14/01/2013

Jérôme Sabbagh & Jozef Dumoulin Quartet - Music Village

Jérôme Sabbagh est français, mais il vit essentiellement aux States. À New York plus précisément. Depuis plus de quinze ans. C’est là qu’il a fait sa vie, qu’il a fait son jazz.

C’est là qu’il a trouvé son style en se frottant à Bill Stewart, Andrew Cyrille, Matt Penman, Tony Malaby, Paul Motian, Reggie Workman et tant d’autres.

Son jeu, d’une fausse simplicité, est souple et bourré d’énergie contenue. Il possède une force intérieure qu’il canalise avec une belle assurance. Il joue avec cette énergie latente qu’on ne trouve qu’à New York. Sans fioriture mais non sans lyrisme, sans agressivité mais non sans puissance. Sabbagh puise sans doute son inspiration dans l’esprit des grands saxophonistes du style de Warne Marsh ou de Dexter Gordon… Il possède un sens du timing qui lui permet d’économiser ses forces et de donner des coups d’accélérateur aux moments propices.

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Début de l’année dernière (2012), Jérôme Sabbagh avait sorti «Plugged In», un album avec Jozef Dumoulin - avec qui il partage le même label mais peut-être pas tout à fait le même univers. Pourtant, l’alchimie a fonctionné. Au-delà des espérances même. Les deux musiciens se sont trouvés quelques points communs dont celui des mélodies et surtout la sensibilité pour les façonner. Chacun gardant pourtant sa propre personnalité. Et c’est d'ailleurs ce mélange qui est intéressant.

Après que l’album a été salué comme il se devait par la presse, il était temps de le défendre sur scène.

La tournée européenne débutait le 6 décembre par Bruxelles (avant Paris, la France, la Suisse, etc.) au Music Village. Cette première date s’étant ajoutée en dernière minute, le quartette initial (avec Patrice Blanchard (eb) et Rudy Royston (dm) ) s’en trouve légèrement modifié. Et c’est Dré Pallemaerts et Nic Thys que l’on retrouve exceptionnellement ce soir.

Tout débute par un «Drive» plutôt énergique avant que l’on ne plonge dans un «Aïsha» plus atmosphérique. On sent aussitôt les deux hémisphères qui forment le groupe. Mais l'on parle plus d’équilibre et de dialogue que de rapport de force.

Les sons étranges distillés par Dumoulin au Fender Rhodes – avec ses accords bizarres et presque abstraits - se mêlent aux lignes ondulantes du saxophoniste.

Les échanges entre ténor et Rhodes tiennent parfois de la magie, de l’irréel. Chacun des musiciens semble être sur une «onde», chacun voyage suivant son style, mais tout le monde prend soin de l’autre. Il y règne toujours cette sensibilité particulière qui permet à tous de se rejoindre et de partager la même histoire.

Certains morceaux plus linéaires se mélangent à d’autres plus complexes. Mais l’objectif est le même: la mélodie. «Once Around The Park» (de Paul Motian), semble se liquéfier au fur et à mesure de la progression. On flotte entre onirisme et fragilité, et le jeu tout en nuance de Dré Pallemaerts – qui a le don d’effleurer comme personne les cymbales - n’y est sans doute pas pour rien. Un très dépouillé «Slow Rock Ballad» prolonge encore un peu cette atmosphère presque crépusculaire.

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On se balade au fil des morceaux entre force et douceur, entre puissance et fragilité. Étrangement, parfois, comme sur «Ur», le son du Fender Rhodes se confond avec celui du sax… À moins que ce ne soit l’inverse. Le moment est Fascinant.

Enfin, le quartette repart et termine le concert sur des terrains plus fermes avec «Ride».

Finalement, les mondes de Jozef Dumoulin et de Jérôme Sabbagh ne sont pas si éloignés que ça. Tout est une question de langage et d’intelligence.

Voilà une leçon que certains hommes devraient retenir.

A+

 

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