06/01/2013

Aka Moon 20 ans - Jazz Station (Part 1)

 

22 novembre 2012. Bruxelles. Jazz Station. Le club est plutôt bien rempli. Le public se presse au bar ou se cherche une pace dans la salle. Ça bouillonne déjà, c’est électrique. Il est plus ou moins 20h30. Ça y est, coup d’envoi d’une série de concerts qui vont célébrer les 20 ans de carrière d’Aka Moon.

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L’inséparable trio monte sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Après quelques mots d’une brève introduction pleine d’émotion, Fabrizio Cassol, Michel Hatzigeorgiou et Stéphane Galland plongent et replongent dans le répertoire fondateur du groupe.

Nous voilà en 1992. «Aka Moon», «Aka Earth», «Aka Truth»… Les morceaux du premier album défilent. Avec la même fraîcheur et avec toujours autant d’intensité. On se surprend à re-entendre en live ces morceaux qu’on n’écoutait plus que sur CD. Coups d’accélérateur par-ci, virages en épingle par-là, courses poursuites, queues de poisson, décélérations brutales, tout y est, intact comme aux premiers jours. On jubile.

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Aka Moon attaque le deuxième set avec la période Akasha (1995). «As Known As Venus», «Bagherathi», «Galileo Galilei», «Alakananda». L’énergie est toujours là. Les musiciens se surprennent encore. Il faut voir l’œil d’Hatzi briller à l’énoncer du morceau à venir. Il faut voir le sourire complice de Stéphane Galland, prêt à sortir des polyrythmies encore plus délirantes. Il faut sentir ce bonheur décuplé qui jaillit en notes ininterrompues du saxophone de Fabrizio Cassol. Après 20 ans, la source ne s’est pas tarie. On se croirait dans «La machine à explorer le temps» de Welles. Les paysages défilent à toute allure, les décors évoluent constamment, les souvenirs remontent à la surface. L’excitation est à son comble et le public ne cache pas sa joie. Aka Moon termine le set avec «Bruit» en hommage à Pierre Van Dormael (qui en avait signé la compo) qui fut, on le sait, l’un des éléments déclencheurs de cet incroyable groupe. Et puisque le public en redemande encore, Aka Moon amorce la période Elohim et Ganesh - que le groupe revisitera le lendemain avec David Linx en invité - et nous balance un dernier morceau éblouissant.

On me rapportera d’ailleurs que le concert du vendredi 23 (avec David Linx) fut d’une puissance incroyable. Je n’y étais pas. «C’était Werchter à la Jazz Station!» me confiera Fabrizio quand je le croise le samedi 23 pour le concert en duo de Michel Hatzi et David Linx.

Car oui, en plus de la rétrospective complète des 20 ans, Aka Moon a également fait de l’espace pour des projets parallèles (Conference Of The Birds, Ananke, Les Chroniques de l’Inutile ou encore Pudding oO…). J’en parlerai plus tard.

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Pour l’instant, Michel Hatzigeorgiou et David Linx sont sur scène. Le duo a déjà enregistré ensemble. Il y a plus de quinze ans. Mais ne cherchez pas leur discographie, vous ne trouverez rien : les bandes originales se sont perdues suite à la faillite du studio d’enregistrement. L’occasion était donc trop belle pour raviver le projet et faire, enfin (!), un premier concert.

L’instant a quelque chose de magique.

Qui inspire l’autre? Qui suit l’autre? Qui le devance ou l’attend? Impossible à dire. La connivence est totale. Le souffle, le scat, les respirations de Linx se fondent aux slapping, aux résonances et aux pizzicati d’Hatzi. Tout se noue, se dénoue, s’accélère et se détend, tantôt de façon enlevée et fougueuse, tantôt avec extrême sensibilité. Le duo mélange standards et compositions originales. Le blues, l’Afrique, le rock et le jazz se confondent. «Blackbird» (The Beatles), énergique et ornementé de beaux effets de guitare, précède un «Jessica» où les mots de Linx déferlent en cascade sur une mélodie, sinueuse et vive  à souhait, emmenée par Hatzi. Le bassiste électrique profitera ensuite pour délivrer une version incroyable de «Last Call From Jaco»... haa, ce riff obsédant. On entendra plus d’une fois ce thème lors des différents concerts et, croyez-le ou non, il sera chaque fois réinventé, recoloré, redessiné. C’est ça le jazz, c’est ça l’impro, c’est ça le talent.

Linx et Hatzi reprennent encore «Walk Alone» (le morceau enregistré et perdu), «Black Crow» ou «The Wind Cries Mary» (Jimi Hendrix) avec une telle force et une telle passion que cela devrait les pousser à remettre définitivement ce projet sur pieds. Et mon petit doigt me dit que...

à suivre bien entendu, l'aventure ne fait que commencer…

A+

 

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