09/05/2012

Raffaele Casarano Locomotive Quartet au Sounds


Pour quelques raisons d’organisations (ou de désorganisations) personnelles, je n’arrive au Sounds que pour le second set du concert de Locomotive, le quartette de Raffaele Casarano.

Raffaele Casarano est un saxophoniste italien qui entretient une belle relation avec la Belgique où il revient souvent. On l’avait vu, entre autres, aux côtés de Paolo Fresu, il y a quelques années. Ce jeune italien a déjà sorti plusieurs albums sous son nom et a collaboré avec pas mal de monde (Daniele Di Bonaventura, Philip Catherine, Gianluca Petrella...). Il est, en plus, directeur artistique du Locomotive Jazz Festival qui se déroule chaque année près de Lecce.

raffaele casarano,marco bardoscia,marcello nisi,ettore carrucci,william greco,sounds

C’est au soprano qu’il entame le premier morceau de ce second set. Le jeu est un peu pincé, un peu nasillard… et plein de fougue. Casarano n’a pas peur de faire siffler l’instrument. L’influence coltranienne (je sais, c’est un lieu commun pour la plupart des saxophonistes) est assez claire, mais Casarano n’hésite pas à chercher des voies différentes (il suffit d’écouter son album Argento dans lequel il mélange le flamenco, le rock ou l’électro pour s’en convaincre).

Il utilise par exemple – sans en abuser – d’un léger delay, un peu à la manière de son ami Paolo Fresu, pour créer une ambiance délicatement feutrée et ajouter juste ce qu’il faut de relief à une musique déjà riche. C’est que Casarano n’est aussi sage qu’on pourrait le croire. Et puis, il faut dire que le contrebassiste Marco Bardoscia n’est pas du genre à rester discrètement dans le fond de la scène. Toujours à l’affut, il n’hésite pas à «quitter le chemin», à bousculer un peu les convenances et à attirer ses compagnons dans des contrées moins tranquilles.

Le quartette reprend, par exemple, un standard (dont le nom m’échappe) qu’il déstructure sans pudeur mais avec élégance. Puis, au détour d’un morceau assez bop, il laisse échapper quelques bribes de tarentelle.

Le groupe joue à l’instinct et cherche à provoquer les accidents. Il joue la spontanéité et cherche le plaisir. C’est comme si il s’amusait à déplacer un décor pour laisser apparaître une structure plus brute. On dit souvent du jazz italien qu’il est «chantant» (il faut en convenir, même si c’est un cliché), mais il ne faudrait pas oublier qu’il cherche souvent aussi à surprendre.

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Alors, sur scène, ça remue pas mal aussi. Raffaele Casarano projette son instrument devant lui ou, au contraire, le colle sur sa poitrine. Il exprime ses sentiments en une sorte de chorégraphie très personnelle. Il ne veut faire qu’un avec sa musique.

William Greco, au piano, est sans doute moins explosif qu’un Ettore Carrucci, mais ses attaques n’en sont pas moins fermes. On assiste d’ailleurs à quelques vifs et beaux échanges avec Bardoscia. Quant au batteur Marcello Nisi, à la frappe est puissante et précise, il est peut-être celui qui garde l’église au milieu du village. A l’exception d’un solo en fin de concert, il tient plutôt le rôle de gardien du tempo, et permet aux autres de «voyager» en toute liberté.

Et le groupe ne s’en prive pas, au risque de se perdre parfois. Mais le plaisir et l’énergie arrange toujours tout.

Pour clore ce bon concert, et ravir encore un peu plus les très nombreux italiens présents ce soir, le quartette rend un hommage au regretté Lucio Dalla en reprenant un «Caruso» aussi sombre que lumineux.

C'est ça aussi, le jazz italien.

A+

 

 

 

 

 

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