23/02/2013

Listen Closely

 Vienne c’est Stauss ou Mozart pour les uns, Gustav Klimt, Stephan Zweig ou le Danube, Le Troisième Homme et la Zacher Torte pour les autres.

Et à Vienne, qu’en est-il du jazz ? On n’y pense pas automatiquement.

Pourtant, comme à Berlin, Paris, Amsterdam ou Bruxelles, le jazz y a sa place. A Vienne, les clubs s’appellent Jazzland, Porgy And Bess, Miles Smiles ou encore Jazz Cafe Bird… Pour ne citer qu’eux.

Et Daniel Noesig (qu’on connaît bien en Belgique pour l’avoir vu jouer avec Take The Duck), Angel Reisinger, Le Vienna Jazz Orchestra et bien sûr Joe Zawinul, ce n’est pas rien quand même.

Oui, il y a une scène jazz.

Et il y a aussi un jeune label, Listen Closely, créé par le saxophoniste Werner Zangerle.

J’avais rencontré Werner lors d’un concert du guitariste Tchèque Petr Zelenka au Sounds. Un concert très ouvert, dans un esprit avant-gardiste et free. Je pensais alors que Zangerle officiait essentiellement dans le genre, surtout après l’avoir entendu avec son Trio ZaVoCC - à la pochette complètement improbable (digne de Heidi ou de la Mélodie du Bonheur) - qui joue la carte de l’impro, mélangée à la noise et à l’électro planante. Mais, à l’écoute de Panto notamment, l’univers de Zangerle m’a paru finalement bien plus nuancé.

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Le label Listen Closely est donc né d’une volonté de donner de la visibilité à de jeunes jazzmen autrichiens mais aussi de décloisonner les genres. En deux ans d’existence, cinq disques ont déjà vu le jour. Cinq albums aux univers forcément différents.

Rapide tour d’horizon.

Commençons par l’album Panto du quartette de Werner Zangerle (ts) qui réunit Matthias Löscher (eg), Matthias Pichler (cb) et Klemens Marktl (dm).

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Cet album, brillant et frais, rappelle par moment l’esprit du Trio Fly de Mark Turner sur «Lucid» par exemple et surtout sur «Rise and Fall» qui, comme son titre le laisse supposer, évolue par cycles successifs, reliés par quelques beaux solos de contrebasse et de guitare. On perçoit aussi, au travers d’une forme parfois plus traditionnelle («Let Fools To Be Fools»), des intonations plus marquées, à la Chris Cheek, dans le chef de Zangerle. Il faut souligner aussi le jeu remarquable et très personnel du contrebassiste Matthias Pichler tout au long de l’album qui pousse souvent le groupe à aller de l’avant. L’album est d’une belle homogénéité qui ne manque cependant pas de diversité. Quand «It’s Getting Cold» se décline à la manière d’une belle ballade jazz, que «Lamento» montre un côté plus sombre et introverti, le morceau «Panto» n’hésite pas à brouiller les pistes et à se faire plus incisif, plus bruitiste, voire plus rock. Et là, c’est le guitariste qui surprend.

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L’album Songs About Birds and Horses du Philipp Harnisch Quartet est d’un tout autre genre. Sans doute plus radical.

L’ambiance y est mystérieuse, plutôt torturée mais néanmoins poétique. Il y a dans ce quartette une manière plus froide et plus nordique daborder le jazz. Un mélange subtil de jazz avant-gardiste, de recueillement et de contemplation. Bien qu’il soit leader, le saxophoniste Philipp Harnisch, laisse beaucoup de place au pianiste Elias Stemeseder. Les mélodies, presque décharnées (comme sur le très beau «Purple Days»), sétendent lentement avant d’être traversées par des attaques agressives venues de tous bords («Steel Horses» ou «Pulsate»).

Des bribes de mélodies désenchantées se déploient doucement dans des ambiances parfois brumeuses. Le toucher de Stemeseder oscille entre la fermeté – dans les ostinatos – et la langueur. Tout se développe avec une certaine lenteur au son d’un drumming parfois désarticulé de Maximilian Santner. Harnisch n’hésite pas alors à faire crisser son saxophone et à le faire rugir («Pulsate»).

