22/10/2012

Rudresh Mahanthappa - Samdhi - De Werf

Samdhi, le dernier album de Rudresh Mahanthappa, est le produit du travail que le saxophoniste a réalisé suite à l’obtention d’une bourse (Guggenheim) lui permettant d’approfondir et d'explorer plus encore la fusion entre le jazz, l’électro, le jazz-rock et la musique indienne bien entendu. S’il est dans la lignée des travaux antérieurs, Samdhi révèle donc une autre facette du travail de Mahanthappa. Et celle-ci n’en est pas moins intéressante.

Si le disque est en tout point remarquable, c’est surtout en live que la musique prend toute son ampleur. Le quartette – Rudresh Mahanthappa (as), David Gilmore (eg), Rich Brown (eb) et Gene Lake (dm) - est venu en faire la démonstration à Bruges (De Werf) ce vendredi 19 octobre.

rudresh mahanthappa,gene lake,rich brown,david gilmore,de werf

À partir d’une boucle en forme de valse lancinante et légèrement surannée, lancée à partir de son laptop, Rudresh Mahanthappa, le son âpre et pincé, dessine des vagues ondulantes et charmeuses.

Et soudain, ça claque !

Gene Lake (dm) formidable de puissance sèche, lâche les coups. Il redouble de fureur. Tout s’emballe en une explosion instantanée. Mahanthappa file alors à cent à l’heure et propulse David Gilmore vers des solos virtuoses. Le phrasé est rock, les riffs s’intègrent aux accords plus complexes, des accents parfois funky, parfois bluesy, s’échappent et des essences indiennes viennent parfumer le tout. Le quartette montre toute sa puissance dans un magma de notes – toutes bien dessinées – qui déferlent à toute vitesse. «Killer» porte bien son nom. On se dit que l'on suit l’itinéraire du disque, mais bien vite tout se mélange.

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Coup de génie ! Mahantappa enregistre quelques accords sur son Mac que celui-ci lui renvoie (en mode aléatoire) sous formes d’harmonies redessinées et transformées, comme passées par le prisme d’un kaléidoscope. La machine coupe les sons, diffère les intervalles, mélange les silences. Elle semble improviser et oblige l’altiste à la comprendre et à dialoguer avec elle. Et Mahanthappa prend un malin plaisir à rebondir et à inventer sur ces bribes de musique parfois chaotiques.

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La polyrythmie bat son plein. Les lignes s’entrecroisent, courent, ralentissent, sautent et s’arrêtent pour mieux repartir. À pleine vitesse ! C’est plein de fluidité et d’aisance dans des dialogues aussi lumineux qu’insensés. On pense parfois aux travaux d’Aka Moon ou à ceux de Steve Coleman… mais il y a toujours la «Rudresh touch» ! Inimitable !

David Gilmore, lui aussi, s’amuse le temps d’une longue intro, à s’auto-sampler. Redoutable virtuose, d’une efficacité incroyable, il enchaîne les phrases et construit, couche par couche, une histoire riche en rebondissements. On le sent toujours prêt à pousser plus loin les limites. Par la suite, ses échanges avec Rich Brown - qui groove solide sur sa basse électrique à six cordes - et Rudresh Mahanthappa sont jouissifs. Les musiciens sont extrêmement complices. On voit dans leurs yeux la brillance, l’étonnement, le rire. Ils se lancent des défis tout le temps, jouent les questions-réponses. Ils s’amusent presque à se glisser des peaux de bananes sous les solos des uns et des autres. Tout le monde participe. Et Gene Lake n’est pas en reste, il double et redouble les tempos en usant de ses doubles pédales de grosse-caisse. Il distille un groove musclé, souple et virevoltant avec un timing inébranlable. La tension est permanente. Tout bouge tout le temps et rien ne faiblit jamais.

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La musique de Rudresh Mahantappa est incroyablement personnelle et tellement inventive ! Parfaitement balancée entre finesse lyrique (voire romantique) et puissance rythmique. C'est un mélange continu de cadences et d’harmonies venues des quatre coins du monde… et des cinq sens!

On passe en revue la plupart des titres de l’album («Ahhh», «Rune», «Richard’s Game» - avec intro époustouflante de Rich Brown – ou encore le jubilatoire «Breakfastlunchanddinner»!).

Chaque histoire est différente. Aucune ne se raconte jamais de la même façon. Les schémas narratifs sont chaque fois uniques. Et toujours passionnants.

Les deux sets passent à la vitesse d’un TGV qui ne s’arrête pas en gare. Deux heures intenses et pas une seule minute d’ennui.

Bref, un concert plein et dense comme on en rêve.


A+

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