19/05/2013

Greg Glassman Quintet - Fat Cat NY

Le nom de Greg Glassman ne m’était pas totalement inconnu, mais j'avoue que je n’en savais pas vraiment beaucoup plus à propos de ce trompettiste. L’occasion était trop belle pour aller le découvrir au Fat Cat ce jeudi 9 mai.

Ce newyorkais a deux albums en tant que leader à son actif, a pas mal tourné avec les Skatalites, et a fait ses classes aux côtés de Marcus Belgrave ou Clark Terry.

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Le Fat Cat est un endroit étonnant où la moitié du public joue au ping-pong, aux échecs, au billard ou encore au shuffleboard… L’autre vient écouter du jazz. L’ambiance y est unique, électrique, bruyante et surchauffée.

Pour se faire entendre, pas d’alternative, il faut “envoyer”.

Ça tombe plutôt bien, Greg Glassman - entouré de Ari Ambrose (ts), Jeremy Manasia (p), Joseph Leporte (cb) et Jason Brown (dm) - a de l’énergie à revendre. Et quand le quintette balance un premier thème à la Lee Morgan… ça joue ! Et pas un peu.

Entre hard, post-bop et soul jazz, le quintette mélange originaux et standards («Soul Eyes» de Mal Waldron, «Phalanges» de Clark Terry...) avec le même bonheur. On pense bien sûr un peu à Kenny Dorham ou Donald Byrd, mais il y a, en plus, un côté très actuel et moderne dans ce jazz enivrant.

Les attaques de Glassman sont claires et puissantes, le phrasé limpide et énergique. L’articulation est parfois légèrement imprécise, mais à cette allure et dans ce flot rythmique incessant, ça passe. Ça passe même très bien.

Au piano, Jeremy Manasia prend ses solos avec fermeté. Les phrases déferlent en cascades dans un esprit modal. Ça enfle, ça fait des vagues et ça s’élance dans le vide. Il joue des notes détachées, souvent dans les aigues à la manière d'un Duke Pearson. Dans un flow nerveux, enrobé d'une sensualité chaude.

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Ari Ambrose - qui remplaçait Stacy Dillard ce soir - déroule les chorus lumineux jusqu’à en perdre le souffle. Ici, on se donne à fond. Il faut dire que derrière, la rythmique n’est pas du genre à se la jouer cool. L’excellent Jason Brown (entendu aux côtés de Wayne Escoffery) pousse et pousse encore. Ses interventions sont explosives, denses et serrées. Et chaque fin de solo est propice à un changement de tempo.

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Le quintette joue avec les trippes, le cœur et l’âme. Et quand il passe sur un blues, on ressent en permanence cette pulsation swinguante qui bouillonne.

On ne perd pas une minute entre les morceaux, tout s’enchaîne et se déchaine. Et le public, celui qui est venu pour le jazz et qui s’écrase dans les fauteuils défoncés, alignés devant la scène, applaudit, tape du pied, siffle et en redemande. Pas question de lâcher la pression.

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Alors, pour (presque) terminer le concert, Glassman lance les premières mesures de «‘Round Midnight». Immédiatement, comme excité par l’alcool et la nuit, le thème est boosté par un tempo qui ne cesse de s’accélérer, irrémédiablement, pour prendre des allures de jam. C’est à ce moment que Stacy Dillard (qui jouait un autre gig plus tôt dans la soirée) se joint à la bande. Le morceau, improvisé, éclate littéralement. Dillard (Roy Hargrove, Mingus Big Band…) qui possède un son d’enfer, mêlant tradition et modernité, emmène le groupe encore plus loin, encore plus haut… Une folie.

Décidemment, ce jazz, quand il est revisité avec une telle détermination et une exaltation aussi sincère, n’est pas près de mourir.

A+

 

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