30/01/2013

Sylvain Cathala Trio - Cercle des Voyageurs

Jeudi 13 décembre. La cave du Cercle des Voyageurs est vide. Sylvain Cathala, Sarah Murcia et Christophe Lavergne s’accordent une dernière fois. Il est passé 21 heures, j’ai un peu peur d’être seul face aux trois musiciens.

Cet excellent trio français, souvent récompensé dans son pays – à juste titre - et trop peu médiatisé chez nous s’est rarement produit en Belgique. Voilà deux bonnes raisons pour ne pas rater ce concert.

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Mais alors, où sont les curieux et les amateurs?

Cathala va souffler les premières notes et, comme par magie, le public vient remplir la salle. Juste à temps. Ouf, me voilà rassuré…

Ce sont les premières notes de «Moonless» qui résonnent. Le son est chaud, enveloppant, presque gras. La musique prend le temps de s’installer, d’occuper l’espace. Mais bien vite elle évolue et s’enrichit de combinaisons sophistiquées.

Sarah Murcia passe devant et nous sert un solo ferme et déterminé. Il n’y a pas à dire, on est loin d’un walking.

Avec «Hope», le son devient puissant, tendu et claquant. Toute la musicalité vire en un discours énergique, fait de phrases définitives.

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Les idées sont claires et bien dessinées. La musique circule et la conversation est souvent animée. Les rythmes et les harmonies s’enchevêtrent parfois de façon complexe. Tout se joue dans un mouchoir de poche. Pas besoin de développer trop longtemps une idée, dès que le message est passé, on passe au suivant.

Tout est mouvant, flottant presque. Le trio surfe sur un faux rubato. Les thèmes balancent et donnent une impression d’ondulation permanente. Très ouverts, les morceaux se laissent parfois influencés par des rythmes tantôt orientaux («Constantine»), tantôt bluesy, tantôt très urbain.

La frénésie s’empare parfois du trio, comme s’il voulait secouer la pulpe du fond et revoir la musique à l’envers. Le drumming de Christophe Lavergne est foisonnant, nerveux et groovy. Il s’aide parfois de petits accessoires (une boîte de pastilles Valda, par exemple) pour colorer et nuancer plus encore son jeu.

On décèle dans le groupe, ici et là, l’influence d’un Steve Coleman ou d’un Aka Moon peut-être…

Parfois plus introspectifs, certains morceaux révèlent un parfum de mystère («Diamant»?). Légèrement déstructuré, le thème avance comme sur un terrain presque inconnu. Le trio joue à cache-cache. On avance à tâtons et chaque musicien propose des idées, donne des bribes des solutions, ose des éléments de réponses… ou laisse en suspens la résolution.

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Sylvain Cathala tient quelquefois la note haute, il aime flirter avec les sommets et titiller les aiguës. Mais après quelques circonlocutions acrobatiques et brèves, il rejoint ses deux complices.

Et les voilà totalement unis. Trois voix, un son.

C’est cette belle unité et cette énergie qui permet au trio de passer avec une certaine aisance au travers d’harmonies et d’arrangements complexes. Hé oui, le groupe se donne la peine de jazzer autrement… sans toutefois faire table rase du passé.

Et dans la cave - bien remplie maintenant - le public ne cache pas son bonheur.

Un nouvel album est en préparation et devrait sortir début avril. Ce serait peut-être l’occasion pour le groupe de revenir fêter ça en Belgique !

En tous cas, on est curieux et déjà impatient d’entendre le résultat.

A+

 

 

 

27/01/2013

Citadelic Winter - Gand

Rogé, patron du El Negocito et indéfectible défendeur des musiques improvisées et innovantes, a mis sur pieds, voici quelques années, Citadelic.

Rogé, l’initiateur de Jazz sur l’herbe, d’un label, d’un second club de jazz (La Resistenza) et d’autres initiatives encore, n’a jamais eu peur de rien.

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Pour ce mini festival, à la programmation pointue, Rogé a investi le Gravenstein à Gand, haut lieu, s’il en est, des premiers festivals free jazz à la fin des années 60.

Le 11 décembre 2012, Citadelic Winter accueillait ¾ Peace, Nathan Daems, Basic Borg et le trio d’Alexander von Schlippenbach. Malgré le froid et des conditions climatiques peu avenantes, le public était bien présent.

J’arrive à la fin du concert de Nathan Daems. Pas vraiment le temps de me faire une opinion. Le saxophoniste propose un jazz boosté au rock. C’est plutôt puissant (voire bruyant) et, pour le peu que j’en ai entendu - même si cela semblait un peu brouillon - c’est assez excitant et plutôt prometteur. Je n’aurai pas l’occasion de voir non plus  ¾ Peace de Ben Sluijs (as), avec Christian Mendoza (p) et Brice Soniano (cb), programmé un peu trop tôt pour moi. Dommage.

