22/05/2013

Tim Berne 7 - The Stone NY


Le Stone est au coin de la Second Street et de l’Avenue C.

Murs aveugles et badigeonnés de graffitis. L’immeuble semble presque abandonné. On devine une minuscule inscription sur la porte en alu. C’est bien là.

L’intérieur est très austère. Sorte de mini-loft minimaliste. Murs blancs, rideaux noirs, photos des jazzmen qui ont fait la renommée du lieu, un alignement de chaises et… c’est tout. On vient au Stone pour écouter de la musique, point barre !

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Ce samedi 11 mai, c’est pour le septette de Tim Berne que le public s’est rassemblé.

Dan Weiss aux drums, Ches Smith au vibraphone et percus, Michael Formanek à la contrebasse, Ryan Ferreira à la guitare électrique, Oscar Noriega à la clarinette et clarinette basse et Matt Mitchell au piano. Fameuse équipe.

On s’installe, on s’accroche, ça démarre sec.

Après «Rommate N°2», pièce complètement dingue et éclatée, c’est «Lamé N°3», un morceau évolutif et puissant, presque symphonique. Très écrit et pourtant propice à l’improvisation. La musique de Tim Berne est sans doute inspirée, volontairement ou non, par les travaux d'un Edgard Varèse ou par la musique concrète en général. Dans un chaos maîtrisé on atteint vite un climax oppressant… avant que tout ne s’écroule en un gros rythme binaire, en mid-tempo.

L’expérience est, d’entrée de jeu, saisissante. Mais ce n’est rien avec la suite, «Roommate N°4» est sans doute encore plus complexe et extrême.

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Le tempo mouvant imprimé par Dan Weiss se mélange a celui, découpé, de Formanek. Il en résulte un équilibre vacillant. Ajoutez à cela les coups de mailloches de Ches Smith sur les clochettes, cymbales, woodblocks, vibra et congas, autour desquels s’entortillent les éclaboussures d’accords de Matt Mitchell et vous comprenez qu’il y a de quoi être désorienté. Et pourtant. Tout cela à un sens. Tout cela se construit et s’imbrique.

Quand ce n’est pas Tim Berne qui ébauche la ligne mélodique, c’est Oscar Noriega qui met le feu (sur «Forever Hammered» notamment). Le son est âpre, sans fioriture, brut de décoffrage.

La musique est puissante et copieuse. De ce magma en fusion perpétuel émerge régulièrement des petites zones délicates dans lesquels l’un ou l’autre soliste peut improviser, souffler, s’oxygéner. Et nous aussi.

Cette musique, extrêmement écrite et très cérébrale, et demande une attention de tous les instants. C’est pourquoi, sans doute, entre les morceaux, Tim Berne s’amuse à blaguer avec le public. Comme s’il voulait désamorcer les tensions. Prendre du recul. Car, si la musique est sérieuse, les musiciens ne le sont pas toujours.



La musique se développe par nappes, par couches. On évolue dans des atmosphères étranges, parfois étouffantes. On flotte dans un univers mystérieux et inquiétant. Les brisures surgissent, accentuant l’inconfort. Et dans ce voyage dans l’inconnu, on découvre chaque fois une nouvelle planète, une nouvelle organisation, une nouvelle façon de respirer.

Puis, au bout du chemin, comme une véritable catharsis, tout explose. Les mondes sont en miettes. Et ce big bang musical permet de tout reconstruire. A nouveau. Sans aucun repère.

La musique de Tim Berne est ardue, certes, mais tellement fascinante.

J’avoue ne pas toujours savoir où il veut aller ni ce qu’il veut démontrer mais, intérieurement, sa musique fait son chemin. Et c’est sans doute cela le plus troublant.


A+

 

 

 

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