10/06/2013

Jetsky - La Boule d'Or


Samedi 9 juin, 22h30, à la Boule d’Or à Saint-Gilles – un tout petit bistro-restaurant, super sympathique et très bruyant – on passe en boucle quelques titres des Andrews Sisters en attendant que les musiciens s’installent.

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Les musiciens, ce sont Jan Rzewski (ss), Emmanuel Louis (g) et Pascal Rousseau (tuba). Soit : Jetsky, un trio qui s’est formé voici plus de quatre ans avec la ferme intention de proposer un jazz très métissé et très ouvert. Comme son nom le laisse supposer, Jetsky surfe sans crainte sur les eaux parfois houleuses de la musique contemporaine et du jazz avant-gardiste (école Garrett List), qu’il mixe à la musique italienne (tendance Nino Rota), au klezmer, au flamenco, au jazz manouche et à plein d’autres choses encore…

Autant dire que cette musique, très riche et très changeante – tellement mouvante qu’elle paraît parfois même indomptable -  n’est pas toujours des plus simples à exécuter. Et dans le va-et-vient et le brouhaha de ce début de concert, il faut une sacrée dose de concentration au trio pour réussir ce tour de force. Mais bien vite, la musique canalise l’attention et galvanise l’enthousiasme du public.

Non content de mixer toutes ces influences musicales, Jetsky mélange sans arrêt les lignes rythmiques et les tempos. Il n’hésite pas non plus à ouvrir toujours plus l’espace pour offrir encore plus de libertés aux improvisations.

C’est ainsi qu’Emmanuel Louis n’hésite pas une seconde pour prendre des solos avec une assurance insolente. C’est un véritable feu d’artifice. Il ne ménage pas les cordes de sa guitare. Le son est métallique et coupant, le jeu est sec et nerveux. Abstrait parfois. Un peu à la manière d’un Fred Frith ou d'un Derek Bailey. Et pourtant, on sent chez lui un fond de blues. Un blues sale et mal élevé. Un blues qui se frotte au rock. Parfois aussi, il lance des sons, des grincements, des gémissements via son sampler, pour enrichir encore l’histoire.

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Ce jazz de fête à l’italienne qui cache la douleur ou la gravité, ce jazz déjanté où le chaos se mêle à la danse (un couple tentera même quelques passes), ce joyeux bordel qui s’installe partout dans le bistro et dans nos têtes fait réagir le public qui siffle, crie et applaudi.

Pascal Rousseau, infatigable, joue le rôle de la basse, du battement, de la pompe… L’exercice est physique mais le tubiste ne lâche pas. Il est impressionnant d’énergie mais aussi de justesse. Et lui aussi impose ses improvisations dès qu’une faille s’entrouvre. Impressionnant.

Quant à Jan Rzewki (auteur de la quasi totalité des morceaux), il dessine les lignes mélodiques avec fougue. Il montre le chemin, provoque le dialogue, accompagne puis lâche ses compagnons pour revenir par un chemin détourner. Il enchaîne les mélodies complexes, monte dans les aigus, tient la note et revient sur des phrases plus complexes encore… Tout en swinguant.

Tout cela tient en équilibre sur un fil très fin. Mais Jetsky trace, glisse et slalome… jusqu'au bout. Comme pour prouver que l’on peut faire de la musique complexe, intelligente, bourrée de références et s’amuser à en perdre la tête.

A+

 

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