05/06/2012

Tutu Puoane Quartet à la Jazz Station

La Jazz Station était plus que comble en ce chaud mercredi soir de mai. Dans le cadre des Jazz Tour, le club accueillait ce 23 mai, la chanteuse sud-africaine Tutu Puoane. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas bien - un peu comme moi, je l’avoue – resituons rapidement le personnage.

Tutu est née près de Pretoria, il y a une trentaine d’années. Après voir étudié le jazz dans son pays, elle se balade du côté des States ainsi qu’en Europe au début des années 2000. Elle finit par s’installer à Anvers avec le pianiste belge Ewout Pierreux. On l’entendra d’abord avec Saxkartel (Frank Vaganée, Kurt Van Herck, Tom Van Dijk et Sara Meyer) puis avec le Brussels Jazz Orchestra («Mama Africa»). Entre-temps, elle produira trois disques sous son nom. C’est le dernier en date qu’elle vient présenter ce soir: «Breathe».

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Accompagnée de Nic Thys à la contrebasse, Lieven Venken aux drums et, bien sûr, Ewout Pierreux au piano, Tutu Puoane prend vite possession de la scène. En toute décontraction et en toute simplicité. Avec charme et humour.

Elle se présente - et présente les musiciens - en improvisant sur l’introduction de «All Or Nothing At All» avec autant d’élégance qu’Ella ou Sarah.

Elle enchaîne rapidement avec «Cape Town», superbe hymne écrit par Abdullah Ibrahim, dans lequel elle y injecte assez d’émotion et de passion pour en faire une véritable déclaration d’amour.

Tutu se donne entièrement. Et Tutu se confie facilement.

Elle a besoin d’un vrai contact avec le public. Elle communique beaucoup avec lui et veut vraiment qu’un échange fort s’établisse. Alors, elle le fait chanter sur un «Dream On» qui se enfle comme une transe apaisante. Elle veut garder ce lien qui lui semble vital. Elle improvise et balance par-ci par-là des petites phrases personnelles dans les chansons afin de se les approprier entièrement et de les partager encore mieux. Et le charme opère.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Tutu n’utilise sa culture africaine qu’avec parcimonie, comme lorsqu’elle pose des paroles en Zoulou sur «Lucky Loser», écrit par Nic Thys (sur son album «Virgo»), qu’elle rebaptise «Moratuwa».

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Ewout Pierreux fait preuve d’un toucher brillant et doux. Il fait sonner le piano avec profondeur et fait swinguer chacune de ses notes. Il y a quelque chose de chaleureux et vif à la fois dans son jeu. La complicité avec la chanteuse est évidente. Les échanges sont fins et pleins de sous-entendu. Il y a de la légèreté dans ce dialogue. Et de l'amour.

Le batteur sait quand il faut donner un coup de fouet ou quand il faut faire susurrer les balais sur les peaux. Le contrebassiste sautille par-dessus la mélodie avant d’ancrer profondément des jalons rythmiques très assurés. Ewout Pierreux, Nic Thys et Lieven Venken sont vraiment les alliés parfaits pour sublimer le chant de la belle Africaine.

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En attendant de la voir bientôt sur les grandes scènes d’Europe – franchement, elle le mérite et elle en a la carrure – vous pouvez encore la voir ce mois-ci à Mazy, à Antoing, à Lille, ou à Anvers, entre autres. Dépêchez-vous.

Sinon, bien sûr, il vous reste toujours le disque, enregistré à New York et publié chez Soul Factory. Le moment sera déjà bien agréable.

 

A+

 

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