisations. Parfois discrètes, souvent subtiles, toujours mélodiques. S’il y a du jazz, c’est aussi dans l’idée d’une ouverture aux mondes. S’il y a du jazz, c’est dans l’envie de retrouver des racines ancestrales pour les faire fleurir au présent. Alors, n’allez pas y chercher du bop ou même du swing, vous feriez fausse route. Mais restons zen. Après tout, Rabih Abou-Khalil, Anouar Brahem ou d’autres encore, ont trouvé leur place dans le jazz. Pourquoi pas Daramad ?

«Isfahan», qui ouvre l’album, est sans doute le morceau qui résume le mieux les idées du groupe. Le morceau rassemble les rythmes ondoyants et sensuels de la musique persane, des moments d’introspection et de solitude, mais aussi des évasions enthousiastes d’une musique improvisée et charmeuse. Ici, les différences,les dialogues  et finalement les échanges se fondent avec beaucoup de naturel.

Daramad ne cède jamais à la facilité qui risquerait de faire de cette world-music un mélange grossier et banal. Il y a un certain respect de la musique traditionnelle.

Ainsi, «Magpie» brûle de sentiments forts. Les envolées lyriques de Mark Cain à la clarinette répondent aux attaques de Reza Mirzaei au saz et de Michael Zolker au oud, avant qu’un accord final, amorcé par un discours sobre et déterminé de Philip Waldron à la contrebasse, ne se trouve. Sur «Zornery» ou «Dashti», les improvisations au sax - façon jazz - sont beaucoup plus évidentes. Quant aux solos hypnotiques de Saeed Danesh, aux percus, ils font rapidement monter l’adrénaline.

Pourtant, le voyage est souvent calme et plein de délicatesse car Daramad prend son temps pour exposer les thèmes et soigner les motifs. Et c’est bien agréable.

A l'arrivée, le traditionnel arabo-andalou «Lamma Bada» (que les amateurs de Dead Can Dance et Lisa Gerrard doivent connaître) ferme en douceur et en méditation un album au charme envoûtant. Pourquoi ne pas tenter l’expérience ?

A+

 

15/06/2013

Anne Wolf Trio - A l'Heptone


Comme elle le dit elle-même, Anne Wolf a cherché longtemps et très loin un percussionniste qui se trouvait tout près. Stephan Pougin a, en effet, rejoint récemment la pianiste et son bassiste Théo De Jong pour une nouvelle aventure en trio. Et ce n’est pas plus mal car Pougin amène avec lui une palette de sons et de rythmes très étendus et très variés. Cela élargirait-il encore un peu plus l’horizon ? C’est bien possible. Bien sûr, on connait l’amour d’Anne Wolf pour les rythmes latins. Et son phrasé ainsi que ses arrangements s’en ressentent toujours. On ne se refait pas.

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A l’Heptone (nouveau et très agréable club de la région de Ittre), par un beau dimanche après-midi ensoleillé, la musique chaude, lumineuse et poétique était toute indiquée pour passer un bon moment. Et ceux qui avaient délaissés les terrasses des cafés ou la finale de Roland Garros s’en sont d'ailleurs réjouis.

Après trois compositions empruntées à différents artistes («Beatrice» de Sam Rivers, «Oceano» de Djavan ou un «Bernie’s Tune», très joliment revisité façon samba), le trio propose alors un original, «Babu, Buba & Seedy», au parfum délicieusement africain.

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Le touché de Anne Wolf se fait aérien, très sensible, presque effacé derrière les bongos, congas et cajon de Stephan Pougin et la basse acoustique de Théo De Jong. Mais son jeu sera bien plus ferme et bien mis en avant sur le crépusculaire «Moon at Noon». Les notes se détachent, parlent à elles-même, comme s’il fallait les laisser méditer. Le tempo est ralenti, l’ambiance est intime et mélancolique. Et le frisson parcourt la salle.

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Le jeu de Théo De Jong est souple et d’une grande finesse. Sa basse acoustique lui permet d’explorer et de développer des phrases assez élaborées, qui se fondent aux mélodies. Ses solos, plutôt courts, sont d’une justesse irréprochable, toujours dans le droit fil de l’histoire.

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Au second set, l’arrivée de la flûtiste Esinam Dogbatse (qui jouera aussi du Pandero sur un autre titre) apporte d’autres nuances à l’ensemble. La couleur est festive d’abord, sur «Bebe» (d’Hermeto Pascoal), puis très mystique sur «Le chemin de Pierre », en hommage à Pierre van Dormael. Il y a beaucoup de sensibilité dans le jeu de Dogbatse et un sens inné de la respiration. L’association avec le trio est parfaite. La rencontre a quelque chose de magique (la pianiste et la flûtiste avaient répété rapidement quelques jours avant). Il est des alchimies qui ne se contrôlent pas et qui donnent des résultats plutôt convaincants.

