13/10/2012

Lage Lund Trio - Hnita Jazz

Exceptionnellement, le Hnita Jazz Club ouvrait ses portes un lundi soir (le 8 septembre). Il faut dire que l’occasion était trop belle pour accueillir Lage Lund, le jeune guitariste norvégien qui fait beaucoup parler de lui à New York depuis quelques années déjà (et dont le dernier album, Four, vient de sortir chez Smalls Live).

Alors, bien sûr, le public – fidèle et connaisseur – a répondu présent.

C’est toujours un plaisir de se retrouver dans ce club mythique et singulier perdu au milieu de la campagne. L’ambiance y est toujours particulière.

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Lage Lund était déjà passé au Hnita, il y a quelques années, en tant que sideman du saxophoniste Will Vinson. Pour ma part, je l’avais déjà vu au Festival Jazz à Liège avec David Sanchez pour un concert qui… ne m’avait pas réellement excité, à vrai dire.

Ce soir, c’est avec son propre trio qu’il se présente. À la contrebasse il y a Orlando Le Fleming (vu aux côtés d’un autre excellent guitariste, Jonathan Kreisberg) et aux drums il y a le solide Johnathan Blake (Randy Brecker, Marcus Strickland ou Kenny Barron…).

Lage Lund, le regard fixé sur un point imaginaire perdu dans l’infini, enfile les arpèges sans ciller. Le visage est paisible, un petit sourire indéfectible collé dessus. Jamais il ne montre la difficulté, même lorsque les enchaînements d’accords (et ils sont nombreux et complexes) filent à la vitesse de l’éclair.

Après deux premiers morceaux plutôt enlevés, c’est le moment de revisiter l’un des quelques rares standards joués ce soir: «Stella By Starlight». Le trio s’amuse à brouiller les pistes et nous offre une version toute personnelle, n’hésitant pas à s’éloigner fortement de la grille. Il en fera de même dans une version époustouflante de «Evidence», de Monk, que Johnathan Blake introduit intelligemment - mains nues – en mode percussion. On déstructure un peu plus encore ce chef-d’œuvre - de façon très inventive - pour donner toujours plus d’espaces aux impros.

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Johnathan Blake domine sa batterie. Les cymbales sont placées au plus près des tambours. Tout est à l’horizontale, pratiquement au même niveau. Blake a remonté son siège… et plane au-dessus de son instrument, comme un aigle. Soudain il plonge, avec précision et élégance. Il fait rouler les baguettes et les balais avec finesse. La frappe est rarement lourde, mais d’une redoutable efficacité.

La plupart des compositions sont riches et flottantes. Voire tourbillonnantes.

«12 Beats» est assez dense et fait des allers-retours constants entre tension et détente. Les solos de Blake bourdonnent, comme s’il voulait prendre les commandes. C’est un bouillonnement intense et continu qui monte et descend, comme une énorme vague sur laquelle surfe le guitariste.

À l’inverse, «Party Of One» (composé par Le Flemming), est très apaisé, presque minimaliste. Mais dans cette ballade bluesy et un tantinet triste apparaît toujours un rayon de lumière, une respiration vive, un souffle frais. Le jeu de Le Flemming oscille entre douceur et phrases mordantes, elles sont les complices idéales de la fluidité rythmique de Lage Lund. Quant à «Circus Island»,  la pulsation est obnubilante. Le batteur mélange rim-shots et coups de grosse-caisse, tandis que la guitare et la contrebasse dessinent les entrelacs lyriques et pleins d’imagination.

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Même si la musique de Lage Lund est généralement intimiste, on y ressent toujours ce besoin de groove et de nervosité contenue. Et c’est ce mélange étonnant de souplesse et de tension qui fait toute la personnalité du guitariste.

Le trio possède cette faculté de passer d’un swing sensuel et feutré à des digressions parfois complexes, avec autant d’élégance que de simplicité. Et vice-versa. C’est un peu comme un vêtement que l’on passe une fois à l’envers, une fois à l’endroit. Parfois, le trio montre les coutures, les arêtes saillantes et agressives. Parfois c’est l’inverse, tout est couvert, parfaitement fini… mais sous le tissu, le groove frémit toujours.

Lage Lund, un guitariste à continuer à tenir à l’œil…

 

A+

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