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Souvenir est l’œuvre de Memplex - Niki Dolp (dm), Mario Rom (tp), Werner Zangerle (ts, ss), David Six (p), Walter Singer (cb) - un quintet dont lesprit flirte parfois avec celui d’un mini big band explorateur. Si les deux premiers morceaux sont plutôt swinguants, la suite est plus nuancée. «Plantlet», en piano solo de Niki Dolp (qui a lâché un instant sa batterie), se fait minimaliste et «Auganblicke», sur lequel on retrouve Philip Harnerisch au sax, propose un jazz plus avant-gardiste. Puis, une marche lente («This Tiring Chase») sur laquelle on a invité une chanteuse (Mira Lu Kovacs), fait penser à certains travaux de Mara Carlyle ou de Sidsel Endresen. Un autre chanteur, Willi Landl, est également invité (sur «Tim Talk») et rappelle, en fin de morceau, les excentricités vocales d’un Médéric Collignon. Souvenir est traversé de multiples influences mais n’en est pas pour autant incohérent. C’est même plutôt intéressant.

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Un trio à cordes : violon, contrebasse et guitare. Un peu de mélancolie et de fragilité qui jouent sur le malaise, la fêlure et aussi l’insouciance. C’est Jetset Suite de Christoph Mallinger (v), Reinhard Schraml (g), Martin Heinzle (cb).

Le trio fait très attention à l’équilibre des timbres : tous unis, tous différents. Entre tentations slaves et blues, «Ewald» rappellerait presque le Hot Club de France. L’archet de la contrebasse met en valeur le violon, et la guitare prend de l’assurance, se met en avant et crée de l’espace. C’est enlevé et joyeux aussi sur «The Evil Twin». Mais souvent, la mélancolie l’emporte. Les arrangements se complexifient. La ligne artistique du trio n’est peut-être pas fermement définie et l’on navigue souvent entre deux eaux… mais c’est sans doute cela qui est intéressant. Le trio refuse la formalité et lorgne du côté de l’Espagne («El que»), de la ballade insouciante qui rappelle l’association Stéphane Grapelli et Philip Catherine («Das Gansl und sein Wirt») ou du baroque («Herbstgedicht»). Entre musique de chambre et le jazz bohème, ce disque, très personnel, est plutôt très agréable à écouter.

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Et enfin, il y a Hypnotic Zone avec La Justice, les Filles et l’éternité. Il y a indéniablement une recherche philosophique dans ce travail. Rien n’est laissé à la simple beauté de la musique. Il y a une envie de fond, de message sous-jacent, de réflexion. Le pianiste d’origine grecque, Villy Paraskevopoulos, s’est entouré de Stefan Thaler (cb), Niki Dolp (dm) pour délivrer une musique à la fois lyrique et envoûtante, aux accents qui rappellent parfois Paul Bley. Après un démarrage en force (cordes de contrebasse qui claquent, drumming graisseux et accords plaqués de piano), Hypnotique Zone nous emmène dans un jazz assez minimaliste, souvent emprunt de mystère et de retenue. Le dialogue entre les trois musiciens est précis et plein de finesse. Le groupe se ménage aussi beaucoup d’espace et de temps pour laisser respirer la musique. Le disque est même «chapitré» et ponctué par de courts interludes improvisés. Une très belle découverte.

Bref, voilà un label qui mérite un peu d’attention. Surtout que l’on annonce un sixième album avec Ingrid Schmoliner (p, voix) Joachim Badenhorst (bc, ts) et Pascal Niggenkemper (cb). On salive déjà.




A suivre.

A+

 

11/02/2013

Alexandre Furnelle Quartet - Tribute to Charlie Haden - Sounds


Charlie Haden est un immense contrebassiste et un grand mélodiste. Alex Furnelle est, lui aussi, contrebassiste. Et amoureux des belles mélodies.

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Alors, pourquoi ne pas reprendre le répertoire du maître ? Ce n’est pas si courant, après tout. Et puis, pourquoi ne se limiter qu’aux seules œuvres de Haden et ne pas élargir le spectre, en allant chercher d’autres morceaux emblématiques (de Keith Jarrett, Ornette Coleman ou de Carla Bley) que Haden a illuminé de sa présence ? Surtout que toutes ces compositions sont souvent d’une richesse incroyables et permettent de belles et nombreuses digressions. Pourquoi s’en priver ?

Alex Furnelle s’est donc entouré de Jan De Haas à la batterie, de Peter Hertmans à la guitare électrique et de Ben Sluijs au sax alto et à la flûte, et leur donné rendez-vous au Sounds samedi 22 décembre.

N’hésitant pas à raconter quelques anecdotes et à donner nombre d’info sur les morceaux qu’il joue, Alex Furnelle possède ce joli sens didactique et charismatique qui n’est pas pour déplaire. On sait dès lors où l’on met les oreilles et l’on en apprécie encore un peu plus la musique.

