26/05/2012

Giovanni Di Domenico - Piano solo au Cercle des Voyageurs

Giovanni Di Domenico s’est installé en Belgique, il y a plus de cinq ans, un peu par hasard. Il a d’abord quitté son Italie natale pour aller suivre des cours de piano au conservatoire de Den Haag, parce que l’un de ses amis saxophonistes voulait suivre ceux de John Ruocco. C’est là qu’il rencontre Joao Lobo, Oriol Roca, Manolo Cabras, Lynn Cassiers ou encore Alexandra Grimal avec qui il enregistre par la suite Seminare Vento et Ghibli. Il a enregistré récemment avec Arve Henriksen un superbe Clinamen.

Thelonious Monk, Paul Bley et surtout Masabumi Kikuchi sont quelques-uns de ses pianistes préférés. Voilà qui situe un peu le personnage.

giovanni di domenico,cercle des voyageurs

Ce 22 mai, au Cercle des Voyageurs, Giovanni est seul au piano.

Il y a quelque chose d’ingrat, pour un musicien, de jouer en solo dans un endroit où personne ne l’écoute. Mais c’est le deal de ce «Qui Va Piano» du mardi soir dans le restaurant du Cercle.

Alors, Domenico joue pour lui… Et pour moi.

Il improvise sur des standards («I Fall In Love Too Easily») ou des classiques du jazz.

Puis il exécute des variations sur «Prelude To A Kiss» en fait ressortir toute la noirceur insoupçonnée du thème.

Petit à petit, la personnalité de Di Domenico remonte à la surface, son jeu est de plus en plus détaché. Il oublie la joliesse pour mieux faire briller les vrais sentiments d’un «Chelsea Bridge» torturé. Il revisite un «Skylark» plus émouvant que jamais et puis attaque un superbe «Pannonica» qui se liquéfie au fil des notes, avant de revenir à quelque chose de plus léger : «Honeysuckle Rose».

Je suis le seul à applaudir.

Dans son T-shirt bleu électrique, derrière sa barbe fatiguée, Domenico esquisse un sourire dans ma direction. Puis il rentre à nouveau dans sa bulle, dans son monde. Il oublie les conversations des clients, les cliquetis des fourchettes, le choc des verres. Il oublie les va-et-vient des serveurs. Il écoute sonner et résonner le piano en bois brun.

Les partitions, étalées sur le lutrin, sont son seul horizon. La musique son unique oxygène.

Finalement, après avoir égrainer d’autres standards, il découpe et cisèle brillamment «Never Let Me Go», qui clos un concert que décidemment plus personne n’écoute...

Il se lève, referme le clavier, prend un verre et s’assied en face de moi.

Alors, on trinque ensemble. On parle de son parcours. On parle de jazz. On parle du besoin de créer. De la difficulté de se renouveler. On parle de l’Italie, de New York, de Paris. On parle de la force de Monk, de la beauté de Bill Evans. On parle de l’obligation de connaître les racines profondes du jazz pour pouvoir s’en libérer…

Bref, on parle de tout un monde musical qui aura sans doute échappé à la plupart des clients du Cercle ce soir.

A+

Commentaires

Salut Gd Jak, c'est bien torché ce petit compte rendu! Tu as bien retranscrit l'atmosphère, je m'y suis crut. Cela ferait bien le script d'un court métrage : sur la difficulté d'être artiste aujourd'hui mais de l'irremplaçable plaisir que de ne fut-ce que séduire un auditeur attentif, suivi d'une rencontre sur le bord d'un zinc...

Écrit par : Juanito | 13/06/2012

Salut Gd Jak, c'est bien torché ce petit compte rendu! Tu as bien retranscrit l'atmosphère, je m'y suis crut. Cela ferait bien le script d'un court métrage : sur la difficulté d'être artiste aujourd'hui mais de l'irremplaçable plaisir que de ne fut-ce que séduire un auditeur attentif, suivi d'une rencontre sur le bord d'un zinc... Johan

Écrit par : Juanito | 13/06/2012

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