29/10/2012

Pierre Durand - Chapter One : NOLA improvisations


Le guitariste français Pierre Durand est assez peu connu chez nous en Belgique, pourtant, il a un background plutôt  intéressant. Il fait partie de l’ONJ de Daniel Yvinec, avec John Hollenbeck, on le voit aussi aux côtés de Sylvain Cathala ou de Giovanni Mirabassi et il est leader de Roots Quartet dans lequel on retrouve Joe Quitzke, entre autres.

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Mais avec Chapter One: NOLA Improvisations, c’est seul qu’il se présente. Seul, avec sa guitare pour tout bagage.

NOLA Improvisations - enregistré dans les célèbres studios de Piety Street à New Orleans - est une suite d’instantanés, d’images volées aux paysages singuliers de la Louisiane, de récits recueillis au fil des rencontres. À l’exception d’une idée de mélodie qu’il avait en tête avant d’arriver et de deux «standards» («When I Grow Too Old To Dream», d’Oscar Hammerstein et «Jesus Just Left Chicago» nettement plus dépouillé que l’original de ZZ Top), la majeure partie du disque est improvisée selon le feeling et l’humeur du moment. Et le résultat en est assez bluffant.

L’album s’ouvre sur un paysage solitaire. On y voit aussitôt les bayous humides et chauds. Une guitare (au son légèrement métallique) égraine et fatigue lentement les notes, comme accablée par la chaleur, épuisée par un voyage trop long ou par une nuit trop courte. «Coltrane» plante le décor.

S’il est seul à la guitare, Pierre Durand utilise aussi parfois le re-recording qui lui permet de superposer des voix, d’ajouter du «gras» et du relief aux thèmes souvent obsédants.

C’est qu’il aime travailler sur une phrase courte qu’il répète à l’infini. Il la ressasse jusqu’à la vider de son sens, comme on vide une bouteille de Bourbon pour échapper à la réalité de la vie, pour nous entraîner ainsi dans un confort incertain.

Et l’on se traîne avec lui, comme dans les films de Jim Jarmusch, accablé par la chaleur moite du jour et par l’alcool brut de la nuit, le cerveau embrumé et lucide à la fois.

Si les silences sont lourds de sens, comme sur «MB (Les amants)» ou «In Man We Trust (Almost)», une douce folie s’empare parfois de Durand («Who The Damn' Is John Scofield»). Il fait trembler les cordes sur le bois du manche et les fait claquer sur la caisse de résonance. Puis il retombe sur ses pattes, avec beaucoup d’aisance, et reprend le rythme du voyage. Si son jeu est parfois âpre et brutal, il ne manque décidément jamais de tendresse.

Avec beaucoup d’intelligence, il parcourt tout le chemin de l’Afrique vers le continent Américain («Emigré»). Il s’y installe, y replante des racines. À l’aide d’un papier glissé entre les cordes (ce qui rappelle la sanza ou le likembe) il évoque une longue et évolutive prière. L’esprit New Orleans est bien présent, à chaque seconde et dans tous les recoins. Mais, même lorsqu’il invite Nicholas Payton, Cornell Williams et John Boute à partager un gospel («Au Bord»), il évite les clichés. Pierre Durand mélange avec habileté les cultures et se marie totalement avec la Nouvelle-Orléans – comme l’évoque la pochette, avec les dollars épinglés sur la veste du musicien -  pour en extraire les moindres sucs.

Et s’il avait enregistré cet album solo ici, en Europe, à Paris, chez lui ? Ce premier chapitre aurait-il eu la même saveur, la même force ? Car c’est bien une force qui semble traverser l’homme et sa guitare. Une force invisible, comme une fièvre qu’il arrive à nous inoculer insidieusement pour nous donner très envie d’entendre un second chapitre.

A+

 

Commentaires

Merci Jacques pour ta chronique!! Elle est pile poil dans le timing! Je suis content que ce cd t'ait plus. Vivement que Pierre viennent vous rendre visite en pays plat.
On est top content!!
Merci Jerome, Lily sphère

Écrit par : Jerome | 29/10/2012

Merci !
Passez quand vous voulez ! :-)

Écrit par : jacques | 01/11/2012

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