Dans la très belle et grande salle du donjon (XIème siècle), on a installé des chaises et des tables. Dans un coin, on propose des mets de cuisine Chilienne d’excellente qualité, ainsi que des bières et des vins qui ne le sont pas moins. Un peu plus loin, Instant Jazz a installé son petit stand et propose une sélection de CD’s triés sur le volet.

20 heures, voici Basic Borg, le groupe de Manolo Cabras (cb), qui présente son premier album: I Wouldn’t Be Sure.

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Un imprévu empêche Riccardo Luppi d’être présent ce soir, et c’est Jereon Van Herzeele qui le remplace au ténor. Mais le reste du groupe est au grand complet : Matteo Carrus au piano, Oriol Roca aux drums et Lynn Cassiers au chant et bidouillages électroniques.

Ambiances mystérieuses, mélodies généreuses et poésie furieuse, voilà le programme.

On entre dans cet univers particulier à pas feutrés. En douceur. Le sax de Jereon et la voix  de Lynn se trouvent vite un terrain d’entente, parfois de façon étonnante à l’unisson, parfois en contrepoint ou en décalage total.

La voix de Lynn pourrait être comparée à celle d’une sirène. Une sirène au pays des merveilles. De sa voix mutine, elle raconte des histoires d’enfants adultes ou d’adultes encore enfants, c’est selon. Elle chante les notes du piano, de la contrebasse ou du saxophone, les accompagne un instant puis les libère et s’évade elle-même.

Après quelques circonvolutions oniriques et déstabilisantes, Van Herzele fait tout éclater en un free jazz furieux. Cabras arrache les cordes de sa contrebasse comme s’il allait chercher les sons au fond de son instrument. Oriol Roca fait claquer les tambours, sèchement, fermement. Matteo Carrus frappe le clavier du piano de manière erratique… et revient finalement vers des enchaînements d’accords magiques. L’orage est passé. La douceur reprend sa place. Les mélodies refont surface, toujours enrobées de ce léger parfum d’enfance.

Lynn filtre sa voix pour la fondre le plus possible aux instruments. Les échanges entre sax et piano sont d’une extrême délicatesse. La chanteuse opte alors pour le chant dans un mini mégaphone… un peu contrainte, il faut le dire, par un souci technique qui l’empêche d’utiliser tout son matériel électro. Qu’à cela ne tienne, le moment est peut-être plus étonnant encore. Une sensualité brute s’en dégage et tous les sentiments sont exacerbés. Mais le set est, malheureusement pour des raisons techniques, écourté…

Si l’on se rabat sur l’écoute de l’album, on retrouve bien cet univers à la fois tendre et mélodieux («No Comment», «Dolce»), fragile et incertain («A Ciascuno Il Suo», «It Should Be There») presque swinguant («Game Over») ou plutôt éclaté («Scalar’e Bottulusu»). Inutile de dire que je vous le conseille chaudement. Et l’on pourra revoir le groupe au Jazzzolder à Malines le 8 février et au Sounds à Bruxelles le 9.

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Après une rapide mise en place, c’est le Trio d’Alexander von Schlippenbach (p) – avec Evan Parker (ts) et Paul Lovens (dm) - qui s’installe dans la grande salle voutée.

Le démarrage est instantané. Evan Parker fait naître d’un bourdonnement sourd, une sorte de marche obstinée et prisonnière d’une pièce close. Ses éclats harmoniques semblent se fracasser sur les parois d’un mur invisible. Ou bien elles sont cassées par un piano vengeur. L’histoire qui naît alors est comme sous-titrée par le batteur, qui suit les phrases, les précède ou les attend. Deux petites caisses claires, deux cymbales sans prétention, une grosse caisse et quelques casseroles, cela suffit à Paul Lovens pour marquer sa présence de façon unique.

La musique est toujours en mouvement. Tout est disséqué, affiné, éclaté, explosé parfois. Et pourtant, tout se tient. Un fil ténu, mais solide, semble relier nos trois musiciens. Tout peut arriver, la confiance est là. Et chacun provoque la surprise, ou cherche l’accident. Chacun enrichit le dialogue parfois abstrait ou surréaliste. Parfois enflammé, parfois très réfléchi.

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Puis, Alexander von Schlippenbach se love dans de longues divagations poétiques. Sa main droite se libère tandis que la gauche, extrêmement ferme et précise, prépare un terrain mouvant. Accidenté ou lisse.

