10/07/2012

Lift au Sounds

Voilà plus d’un an que je n’avais plus vu ni entendu sur scène Lift, le quintette emmené par Emily Allison (voc) et Thomas Mayade (bugle). La dernière fois – qui était aussi la première – c’était lors du concours des jeunes talents du Brussels’s Jazz Marathon 2011 dans lequel je participais en tant que juré. Lift avait remporté le premier prix juste devant Franka’s Poolparty de Marjan Van Rompay (autre talent - dans un tout autre style - que je vous invite à découvrir… si ce n’est pas encore fait).

Depuis cette victoire, Lift s’est produit au Jamboree à Barcelone (c’était l’un des prix du concours), dans divers clubs belges et français ainsi que sur la Grand Place de Bruxelles pour l’édition 2012 du Brussels’s Jazz Marathon (autre récompense du concours).

Mais l’un des bons coups de pouce est aussi venu de Sergio et Rosy, qui ont accueilli le groupe, deux mardis sur quatre pendant plusieurs mois, dans leur fameux club de la rue de la tulipe.

C’est donc tout naturellement au Sounds, le 12 juin, que j’ai fêté mes retrouvailles avec le groupe.

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Lift mélange des compositions personnelles avec des standards de jazz et des reprises de chansons pop, en essayant toujours d’y apporter une touche très personnelle.

Si Emily Allison est la chanteuse du groupe, sa voix est surtout employée comme un instrument à part entière. Elle travaille beaucoup les vocalises, cherche toujours des chemins de traverses et accentue souvent la dramaturgie du chant.

L’autre voix principale du quintette, c’est le bugle de Thomas Mayade. Il papillonne souvent autour du thème, dans un jeu sûr et limpide, avant de dessiner des phrases mélodiques plutôt sophistiquées. Autour des deux leaders, on retrouve Dorian Dumont au piano, Jérôme Klein aux drums et Lennart Heyndels à la contrebasse.

La caractéristique du groupe est de tenter souvent des acrobaties harmoniques pour le moins sophistiquées. Lift propose un jazz vocal contemporain qui flirte parfois avec l’abstraction. C’est riche et foisonnant d’idées… et risqué.

«For All We Know» est découpé, étiré, malaxé. Tout comme «Kaléidoscope», une composition personnelle qui mérite bien son nom.

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On l’aura compris, la musique de Lift offre aussi une large place à l’improvisation et la rythmique, qui joue un rôle primordial, donne vraiment du nerf à cette poésie toute particulière.

Jérôme Klein soutient des tempi nerveux avec beaucoup de générosité. Rien n’est jamais sage ni aseptisé, même si la douceur pointe parfois le bout de son nez, il ne laisse jamais la tension se détendre. Le jeu au piano de Dorian Dumont est très affirmé. Tantôt cristallin, tantôt grave, mais rarement tiède. Il profite de la moindre occasion pour marteler le clavier avec beaucoup d’élégance et de vigueur, et arrive toujours à trouver un angle intéressant dans ses interventions.

Le quintette ne choisit jamais la facilité et navigue sur les rives d’une poésie organique faite de flux émotionnels fragiles aux formes imprévisibles. C’est souvent magique mais parfois aussi un peu moins convaincant sur un morceau comme «Hyperballad» de Björk, par exemple.

Lift joue avec le feu, repousse les limites et est même parfois au bord de la justesse. Mais après tout, c’est cet équilibre incertain et cette recherche constante d’originalité qui font tout l’intérêt de cette formation.

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Alors, quand on touche presque à la perfection - comme sur «Endless Paece» où la voix d’Emily se confond avec celle du bugle, ou sur «Dark Flow» qui hésite entre déclamation et spoken word avant de repartir sur un chant aérien, on est… sur un petit nuage.

«A Long Story Short» peut aussi faire penser à deux trapézistes qui se balancent ensemble quelque part, très haut dans le ciel… et sans filet. La voix va se balader seule, avant d’être rejointe d’abord par le bugle puis par les autres musiciens. La voix flotte sans faiblir et se faufile entre les instruments.

Mais le moment est plus poétique encore lorsque Thomas Mayade improvise longuement sur l’introduction de «Shadow». Il plonge son bugle au cœur du piano, joue avec la résonnance et les vibrations. Il crée des échos et suspend le temps.

Et le public reste attentif jusqu’aux dernières notes.

La virtuosité fragile - et parfois âpre - de Lift nous promet de beaux moments à venir.

D’ailleurs, le groupe entre en studio fin juillet pour enregistrer un album qui devrait sortir cet automne. On est déjà tout ouïe.

 

A+

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