«The Death And The Flower» (Jarrett) - introduit magnifiquement à la flûte par Ben Sluijs - permet à Furnelle de montrer tout son talent à l’archet. Cette belle ballade ondulante – presque orientaliste – se développe avec grâce sous l'écoute attentive d’un nombreux public.

Après «Hermitage», le quartette enchaîne quelques thèmes d’Ornette Coleman. «Turnaround» et surtout «Ramblin’» permettent aux musiciens de s’exprimer totalement. Peter Hertmans, au jeu chargé de blues, dessine de belles lignes harmoniques. Il n’hésite pas à salir un peu le phraser, pour le rendre plus roots encore. Il utilise une légère disto ou un soupçon de vibrato. Son jeu est souple et sensuel et s’accorde merveilleusement à celui du sax alto.

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Libre et léger, le jeu de Ben Sluijs est un délice. Rattaché au fil fragile de la tradition (une pointe de Konitz ?) Sluijs trouve toujours le moyen de s’échapper, de papillonner et d’illuminer les moindres phrases. Il replace toujours le discours dans un langage moderne, actuel, intelligent et accessible.

Avec délicatesse, Furnelle caresse les 5 cordes de son instrument. On dirait qu’il joue «en surface», qu’il effleure les mélodies, qu’il laisse parler les silences.

«Silence» est d’ailleurs le morceau suivant sur lequel Hertmans montre, une fois encore, tout sa sensibilité et sa finesse dans un jeu sobre, fait d’ombres et de lumière.

Le quartette prend visiblement du plaisir à voyager dans ce jazz-là. Et nous aussi. Mais puisqu’il faut une fin, le groupe termine ce bel hommage - de façon plus «musclée» - avec «Our Spanish Love Song» et, en rappel, avec le lancinant et poignant «We Shall Overcome».

Reprendre des standards (ou du moins des morceaux historiques) a du sens quand ils sont reconsidérés de la sorte, avec respect, mais surtout lorsqu’ils sont habillés d’une vision toute personnelle.

C’est cela aussi qui permet de garder le jazz vivant.



A+

 

 

 

10/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Dernière)

 

Pour en terminer avec les 20 ans d’Aka Moon, revenons sur les deux derniers concerts à la Jazz Station.

Le premier des deux avait lieu le 21 décembre et revisitait l’album avec les DJ’s.

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Pour l’occasion, le groupe a invité DJ Grazzhoppa, bien entendu, mais aussi Benoit Delbecq (keys) et Guillaume Perret, le nouvel enfant terrible du saxophone (trafiqué) français.

Le club a fait le plein, une fois de plus. Il n’y a plus une seule place libre.

Pas une minute à perdre. Benoit Delbecq derrière son ordi et son mini clavier, et Grazzhoppa derrière ses platines lancent un groove sourd et bourdonnant, empli de tonnerre et d’orage. Et bam! C’est parti. Puissance et énergie maximales, on ne fait pas dans le détail. Stéphane Galland entre aussitôt dans la danse, suivi par Michel Hatzigeorgiou et finalement par les deux saxophonistes.

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Ce qui est magnifique dans cette orgie de décibels et de beats insensés (hé oui, on est quand même loin d’un simple rythme binaire de boîtes de nuit), c’est que l’esprit musical d'Aka Moon reste totalement perceptible. Peu importe le traitement et la couleur qu’on lui impose, son langage musical est plus fort que tout. L’ADN du trio ne peut mentir.

Sans ne jamais rien perdre de leur intensité, les mélodies s’enchevêtrent sur des tempos soutenus et toujours mouvants. Virages abrupts, changements de directions surprenants, la musique prend tous les risques et nous entraine dans un tourbillons insensé. Des paysages hallucinés se dessinent, des univers insoupçonnés se découvrent. Des sirènes hurlantes, des voix trafiquées ou des sons urbains se bousculent sur des rythmes venus des quatre coins de la planète. La musique ne fait qu’un seul monde. Aux impros jazz, se mélangent le dub, le rock, le folklore oriental, le blues, le classique et rythmes tribaux. Et tous s’entendent.

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Le trio ouvre constamment l’aire de jeu et Guillaume Perret s’engouffre dans les moindres espaces. Il sort de son sax - sur lequel il a scotché de minis micros - des sons ultra trafiqués qu’il module à l’aide d’une panoplie impressionnante de pédales. Sa dextérité et sa maîtrise lui permettent de toujours être sur le coup. Il rebondit, improvise, invente et propose à tout va.

Delbecq injecte des micros rythmes, des crachotis, des craquements, des bribes d’harmonies. Grazzhoppa fait courir ses doigts sur les vinyles et les curseurs de ses platines.