Des morceaux très denses laissent la place à d’autres, plus dépouillés, presque décharnés. Puis ça grouille à nouveau, comme des vers dans un fruit trop blet. Tous les morceaux s’enchaînent sans discontinuité. Les improvisations instantanées et les compos personnelles se mêlent à quelques thèmes de Monk («For In One», par exemple). Toutes les émotions défilent. L’équilibre entre le confort et l’inconnu est maîtrisé avec une intelligence rare. Le trio revisite et donne sa propre vision d’un jazz créatif et bien vivant. Un jazz passionnant de bout en bout.

Arès le concert, dans une bonne ambiance, simple et conviviale, on se boit un dernier verre, on discute entre amateurs avertis et on croise quelques musiciens (dont Louis Sclavis, par exemple – qui sera en résidence au Vooruit, le lendemain, avec De Beren Gieren).

Pour qui aime être surpris et est prêt à écouter un jazz qui sort des sentiers battus - trop vite caricaturé comme une musique difficilement accessible - un passage du côté de Citadelic est indispensable. Ça tombe bien, après le «Winter», l’édition Citadelic «Basement» débute en février.

Merci Rogé.

 

 

 

 

 

20/01/2013

Bad Touch - Archiduc

9 décembre. Rue Antoine Dansaert. Round About Five.

L’Archiduc, en fin d’après midi par un dimanche pluvieux d’hiver, cela a quelque chose d’un peu étrange et mélancolique.

Mais cela devient vite romantique et excitant quand il y a du jazz dedans.

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Aujourd’hui, c’est Bad Touch qui vient jouer au magicien.

Resserrés autour du piano coincé entre les deux piliers, Ted Poor (dm), Nate Radley (g), Gary Versace (keys) et Loren Stillman (as) lâchent les premières notes de "The Big Eyes". Un morceau langoureux qui se développe par petites couches, tout en douceur et souplesse. Ça réchauffe et illumine aussitôt le cœur et l’esprit.

C'est agréable de revoir Ted Poor (que j’avais vu dans un registre différent, avec Tigran Hamasyan), Loren Stillman (vu avec Arthur Kell) et Gary Versace (vu avec Torben Waldorff). Par contre, je ne connaissais Nate Radley que sur disques, entre autres sur Like A Magic Kiss de Bad Touch.

Ce sont la plupart des morceaux de cet album - mélangés à quelques titres d’un prochain à enregistrer - et ceux de l’album The Big Eyes de Nate Radley, que le groupe propose dans sa tournée européenne qui passe par la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique.

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Bad Touch manie avec élégance et sobriété les moments forts et les discours plus débridés. Semblant de rien, les morceaux montent souvent en «tensions». C’est souvent là que Gary Versace en profite pour «casser» la mélodie – tout en gardant la trame – et diriger le quartette vers d’autres horizons, un peu churchy ou un peu plus funky.

Gary Versace – qui doit aujourd’hui composer avec le piano et un synthé plutôt qu'avec son orgue Hammond habituel – injecte constamment du groove qu’il parsème d’inflexions empruntées parfois à la musique classique, parfois à la soul. On entend même aussi quelques références à Monk.

Loren Stillman, son très pur et clean, préfère souvent jouer les mélodies, et trouver la beauté dans celles-ci, plutôt que d’en explorer les limites. Il y a beaucoup de pudeur et de tranquillité dans ses solos. Nate Radley procède un peu de la même manière. Il est dans la lignée des guitaristes New-Yorkais actuels. Une certaine nonchalance dans les riffs, une énergie maîtrisée et une belle inventivité dans les chorus. Son entente avec le saxophoniste est idéale.

Quant à Ted Poor, il souligne et ponctue discrètement le temps. Tout est légèrement mouvant et les tensions se font et se défont avec subtilité. Mais, quelquefois, il emballe le rythme ou laisse éclater sa puissance dans des contretemps qui accentuent le relief.

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Le groupe enchaîne un "Bad Touch" exalté et nerveux avec un "New Tree" et un "Skin" qui balancent plus légèrement. "Brother’s Breakfast" repart sur une base plus enlevée. On y décèle peut-être un faux rythme de rag. C’est l’archétype même du morceau qui bouge sans cesse, sans que l’on ne s’en rende compte. L’évolution se fait en douceur et les phrases - de plus en plus affirmées - du guitariste se nouent aux interventions sinueuses du saxophoniste.

Bad Touch offre un jazz «sophistiqué» (dans la richesse de ses arrangements) mais très accessible. Tout se tient, s’enchaîne et se construit avec intelligence. Les histoires sont très lisibles et ne manquent cependant jamais de surprises.

Alors, bien installé au bar, on sirote un vin blanc et on se laisse envahir par cette musique presque apaisante. Une manière bien agréable de passer une fin de week-end.



A+

 

18/01/2013

Peter Van Huffel's Gorilla Mask - Howl !

 

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Accrochez-vous, Peter Van Huffel et ses Gorilla Mask frappent fort.