Le trio, devenu quartette, enchaîne alors avec grâce et douceur «D’Août» puis «Choro Par Nao Choar», et nous fait voyager entre une larme et un sourire, comme dirait l’ami Toots. C’est d’ailleurs bien ainsi que l’on pourrait définir la musique d’Anne Wolf.

Ce trio, nouvelle formule, ouvre la perspective de jolis moments à venir. Et c'est tant mieux.

A+

 

10/06/2013

Jetsky - La Boule d'Or


Samedi 9 juin, 22h30, à la Boule d’Or à Saint-Gilles – un tout petit bistro-restaurant, super sympathique et très bruyant – on passe en boucle quelques titres des Andrews Sisters en attendant que les musiciens s’installent.

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Les musiciens, ce sont Jan Rzewski (ss), Emmanuel Louis (g) et Pascal Rousseau (tuba). Soit : Jetsky, un trio qui s’est formé voici plus de quatre ans avec la ferme intention de proposer un jazz très métissé et très ouvert. Comme son nom le laisse supposer, Jetsky surfe sans crainte sur les eaux parfois houleuses de la musique contemporaine et du jazz avant-gardiste (école Garrett List), qu’il mixe à la musique italienne (tendance Nino Rota), au klezmer, au flamenco, au jazz manouche et à plein d’autres choses encore…

Autant dire que cette musique, très riche et très changeante – tellement mouvante qu’elle paraît parfois même indomptable -  n’est pas toujours des plus simples à exécuter. Et dans le va-et-vient et le brouhaha de ce début de concert, il faut une sacrée dose de concentration au trio pour réussir ce tour de force. Mais bien vite, la musique canalise l’attention et galvanise l’enthousiasme du public.

Non content de mixer toutes ces influences musicales, Jetsky mélange sans arrêt les lignes rythmiques et les tempos. Il n’hésite pas non plus à ouvrir toujours plus l’espace pour offrir encore plus de libertés aux improvisations.

C’est ainsi qu’Emmanuel Louis n’hésite pas une seconde pour prendre des solos avec une assurance insolente. C’est un véritable feu d’artifice. Il ne ménage pas les cordes de sa guitare. Le son est métallique et coupant, le jeu est sec et nerveux. Abstrait parfois. Un peu à la manière d’un Fred Frith ou d'un Derek Bailey. Et pourtant, on sent chez lui un fond de blues. Un blues sale et mal élevé. Un blues qui se frotte au rock. Parfois aussi, il lance des sons, des grincements, des gémissements via son sampler, pour enrichir encore l’histoire.

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Ce jazz de fête à l’italienne qui cache la douleur ou la gravité, ce jazz déjanté où le chaos se mêle à la danse (un couple tentera même quelques passes), ce joyeux bordel qui s’installe partout dans le bistro et dans nos têtes fait réagir le public qui siffle, crie et applaudi.

Pascal Rousseau, infatigable, joue le rôle de la basse, du battement, de la pompe… L’exercice est physique mais le tubiste ne lâche pas. Il est impressionnant d’énergie mais aussi de justesse. Et lui aussi impose ses improvisations dès qu’une faille s’entrouvre. Impressionnant.

Quant à Jan Rzewki (auteur de la quasi totalité des morceaux), il dessine les lignes mélodiques avec fougue. Il montre le chemin, provoque le dialogue, accompagne puis lâche ses compagnons pour revenir par un chemin détourner. Il enchaîne les mélodies complexes, monte dans les aigus, tient la note et revient sur des phrases plus complexes encore… Tout en swinguant.

Tout cela tient en équilibre sur un fil très fin. Mais Jetsky trace, glisse et slalome… jusqu'au bout. Comme pour prouver que l’on peut faire de la musique complexe, intelligente, bourrée de références et s’amuser à en perdre la tête.

A+

 

07/06/2013

Folk Tassignon - Dancing On The Rim


Haaa, l’univers particulier de Sophie Tassignon et Suzanne Folk

Entre jazz et musique de chambre, Dancing On The Rim, le dernier album du duo belgo-berlinois est une plongée musicale au pays des merveilles. Avec juste ce qu’il faut d’onirisme, de frissons, de douceurs et de pleurs.

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Depuis quelques années déjà, Folk et Tassignon (accompagnées de Lothar Ohlmeier à la clarinette basse et de Andreas Waelti à la contrebasse) se sont construit un monde bien personnel. Un monde qui mélange le présent dans le discours, une certaine idée du passé dans les harmonies et toute l’intemporalité des sentiments dans les mots.

Et c’est cette mystérieuse alchimie qui rend le projet captivant. Les histoires s’écoutent comme on lit un grand livre de fables. Des histoires légèrement nostalgiques, faites de regrets ou d’espoirs, qui se dessinent puis se dissipent joliment dans un esprit souvent joyeux, parfois tourmenté, toujours lucide. Le chant très sensuel de Tassignon met en évidence des paroles qui touchent, qui frôlent la peau mais aussi l’esprit.