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Fabrizio Cassol joue le chef d’orchestre, parfois presque dépassé par la folie ambiante. Hatzigeorgiou et Galland rivalisent d’idées pour maintenir le cap. Et tout le monde communique, avec passion et ferveur. Rien n’est jamais pareil et la musique se réinvente perpétuellement sur des rythmes fous.

Je vous invite à découvrir l’univers de Guillaume Perret à travers son album (sorti chez Tzadik, le label de John Zorn) en attendant de le revoir en concert en Belgique – espérons-le – avec son propre projet. Vous ne serez pas déçu.

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Le lendemain, toujours au même endroit, on retrouve le trio, comme au premier jour, pour conclure ces 20 ans d’amitié et de créativité incessantes.

Il est touchant de constater que ces trois amis se surprennent encore et toujours, qu’ils ont toujours autant du plaisir à jouer ensemble, à inventer et réinventer. Cela se sent dans leur musique, mais aussi dans leurs yeux et leurs sourires. Complices jusqu’au boutils passent en revue, ce soir, «Unisson», le bien nommé.

Aucun concert n’aura jamais été pareil, n’aura jamais été une redite. Chacun d’eux aura été une renaissance, une recréation d’un monde. Un monde de richesses musicales inépuisables.

On est passé par tous les sentiments et par tous les pays. On a découvert et rencontré des gens formidables, des gens passionnés, émouvants, drôles, profonds et subtils. Des musiciens à l’identité forte. Tous brillants. Et qui avaient chacun quelque chose à partager.

Si ça ce n’est pas du jazz…

A+

 

06/02/2013

Ananke - Jazz Station

L’évènement “20 ans Aka Moon” draine de plus en plus de monde et la Jazz Station a plusieurs fois affiché complet. Ce 20 décembre ne déroge pas à la règle et le club est très bien rempli pour accueillir le groupe invité par Aka Moon : Ananke.

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Au départ, Ananke est un trio qui s’est formé vers 2003. Mais, début de l’année dernière, la formule a changé et deux membres se sont ajoutés aux côtés de Victor Abel (p), Alexandre Rodembourg (dm) et Romeo Iannucci (eb) : le flûtiste Quentin Manfroy et le clarinettiste (basse) Yann Lecollaire.

Si l’influence majeure d’Aka Moon ne fait aucun doute, Ananke se dégage cependant par une sincère personnalité par rapport à ses ainés.

Leur musique est peut-être un peu plus ”linéaire”, même si elle regorge de complexités harmoniques et rythmiques.

Ce soir, le groupe démontre une sérieuse maîtrise, même si certains moments sont un peu tirés en longueur («For Real»), ce qui eut tendance à affaiblir une tension jusque là assez forte. Ce petit bémol mis à part, on prend un réel plaisir à entendre les sorties musclées de Victor Abel (au piano ou au Fender Rhodes). Celui-ci possède un toucher assez personnel, un peu sale et légèrement bancal, et cependant très poétique.

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Ananke fusionne les influences du jazz et du rock progressif ou de la musique classique contemporaine et du funk pour en extraire une mixture pour le moins relevée.

Le deuxième set commence en trio et les morceaux semblent plus «resserrés», plus concentrés. Roméo Iannucci nous gratifie alors de quelques solos plutôt costauds. Il utilise les loop, enchaîne les phrases nerveuses et n’hésite pas à dévier dans la disto, à l’instar de son mentor : Michel Hatzigeorgiou, très attentif, assis dans la salle.

Mais, la flûte et la clarinette basse ajoutent un côté plus mystérieux et plus riche au groupe. Les reliefs s’accentuent, la matière est presque palpable. Cela permet aux musiciens de s’ouvrir à d’autres horizons.

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Finalement, le leader d’Aka Moon, Fabrizio Cassol (as), rejoint le groupe sur scène. C’est comme un booster qui agit sur le quintette, comme un additif puissant qui vient dynamiter l’ensemble. Du coup, Alex Rodembourg se sent pousser des ailes derrière sa batterie, il redouble de puissance, et Yann Lecollaire s’envole dans un final brillant et excitant.

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Du groove et de l’énergie, Ananke n’en manque certainement pas, et leur univers semble se définir au fil des albums (un troisième est prévu pour 2013), même si une étiquette n’est pas si évidente à leur coller.

Tant mieux, cela nous promet encore de belles surprises.

A+

 

 

 

 

 

04/02/2013

Torben Waldorff - Wah-Wah

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Le guitariste danois Torben Waldorff, qui vit à New York depuis plus de quinze ans, vient déjà de sortir son sixième album en tant que leader. Avouons-le, à part dans son pays et par quelques fanatiques de guitare sans doute, Torben Waldorff est très peu connu de ce côté-ci de l’Atlantique. C’est d’ailleurs à New York que j’ai eu l’occasion de le voir en concert, juste avant qu’il n’enregistre l’album Wah-Wah.