Stridence, raucité, férocité, chaos… D’entrée de jeu, avec «Legendarious», le ton est donné. Il faut dire que le trio - formé à New York fin 2009 – s’est mis en tête d’allier improvisation pure et dure du jazz et énergie débridée d’un groupe de rock. Pour le coup, c’est réussi.

Mais qui se cachent derrière ces masques de gorilles ? Outre le leader Peter Van Huffel (as), il y a aussi Roland Fidezius (entendu avec So Weiss ou Marcus Klossek Electric-Trio) à la basse acoustique et Rudi Fischerlehner (Dominique Pifarély, Andreas Willers) aux drums.

Ces trois-là nous emmènent dans la jungle d’un jazz puissant, furieux, brûlant et incantatoire. Un jazz qui mélange les références du heavy metal (Rage Against the Machine, Biohasard…) avec celles du free jazz (Peter Brötzmann, Albert Ayler, John Zorn…).

Dans cette jungle, ne vous étonnez pas que les cris d’un sax vous écorchent un peu les tympans, que les vibrations obscures et sourdes d’une batterie vous cogne la tête, que les vibrations d’une basse venimeuses vous inocule la fièvre.

Il s’agit de traverser cet univers comme on traverse une épreuve initiatique. Comme pour s’exorciser. Le groupe ne se pose pas de questions, il fonce !

Cependant, Gorilla Mask se ménage bien un ou deux morceaux moins brutaux. Mais, même «Time Burning» et «Angry Monster» (et son final en stéréo infernale qui vient secouer vos derniers neurones) ne laissent pas votre esprit en paix.

«Z» évolue de façon lancinante, à l’image d’une marche pénible, encouragée – ou suppliée – par les pleurs et les gémissements du sax. Mais la révolte n’est jamais loin. A tous moments, le trio revient à la charge et ne lâche jamais la pression. On songe, parfois, au groupe anglais Acoustic Ladyland ou The Thing.

Certains riffs, ultrabasiques («Dirty City»), permettent à Van Huffel de souffler des improvisations jusqu’à en perdre haleine, jusqu’à l’étourdissement. Jamais à court d’idées, le saxophoniste explore les phrases dans tous les sens. Ça siffle, ça couine, ça claque, c’est guttural, ça hurle. Et derrière lui, la batterie et la basse imposent un va-et-vient incessant. Constant. Alors parfois, on est surpris d’entendre le swing - même s’il est de courte durée - émerger d’un morceau, comme dans «Monkey’s Revenge». Comme si Van Huffel voulait se rappeler les origines du jazz… et s’amuser à mieux les exploser ensuite.

Howl ! peut agir de deux manières : soit il vous électrise et vous booste un maximum, soit il vous met K.O. debout.

Vous voilà prévenu.

A+

 

 

 

16/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part2)

Deuxième semaine de la rétrospective Aka Moon 20 ans à la Jazz Station. Troisième concert du groupe. Cette fois-ci, on revisite la période Invisible MotherInvisible Sun et In Real Time.

Et l’invité du jour n’est autre que Fabian Fiorini. Un vieil ami.

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Fiorini est un pianiste très percussif et puissant, on le sait. Mais il est aussi capable de disperser des notes d’une incroyable finesse et d’une étonnante poésie. Toujours prêt à naviguer entre la musique contemporaine la plus complexe et les rythmes tribaux les plus sauvages.

Et ce soir, c’est la force qui parle. On a parfois l’impression qu’il va démonter le piano tant son touché (sa frappe ?) est robuste, presque violente.

Ce soir, il faut «donner» ! Et Fabian s’en donne à cœur joie. Il faut dire que les «Dirty Play and Chaos Dance» ou «Spiritualisation» ne se laissent pas faire. Joués avec une énergie de tous les diables, ces morceaux exigent une présence forte. Pas question de se cacher. Le piano doit exister sous les assauts du saxophone de Fabrizio Cassol, les attaques de la basse de Michel Hatzigeorgiou et les coups de batterie de Stéphane Galland.

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Ajoutez à cela que la période qu’Aka Moon nous propose de réentendre - ou de redécouvrir – n’est sans doute pas la plus simple. C’est l’époque du travail avec Ictus, avec Bernard Foccroule, avec Sivaraman. Harmoniquement et rythmiquement, le groupe semble vouloir aller au-delà du raisonnable. Tout explorer. Dans tous les sens.

Et c’est parfois de la folie pure, avec un enchevêtrement de notes et d’accords plus improbables les uns des autres.

Pourtant, Anne Teresa de Keersmaeker a réussi à faire danser sa troupe sur ce magma en fusion perpétuel. Et c’est vrai qu’en étant attentif – ou en se laissant aller - on encaisse toujours ce groove et l’on respire inconsciemment ce balancement étrange. Imperceptible. Inévitable. Il agit comme un virus dans le sang, il le fait bouillir et provoque des réactions presque inconnues.

