16/06/2012

Gorgona à la Jazz Station

Jérôme Colleyn, le batteur, m’en avait déjà un peu parlé mais, je l’avoue, je ne connaissais pas Gorgona avant d’aller les écouter samedi 9 juin à la Jazz Station.

C’est le pianiste Yannick Schyns qui a créé le groupe en 2009 avec l’envie d’intégrer au jazz d’autres musiques qui lui tiennent fort à cœur : la world ou le classique, principalement.

Jusque-là, rien de bien neuf, me direz-vous. C’est ce que je me suis dit aussi.

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Le groupe s’installe, (Yannick Schyns au piano, Jérôme Colleyn aux drums, Pascal Hauben à la basse électrique, Franck Beele à la trompette et Marti Melia au ténor) et entame une longue intro surprenante, sous forme de milonga (ou de tango) des plus classiques…  Et puis soudain, il entre de plain-pied dans un jazz très actuel, aux couleurs hispanisantes. Très vite - après une belle improvisation en «pointillés» du trompettiste - Marti Melia prend un solo monstrueux et très inspiré de l’école avant-gardiste (Joe Mc Phee, par exemple). Il fait vibrer l’anche, fait claquer le bec, fait hurler le sax. Le son est un peu sale mais plein de vérité. Il accentue les intervalles avec fougue et détermination.

Voilà qui a de quoi surprendre et de donner envier d’en entendre plus.

«Les feux de la Sainte Florence» procède un peu de la même manière, mais cette fois-ci, la composition s’inspire d’une sorte de ritournelle médiévale. Et l’effet est tout aussi étonnant.

En fait de «fusion», il s’agit plutôt ici de choc des genres dans lequel on devine un canevas commun. Gorgona joue l’effet miroir, l’écho, les contrastes. Le quintette marie l’ancien et le nouveau sans les mélanger totalement. Il laisse transparaître la saveur de chaque ingrédient. Et c’est ça qui est intéressant, surtout quand les arrangements sont aussi bien maîtrisés.

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Le jeu de Yannick Schyns semble fortement influencé par le classique (même si son parcours est plutôt jazz). Il laisse un peu de côté – sans l’oublier totalement – l’élément swinguant pour exposer des phrases plus romantiques, voire impressionnistes. La mélodie et les harmonies ont un petit parfum de Debussy ou de Ravel.  Et c’est dans la rythmique qu’émerge l’esprit jazz. En parfaites complicités, Pascal Hauben et Jérôme Colleyn tissent des rythmes tantôt bop, tantôt cubain, tantôt pop aussi. Franck Beele assure un jeu clair, lui aussi inspiré de la tradition classique, celle d’un Maurice André peut-être. Le son est pur et finement ciselé. Ce qui ne l’empêche pas de se laisser aller, de temps en temps, à des improvisations plus débridées et charnues.

Alors, Gorgona enfile les différents morceaux en gardant toujours cette ligne de conduite originale. On passe ainsi de «Frozen Throne» (sans doute inspiré de Vivaldi) à un morceau beaucoup plus dansant et chaleureux (une sorte de samba) sans que cela ne choque. C’est que ces mélanges sont subtilement agencés et évitent les clichés avec une beaucoup d’intelligence.

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Malheureusement, je n’aurai l’occasion de ne voir que le début du second set, mais je me promets d’aller reécouter Gorgona lors d’un prochain concert. Des groupes qui amènent une idée originale et un traitement aussi habile, cela n’arrive quand même pas tous les jours.

Et l’on imagine qu’en jouant encore plus souvent ensemble et en creusant l’idée, tout cela pourrait bien déboucher sur quelque chose d’assez puissant.

À suivre donc, avec intérêt.

A+

 

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