Pour ce dernier effort, Waldorff a décidé d’abandonner les différents saxophonistes qui l’accompagnaient régulièrement depuis ses débuts (Karl-Martin Almqvist, Henrik Frisk et surtout Donny McCaslin). Cette décision lui permet de radicaliser son propos, de se mettre plus en avant, mais également de se mettre un peu plus en danger.

Waldorff peut cependant compter sur une solide rythmique composée de Matt Clohesy à la contrebasse (Seamus Blake, Ingrid Jensen, Eric Reed), Jon Wikan à la batterie (Maria Schneider) et l’excellent Gary Versace au piano, au Fender Rhodes et à l’orgue (Jonathan Kreisberg, Loren Stillman, Jon Hollenbeck, John Abercrombie).

Ce qui se dégage, dès les premiers accords de «Circle And Up», qui ouvre l’album, c’est une sensualité élégante dans le phrasé de Waldorff et une volonté évidente du groupe à développer les mélodies.

Et Wah-Wah évolue en douceur, alternant les morceaux plutôt enlevés avec des moments plus sobres et intimes. Ainsi, Waldorff nous emmène sur les traces d’un blues mélancolique («You Here») - dans lequel il croise magnifiquement les cordes avec la contrebasse de Matt Clohesy - puis s’aventure, non sans humour, sur les rives ondulantes de la bossa («Poolside» et «Burtsong») et flirte même délicatement avec la drum ‘n bass («Fat#2»).

Le guitariste n’hésite d’ailleurs pas à donner quelques coups d’accélérateur ou à se faire plus mordant - sur «Evac» notamment - pour ouvrir l’espace à Gary Versace afin que celui-ci déroule quelques solos brillants. C’est sans doute grâce à ce dernier, qui passe du piano à l’orgue ou de l’orgue au Fender Rhodes, avec autant de vélocité que d’inspiration, que les couleurs chnagent au fil des plages. Lumineux et nerveux sur «Circle And Up» et «Cutoff (The Eleventh Bar)», plus churchy et profond sur le très beau et très langoureux «Country And Fish», Versace démontre un véritable savoir-faire, plein d’imagination et de virtuosité.

Ajoutez à cela un drumming sobre, précis et efficace de Jon Wilkan, et vous obtenez un disque à la fois homogène et très varié, d’une fraîcheur qui fait vraiment plaisir à entendre. Wah-Wah ne manque ni de punch ni de groove, et même s’il est emprunt d’une certaine nostalgie, il est vraiment bien de notre époque. A suivre de près, donc.

A+

 

03/02/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 3)


Cette fois-ci, Mezzo (la chaine télé culturelle française) est présente pour immortaliser l’événement. Le concert sera sans doute diffusé dans le courant du mois d'avril 2013.

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Ce jeudi 6 décembre, on revisite Guitars et Amazir. Et la Jazz Station est sold out!!!

Comme souvent, Aka Moon commence en force. Et quand on sait aussi que la tension retombe rarement, on peut s’attendre à un feu d’artifice.

Pas de Prasanna, pas de David Gilmore ni de Pierre Van Dormael pour mettre le feu à «A La Luce Di Paco», mais un Magic Malik éblouissant et toujours aussi surprenant. Avec lui, tout bascule, tout chavire, tout prend d’autres couleurs. Et les sommets sont vite atteints. Ce qui n’empêche pas Michel Hatzigeorgiou, avec des solos en re-re, Stéphane Galland et Fabrizio Cassol d’aller toujours plus loin.

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Les échanges entre le flûtiste extra-terrestre et le saxophoniste – qui vient assurément d’une autre planète aussi – sont délirants et d’une inventivité folle. Les phrases coulent en un flot continu. C’est toujours surprenant, impertinent, inattendu.


Les lignes de basse et le beat de la batterie s’entrelacent. Ça ondule tout le temps. A chaque mesure, le tempo change. La pulsion s’accélère, ralenti, se fige et repart de plus belle. Un peu plus vite, un peu plus fort.

Malik et Cassol échangent comme des duellistes. «Scofield» brûle, «Vasco» ondule, «Cuban» chaloupe, «Amazir» émeut... le public exulte. On se congratule, on s’embrasse, on est heureux.

Comme le dit Fabrizio Cassol dans un sourire: «Aka Moon, symbole de l’amour éternel».

(Merci à Jempi pour la vidéo.)

A+