Sur «Alix», comme en une transe hystérique, les envolées de Michel Hatzi sont époustouflantes. Il va au-delà du jeu de basse. Au-delà de la guitare électrique. Ses doigts courent, le poignet se tord. La disto s’invite à la frénésie.

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Et Stéphane Galland en remet toujours une couche, plus surprenante que la précédente. Il veut toujours avoir le dernier mot. Et Fabrizio Cassol aussi. Et Fabian Fiorini aussi. Quelle bande de sales gamins !

Et si, comme le souligne si bien Fabrizio Cassol à la fin du concert, «Anne Teresa de Keersmaeker n’a peur de rien...», Aka Moon, lui, est capable de tout.

A+

 

 

14/01/2013

Jérôme Sabbagh & Jozef Dumoulin Quartet - Music Village

Jérôme Sabbagh est français, mais il vit essentiellement aux States. À New York plus précisément. Depuis plus de quinze ans. C’est là qu’il a fait sa vie, qu’il a fait son jazz.

C’est là qu’il a trouvé son style en se frottant à Bill Stewart, Andrew Cyrille, Matt Penman, Tony Malaby, Paul Motian, Reggie Workman et tant d’autres.

Son jeu, d’une fausse simplicité, est souple et bourré d’énergie contenue. Il possède une force intérieure qu’il canalise avec une belle assurance. Il joue avec cette énergie latente qu’on ne trouve qu’à New York. Sans fioriture mais non sans lyrisme, sans agressivité mais non sans puissance. Sabbagh puise sans doute son inspiration dans l’esprit des grands saxophonistes du style de Warne Marsh ou de Dexter Gordon… Il possède un sens du timing qui lui permet d’économiser ses forces et de donner des coups d’accélérateur aux moments propices.

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Début de l’année dernière (2012), Jérôme Sabbagh avait sorti «Plugged In», un album avec Jozef Dumoulin - avec qui il partage le même label mais peut-être pas tout à fait le même univers. Pourtant, l’alchimie a fonctionné. Au-delà des espérances même. Les deux musiciens se sont trouvés quelques points communs dont celui des mélodies et surtout la sensibilité pour les façonner. Chacun gardant pourtant sa propre personnalité. Et c’est d'ailleurs ce mélange qui est intéressant.

Après que l’album a été salué comme il se devait par la presse, il était temps de le défendre sur scène.

La tournée européenne débutait le 6 décembre par Bruxelles (avant Paris, la France, la Suisse, etc.) au Music Village. Cette première date s’étant ajoutée en dernière minute, le quartette initial (avec Patrice Blanchard (eb) et Rudy Royston (dm) ) s’en trouve légèrement modifié. Et c’est Dré Pallemaerts et Nic Thys que l’on retrouve exceptionnellement ce soir.

Tout débute par un «Drive» plutôt énergique avant que l’on ne plonge dans un «Aïsha» plus atmosphérique. On sent aussitôt les deux hémisphères qui forment le groupe. Mais l'on parle plus d’équilibre et de dialogue que de rapport de force.

Les sons étranges distillés par Dumoulin au Fender Rhodes – avec ses accords bizarres et presque abstraits - se mêlent aux lignes ondulantes du saxophoniste.

Les échanges entre ténor et Rhodes tiennent parfois de la magie, de l’irréel. Chacun des musiciens semble être sur une «onde», chacun voyage suivant son style, mais tout le monde prend soin de l’autre. Il y règne toujours cette sensibilité particulière qui permet à tous de se rejoindre et de partager la même histoire.

Certains morceaux plus linéaires se mélangent à d’autres plus complexes. Mais l’objectif est le même: la mélodie. «Once Around The Park» (de Paul Motian), semble se liquéfier au fur et à mesure de la progression. On flotte entre onirisme et fragilité, et le jeu tout en nuance de Dré Pallemaerts – qui a le don d’effleurer comme personne les cymbales - n’y est sans doute pas pour rien. Un très dépouillé «Slow Rock Ballad» prolonge encore un peu cette atmosphère presque crépusculaire.

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On se balade au fil des morceaux entre force et douceur, entre puissance et fragilité. Étrangement, parfois, comme sur «Ur», le son du Fender Rhodes se confond avec celui du sax… À moins que ce ne soit l’inverse. Le moment est Fascinant.

Enfin, le quartette repart et termine le concert sur des terrains plus fermes avec «Ride».

Finalement, les mondes de Jozef Dumoulin et de Jérôme Sabbagh ne sont pas si éloignés que ça. Tout est une question de langage et d’intelligence.