Chaque arrangement est ciselé, intelligent et sensible. Chaque instrument trouve sa place et joue un rôle essentiel dans le récit. Rien n’est inutile. Le style narratif singulier et le sens de la tension nous interpellent, nous accrochent et nous fascinent. Entre ballades légères («Mélanie», «You Complete Me»), chansons lumineuses («No One»), plus sombres («The March Of Time») ou plus torturées («Ode To Don't», dans lequel il faut souligner le très beau travail du contrebassiste), la palette des sentiments semble infinie. Profitant d’une évidente complicité, le groupe se sent pousser des ailes et ose toujours aller un peu plus loin. Ainsi, les vocalises sur «Last Portrait» sont assez étonnantes, tout comme l’est ce solo de clarinette basse, tout en suspension, lenteur et introspection, au milieu de «I Close My Eyes»… quelle grande idée.

La voix pincée de Sophie Tassignon contraste avec la rondeur de la clarinette basse. Le saxophone délicat de Suzanne Folk s’appuie sur le son boisé de la contrebasse. Les fluctuations rythmiques, presque imperceptibles, accentuent le côté instable et fragile des compositions. Voilà sans doute quelques-uns des ingrédients qui font de ce «Dancing On The Rim» - le bien nommé - un disque bien plus qu’attachant.

Alors, si vous cherchez une musique différente, sensible et harmonieuse, qui sort des sentiers battus, n’hésitez pas à aller danser avec ces deux filles au bord du jazz.



A+

 

 

 

03/06/2013

Yves Peeters Group - Jazz Station


La musique du Yves Peeters Group est très imagée. Pas étonnant que son album (sorti chez De Werf l’année dernière) s’appelle «All You See». D’ailleurs, le projet est parfois augmenté (quand la salle le permet) de projections vidéos.

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Ce samedi 1 juin, à la Jazz Station, nous n’aurons que le son. Les images, nous les fabriquerons dans la tête. Mais puisque je vous dis que la musique est très évocatrice…

Alors, derrière sa batterie, Yves Peeters nous ouvre son album photo. Ou plutôt son carnet de voyage.

Il y a d’abord un parfum d’Afrique qui en émane, comme pour réaffirmer la source du blues et du jazz. «Look There Is Alive» plante rapidement le décor.

Là où, sur l’album, Nicolas Kummert (absent aujourd’hui) joue au serpent ondulant - glissant et insaisissable - Jereon Van Herzeele (ts, ss) (qui le remplace) joue au singe agile - nerveux et batailleur - qui saute de branches en branches en poussant des cris stridents.

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La machine est lancée, «Try To Stop Us» fonce à 100 à l’heure. Frederik Leroux (eg) enchaîne les riffs, tendance rock du bayou. Yves Peeters fait claquer sa batterie, comme pour briser les barrières et les frontières. Ferme. Résolu. Déterminé. Ça trace.

Mais le groupe ne laisse jamais de côté les sentiments, l’amitié, le souvenir : «Sad News» - ballade légèrement amère - se promène entre tristesse et espoir. Quelques sanglots perlent dans le chant du soprano de Van Herzeele, soutenu et rassuré par la basse électrique sinueuse et voluptueuse de Nic Thys.

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Et le voyage continu avec «New Mexico», puis avec «Lifeline» qui évolue comme une danse tournoyante, comme une ronde infinie, comme une spirale ascendante ouverte aux improvisations galopantes. Nic Thys amorce, Leroux embraye et Van Herzeele conclut.

La musique du groupe respire les grands espaces et la lumière chaude. Elle fait référence au blues. Beaucoup. Clairement. Comme sur «Nightscape», une véritable perle ! Brulante d’intensité. Frederik Leroux fait transpirer sa guitare, le son est étiré, gras et sensuel. Jeroen Van Herzeele sonne presque comme Gene Ammons. Yves Peeters marque au fer rouge le tempo. Nicolas Thys enfonce le clou. Et le groupe va puiser plus profond encore, va creuser, va gratter pour atteindre les racines du blues.

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La lumière, la chaleur, l’humanité et l’échange, voilà ce que recherchent Yves Peeters et son groupe. Avec «Hats And Bags», la critique est claire et nette. Il faut s’échapper de l’agressivité des shoppings et des temples presque inhumains de la surconsommation – évoqué par un jazz-rock bruyant et éclaté - pour retrouver le calme et la sérénité.

Alors, ensemble, ils rejoignent «Bamako». Là-bas, et malgré les difficultés, la fête, les amis et le bonheur sont plus forts que tout. La vraie vie, en quelque sorte.

On pourra revoir et réécouter les histoires du Yves Peeters Group lors du prochain Brosella le dimanche 14 juillet. Ou plus tard au 30CC à Leuven en septembre et à Evergem en octobre… avec les images, cette fois-ci.

N’hésitez pas. Vous allez voir ce que vous allez voir...


A+