08/12/2012

Manu Hermia Trio - Chapelle de Verre

Jouer avec l’acoustique et la réverbération de cet endroit incroyable et surprenant qu’est la Chapelle de Verre à Ronquière ! Voilà ce qui attend le trio de Manu Hermia ce vendredi 16 novembre.

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La Chapelle de Verre est un ancien lieu de culte construit en 1929 par Arthur Brancart - directeur des verreries Fauquez qui produisait la marbrite (du verre opacifié imitant le marbre et qui a orné de nombreuses maisons Art Déco dans le monde entier). Au temps de sa splendeur, les verreries employaient près de 1000 ouvriers venus de tous pays, c’est pourquoi l’usine avait construit un véritable village autour d’elle. Mais dans les années 70, vint le déclin. La Chapelle fut abandonnée, puis désacralisée et enfin reprise et restaurée au milieu des années ‘90 par Michaël Bonnet. Celui-ci en a fait un musée, un bar crêperie et une salle de spectacle… fascinante.

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Un saxophone, une contrebasse et surtout une batterie dans la nef d’une chapelle, la partie n’est pas gagnée d’avance. Et pourtant…

Avec le souffle de l’alto, le frémissement des cordes et le feulement des peaux, «A Story Of A Caress» se dessine doucement et le trio apprivoise facilement le lieu. Les musiciens s’écoutent, s’observent et ont l’air de redécouvrir leurs sons. Malins, ils ne jouent pas contre, mais avec la sonorité de l’architecture. Et la magie opère, il y a comme un quatrième membre au trio.

Alors Joao Lobo (dm) prend de l’assurance et fait rebondir plus sèchement ses baguettes sur ses tambours. Il étale – comme il aime le faire - ses sachets plastic, ses clochettes et ses mini-cymbales pour réinventer son univers. Il joue avec la paume des mains, passe un archet sur la cymbale ride. L’instant est divin

Et le trio s’emballe sur «Illegal Mess» et pousse encore un peu plus loin l’exaltation avec le très coltranien «The Color Under The Skin». Manolo Cabras frappe sa contrebasse dans tous les sens pour répondre aux assauts de Joao Lobo. Et le morceau s’emballe en une transe profonde et sans fin. Manu Hermia fait pleurer le thème au soprano jusqu’à le faire crier. La communion entre les musiciens est totale (quoi de plus normal dans une chapelle, me direz-vous ?). La musique de Manu Hermia oscille sans cesse entre poésie et douleur, entre douceur et rage. Son implication personnelle dans la recherche de cet équilibre de vie - la terre, les humains, la sagesse - est bien présente dans toutes ses compos. Les messages sont clairs et son jazz les amplifie.

Entre balade sensuelle et déchirement plus chaotique, tout fait sens.

Avec «Song For Yasmina», on revient alors à plus de douceur. La musique envahit vraiment tout l’espace et se faufile dans les moindres recoins. A la manière d’un Mark Dresser, Manolo Cabras fait crisser l’archet sur ses cordes, puis fait rebondir ses poings sur le corps de sa contrebasse jusqu’à presque la fissurer ! Manu Hermia passe du bansuri au soprano, puis à l’alto. Les sonorités indiennes se mêlent au jazz. Et on va presque jusqu’au free jazz débordant d’énergie avec «Austerity ? What About Rage ?».

En rappel, devant un public conquis, le trio revient jouer un morceau plus introspectif, qui fait la part belle au bansuri. Tout se termine en douceur.

Après une belle tournée (près de 18 concerts d’affilée répartis entre les JazzLab Series et le Jazz Tour) le trio semble plus soudé que jamais et prêt à enregistrer un nouvel album. Il est à parier qu’il sera sans concession et plus énergique encore que le précédent – que je vous recommande toujours – Long Tales And Short Stories.

Quant à La Chapelle De Verre, j’y retournerai sans aucun doute très vite pour avoir le plaisir de redécouvrir la musique... et profiter de ce merveilleux accueil.

A+

 

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