18/06/2013

Rails & Axel Gilain Quartet - Studio Grez


Axel Gilain, Joao Lobo ou Yannick Dupont, entre autres, m’avaient déjà parlé de cet endroit aussi accueillant qu’étonnant qu’est le Studio Grez, un grand espace caché à l’arrière d’un immeuble - genre vieille factory - aménagé dans un esprit loft.

Ce lundi 11 juin, j’y mettais les pieds pour la première fois. Et sans doute pas la dernière.

Ce soir, c’est double concert.

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D’abord, il y a Rails. Un trio fraichement formé par Sylvain Darrifourcq (dm), Manu Hermia (ts, ss, fl) et Valentin Ceccaldi (violoncelle), pour répondre à une carte blanche au prochain festival Orléans Jazz. C’est là-bas, l’année dernière, que l’idée est née. Valentin Ceccaldi jouait avec Marcel & Solange juste avant (ou après?) le trio Rajazz de Manu Hermia. Rencontre, discussions, atomes crochus et proposition du programmateur de monter un trio pour l’année suivante.

Rails, c’est une musique à la fois très écrite (car complexe et sophistiquée) et à la fois très ouverte aux improvisations. Mais, au-delà des harmonies et des mélodies, il s’agit aussi de jouer sur les textures, les atmosphères, les rythmes et les respirations.

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Sylvain Darrifourcq (que l’on a déjà entendu aux côtés d’Emile Parisien) invente des tempos très particuliers. A l’aide de mini-capteurs, qu’il place sur différentes parties de sa batterie (un peu comme le fait un Guillaume Perret sur son sax), il trafique le son, invente des vibrations ou crée des résonnances qu’il module, répète ou gèle. L’effet électro, particulier et original, est étonnant. L’association avec le violoncelle, au son boisé, parfois mystérieux, mélodique ou abstrait, fonctionne à merveille. Les ambiances se font et se défont. Parfois, le temps se suspend. Parfois le choc éclate. La musique circule et s’emmêle autour du soprano ou du ténor de Manu Hermia qui dépose délicatement les phrases. Ou qui les répète à l’infini, comme dans une transe. Les motifs enflent et se font de plus en plus intenses.

Cet univers particulier, personnel et fascinant, laisse présager une collaboration qui devrait durer au-delà du rendez-vous au festival d’Orléans. Du moins, il faut l’espérer. Il serait dommage de ne pas continuer une expérience qui semble avoir du potentiel…

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On aménage ensuite rapidement la scène pour faire place au deuxième concert. Axel Gilain (cb), l’une des chevilles ouvrières du collectif du Studio Grez, a rassemblé autour de lui les membres de son quartette : Lieven Venken (dm), Nicolas Kummert (ts) et Clément Noury (g) qui remplaçait ce soir l’habituel pianiste Bram De Looze.

La musique d’Axel est peut-être plus groovy, plus «linéaire» aussi, mais ne manque pas d’originalité ni de puissance. Elle est souvent construite autour d’un riff ou d’une pulsation qui emprunte au blues et aussi parfois à la musique africaine. Très à l’aise dans ce contexte, Nicolas Kummert s’exprime dans des chorus charnus et chaleureux. Ça bouge et ça danse. Clément Noury navigue entre rock West Coast, parfois même Country Rock, et distribue les riffs tendus, façon Scofield, ou des sons plus étirés, façon Bill Frisell. Le jeu est souple, mordant mais sans agressivité. La sensualité se fait toujours sentir.

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Il faut dire aussi que la musique d’Axel Gilain respire l’humanité et la fraternité. Elle est bien à l’image du personnage. Elle lui ressemble. Le dialogue, l’échange et l’attention à l’égard de l’autre en sont les caractéristiques principales. Sa contrebasse résonne et sonne comme si elle était le prolongement de sa voix. Affirmée et détachée à la fois.

Pour parfaire le tout, le son mat et un peu étouffé de la batterie de Lieven Venken, marque le tempo, avec sobriété et efficacité. Toujours au service du groupe. L’ensemble est un jazz de caractère, actuel, accessible et intelligent. Et rassembleur.

Voilà qui donne envie de réentendre ce groupe rapidement.

A bon entendeur…

A+

 

 

 

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