Voilà une leçon que certains hommes devraient retenir.

A+

 

13/01/2013

Sous les flocons, le jazz.


Deux, trois, petits rendez-vous en ce début d’année.

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Hé oui, les festivals ne se déroulent pas toujours sous le soleil d’été.

Winter Jazz Festival porte d’ailleurs bien son nom. Depuis quelques années, Flagey et le Théâtre Marni proposent une série de concerts, ainsi que quelques projections de films concernant le jazz. Sur le grand écran, on y verra «Petrucciani» de Michael Radford, «Autour de minuit» de Bertrand Tavernier ou encore «Sweet And Lowdown» de Woody Allen.

Et sur scène on verra Mâäk avec Marc Ducret, Metal-o-phone ou encore Too Noisy Fish pour les plus avant-gardistes, Jef Neve, Sal La Rocca, LABtrio et Christian Escoudé, pour les valeurs sûres, Kaja Draksier’s Acropolis ou Elifantree pour les découvertes et Matthew Herbert Big Band pour le plus grand plaisir de tous.

Alors, hop ! Une écharpe, un bonnet et n’hésitez pas à traverser la Place Falgey dans les deux sens.

Mais à côté de la «grosse machine», n’oublions pas non plus nos amis de Muse Boosting et leur Blue Flamingo Jazz Festival, qui continuent à proposer chaque trimestre deux concerts à Molenbeek. Allez vous réchauffer dans cette magnifique salle du Château du Karreveld aux sons de Big Noise et du trio d’Igor Gehenot. Ambiance assurée.

Ça c’est à Bruxelles. Mais il y a aussi Tournai qui propose la deuxième édition de son Tournai Jazz Festival . Cette année, on y verra Ibrahim Maalouf (unique concert en Belgique !!) mais aussi Richard Galliano, Manu Katché, Bojan Vodenitcharov et Steve Houben et quelques jeunes groupes dont Blue Monday People, Mister Dumont, Pia Silva… et encore Big Noise.

Allez-y !

Et puis, il y a aussi les Djanjofolllies dont les concerts s’éparpillent aux quatre coins du pays (Christian Escoudé, Les Violons de Bruxelles, MuZiek de Singe, Les Doigts de l’Homme et bien d’autres).

Et, bien entendu, outre les festivals, il y a toujours les clubs, les clubs, toujours les clubs !

Plongez dans l’agenda du site des Lundis d’Hortense, qui est toujours là pour vous dire où et quand ça se passe. Qu'il neige ou qu'il fasse soleil...

 

A+

10/01/2013

Soledad - Soledad Plays Soledad

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Ne dit-on pas que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même ?

Soledad applique enfin cette vérité et joue… Soledad !

On se demande d’ailleurs pourquoi il a mis si longtemps avant de franchir le pas ? Pour construire et affiner son univers ? Pour trouver ou affirmer ses racines ? Ou, au contraire, pour s’en défaire ?

Manu Comte (acc), Alexander Gurning (p), Jean-Frederic Molard (v) et Patrick De Schuyter (g) se sont d'abord forgés une solide réputation en jouant Piazzola, puis Stravinsky, puis Gismonti et puis les autres. Ils ont fait le tour du monde, ont collectionné les récompenses, ont accumulé les reconnaissances. Fallait-il être humble à ce point pour toujours remettre à plus tard la mise en lumière de leurs propres œuvres ?

Pourtant, à l’écoute de ce dernier album, on peut affirmer sans crainte que les compositions originales n'ont rien à envier aux thèmes de Carlos Jobim ou d’Hermeto Pascoal auxquels ils se mêlent. Dans cet album, toute l’âme de Soledad y est définitivement révélée, dessinée, installée. L'expression des sentiments et les différentes émotions sont ici dévoilées avec beaucoup de pudeur ou, au contraire, jetées avec une fougue libératrice.

Les arrangements sophistiqués et les exposés d’idées en mode «champs contre champs» (Soledad n’a pas travaillé les musiques de films pour rien), nous font passer des sentiments joyeux et faussement insouciants à d’autres, plus intimes et indicibles… Oui, Soledad remue.

Cette mixture délicate et puissante d’accordéon, de guitare, de violon et de piano est soutenue par la contrebasse chantante de Sam Gertsmans et rehaussée par les percussions chaleureuses de Michel Seba. Si ces deux derniers viennent de rejoindre Soledad, c’est peut-être plus pour renforcer l'esprit du groupe que pour le faire changer. Quoique… On perçoit un frémissement plus jazz par-ci, un emballement plus funk par-là, des accentuations plus rock ailleurs. Oui, Soledad brouille les pistes et mélange ces tensions qui libèrent le souffle, l'air et la vie et qui rendent la mélancolie salutaire. On devine toujours la sensualité moite d’une danseuse de tango prête à s'écrouler avant qu’elle ne soit retenue, in extremis, par son compagnon.

«Eden» s’éveille petit à petit avant de groover sous la pulse de Michel Seba, «Victor» s’emballe sur des riffs de guitares rock, un léger esprit Philip Catherinien vient caresser «Moonmist», «Rebound» sautille aux sons d’un piano et d’un accordéon enivrés de soleil, «Recco» réinvente la new-musette, «Homilia» fait s’accorder à l’unisson le bandonéon et le violon tandis que Maurane prête sa voix à un «Por Toda A Minha Vida» déchirant.

Sur la pochette, un marteau frappe le plancher – à la façon du talon des chaussures de flamenco – comme pour briser quelque tabou. Soledad joue Soledad et c’est une certaine idée de la tradition qui est revisitée par la modernité. Et c’est bon.

 

A+


08/01/2013

Les chroniques de l'inutile - Aka Moon 20 ans - Jazz Station

 

Pour fêter ses 20 ans, Aka Moon a invité différents groupes, ou projets, qui touchent de près ou de loin leur univers. Ce jeudi 29 novembre, Les Chroniques de l’Inutile était sur la scène de la Jazz Station.

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Voilà un drôle de nom pour un groupe. Benjamin Sauzereau (guitariste et leader) tente bien de m’en expliquer son origine, mais j’avoue que cela reste un peu flou. On navigue entre le surréalisme et le dadaïsme. Les histoires sont plutôt écrites mais ne se lisent jamais de la même manière. Elles ne se jouent jamais de la même manière non plus. Voilà pourquoi les «Chroniques» laissent beaucoup de place à l’improvisation et à l’imagination. Quant à «l’Inutile», c’est la question qui se pose sur le bien fondé de ce qui précède… Vous suivez ?

Bref, avec Eric Bribosia au Fender Rhodes, Jens Maurits Bouttery à la batterie, Erik Bogaerts (qui remplace définitivement Gregor Siedl ??) au sax ténor et Benjamin Sauzereau à la guitare nous ne sommes jamais au bout de nos surprises.

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Il y a quelque chose des «Children Songs» dans les compositions du groupe ou du moins dans la façon de les jouer. La musique, finement ouvragée est très évocatrice. On imagine des monstres cachés sous le lit ou dans les armoires. On s’invente des mondes, des personnages. C’est de la féérie moderne, pleine d’humour et de non-sens à la Jacques Tati ou à la Raymond Queneau.

Les titres, parfois plus long que le morceaux («Les gens qui rentrent dans le tram sans vous laisser le temps d'en sortir bien que vous ayez trois sacs sur le dos»), ne font aucun doute sur l’esprit de ce jazz très malicieux et libertaire. Ajoutez à cela la richesse des instrumentations et l’inventivité des arrangements et vous vous sentirez comme dans une bulle, entre rêve et réalité.

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«Bûche» (allez comprendre pourquoi), aux accents orientaux et mystérieux, nous embarque dans un souk imaginaire. Puis, «L’ampoule et le haricot» délivre avec simplicité une musique riche, délirante et complexe tout en restant constamment accessible et intéressante. Et amusante aussi. Car il y a de cela également dans la musique du groupe : une façon de ne pas se prendre au sérieux, de prendre du recul sur le monde, les évènements et les gens. L’intelligence de l’humour enrobée d’une certaine philosophie poétique. Et tout est bon pour faire de la musique. Jens Mauritz Bouttery use de mille et un objets, plus incongrus les uns des autres, pour en extraire des sons de toutes les couleurs. Eric Bribosia distille des lignes de basse sobres et ponctue les phrases d’accords cristallins. Le jeu de Benjamin Sauzereau est léger et fin. Il effleure les cordes de sa guitare. S’envole. Invente.

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Tout est douceur, tout se meut avec souplesse et délicatesse. On est emporté dans une sorte de transe lymphatique et ouatée. Pourtant, on reste en alerte, les rythmes évoluent sans cesse, les respirations s’accélèrent imperceptiblement, le groove est présent, le tempo s’efface petit à petit, puis réapparaît en toute discrétion. Flottant par-dessus tout, Erik Bogaerts innerve les mélodies d’un luxe de nuances. Les notes ondulent, s’affirment ou se laisse découdre.

Les Chroniques de l’Inutile est un groupe à l’esprit très personnel et original. Le genre de groupe qui peut vous mener loin. Qui fait référence à nombre de sentiments, d’images et de musiques. Un jazz qui ouvre un peu plus encore l’esprit.

Non, vraiment, ce groupe est loin d’être inutile. Qu’on se le dise.

Voilà sans doute l’un de mes coups de cœur du moment.



A+

 

 

 

 

 

06/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 1)

 

22 novembre 2012. Bruxelles. Jazz Station. Le club est plutôt bien rempli. Le public se presse au bar ou se cherche une pace dans la salle. Ça bouillonne déjà, c’est électrique. Il est plus ou moins 20h30. Ça y est, coup d’envoi d’une série de concerts qui vont célébrer les 20 ans de carrière d’Aka Moon.

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L’inséparable trio monte sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Après quelques mots d’une brève introduction pleine d’émotion, Fabrizio Cassol, Michel Hatzigeorgiou et Stéphane Galland plongent et replongent dans le répertoire fondateur du groupe.

Nous voilà en 1992. «Aka Moon», «Aka Earth», «Aka Truth»… Les morceaux du premier album défilent. Avec la même fraîcheur et avec toujours autant d’intensité. On se surprend à re-entendre en live ces morceaux qu’on n’écoutait plus que sur CD. Coups d’accélérateur par-ci, virages en épingle par-là, courses poursuites, queues de poisson, décélérations brutales, tout y est, intact comme aux premiers jours. On jubile.

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Aka Moon attaque le deuxième set avec la période Akasha (1995). «As Known As Venus», «Bagherathi», «Galileo Galilei», «Alakananda». L’énergie est toujours là. Les musiciens se surprennent encore. Il faut voir l’œil d’Hatzi briller à l’énoncer du morceau à venir. Il faut voir le sourire complice de Stéphane Galland, prêt à sortir des polyrythmies encore plus délirantes. Il faut sentir ce bonheur décuplé qui jaillit en notes ininterrompues du saxophone de Fabrizio Cassol. Après 20 ans, la source ne s’est pas tarie. On se croirait dans «La machine à explorer le temps» de Welles. Les paysages défilent à toute allure, les décors évoluent constamment, les souvenirs remontent à la surface. L’excitation est à son comble et le public ne cache pas sa joie. Aka Moon termine le set avec «Bruit» en hommage à Pierre Van Dormael (qui en avait signé la compo) qui fut, on le sait, l’un des éléments déclencheurs de cet incroyable groupe. Et puisque le public en redemande encore, Aka Moon amorce la période Elohim et Ganesh - que le groupe revisitera le lendemain avec David Linx en invité - et nous balance un dernier morceau éblouissant.

On me rapportera d’ailleurs que le concert du vendredi 23 (avec David Linx) fut d’une puissance incroyable. Je n’y étais pas. «C’était Werchter à la Jazz Station!» me confiera Fabrizio quand je le croise le samedi 23 pour le concert en duo de Michel Hatzi et David Linx.

Car oui, en plus de la rétrospective complète des 20 ans, Aka Moon a également fait de l’espace pour des projets parallèles (Conference Of The Birds, Ananke, Les Chroniques de l’Inutile ou encore Pudding oO…). J’en parlerai plus tard.

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Pour l’instant, Michel Hatzigeorgiou et David Linx sont sur scène. Le duo a déjà enregistré ensemble. Il y a plus de quinze ans. Mais ne cherchez pas leur discographie, vous ne trouverez rien : les bandes originales se sont perdues suite à la faillite du studio d’enregistrement. L’occasion était donc trop belle pour raviver le projet et faire, enfin (!), un premier concert.

L’instant a quelque chose de magique.

Qui inspire l’autre? Qui suit l’autre? Qui le devance ou l’attend? Impossible à dire. La connivence est totale. Le souffle, le scat, les respirations de Linx se fondent aux slapping, aux résonances et aux pizzicati d’Hatzi. Tout se noue, se dénoue, s’accélère et se détend, tantôt de façon enlevée et fougueuse, tantôt avec extrême sensibilité. Le duo mélange standards et compositions originales. Le blues, l’Afrique, le rock et le jazz se confondent. «Blackbird» (The Beatles), énergique et ornementé de beaux effets de guitare, précède un «Jessica» où les mots de Linx déferlent en cascade sur une mélodie, sinueuse et vive  à souhait, emmenée par Hatzi. Le bassiste électrique profitera ensuite pour délivrer une version incroyable de «Last Call From Jaco»... haa, ce riff obsédant. On entendra plus d’une fois ce thème lors des différents concerts et, croyez-le ou non, il sera chaque fois réinventé, recoloré, redessiné. C’est ça le jazz, c’est ça l’impro, c’est ça le talent.

Linx et Hatzi reprennent encore «Walk Alone» (le morceau enregistré et perdu), «Black Crow» ou «The Wind Cries Mary» (Jimi Hendrix) avec une telle force et une telle passion que cela devrait les pousser à remettre définitivement ce projet sur pieds. Et mon petit doigt me dit que...

à suivre bien entendu, l'aventure ne fait que commencer…

A+