23/04/2012

Torben Waldorff Quartet au Smalls NY

A New York, les concerts commencent à l’heure. Il est à peine passé 20h30. quand je descends les marches qui mènent à la petite salle du bien nommé Smalls et j’entends déjà les musiciens jouer. Ce soir, il s’agit de Torben Waldorff, un guitariste danois installé à New York depuis quinze ou vingt ans déjà. Il est accompagné de Matt Clohesy (cb), Jon Wilkan (dm) et Gary Versace (p).

Smalls, Torben waldorff, matt clohesy, jon wilkan, gary versace, mitch borden

C’est drôle comme on se sent vite chez soi au Smalls. L’accueil est des plus simples et des plus sympathiques. Et puis, la confiance règne : si l’on veut acheter un cd, il suffit de le prendre et de glisser dix dollars dans le petite urne qui se trouve juste à côté. « Non, il n’y a jamais eu de vol… Peut-être un oubli, une fois ou deux…», me dit, le sourire en coin, Mitch Borden, le patron du club.

Dans une ambiance très sombre, je longe le bar qui s’étend sur le côté et trouve une chaise face à la scène décorée de bric et de brocs, de cadres, de tapis, de miroirs et d’une photo de Louis Armstrong. Le club se remplit peu à peu pour être quasi plein à la fin du premier set.

Le quartette présente des nouveaux morceaux qui figureront sur le prochain album que le groupe enregistrera quelques jours plus tard et qui s’appellera «Wah-Wah».

Waldorff joue dans une certaine lignée de guitaristes américains actuels (Rosenwinkel en tête). Il y ajoute cependant sa petite touche personnelle en mélangeant à un swing parfois un peu paresseux de légers effets ondulants avec le vibrato. Waldorff semble souvent tourner autour de la musique, d’attendre que le thème se définisse un peu plus avant de plonger dedans. Il y a de la douceur dans son phraser et beaucoup de souplesse.

Smalls, Torben waldorff, matt clohesy, jon wilkan, gary versace, mitch borden

«You Hear» est construit à la manière d’un blues qui se développe lentement. Cela permet à Gary Versace de distiller des phrases riches et des improvisations nerveuses. Le contraste entre le pianiste et le guitariste est d’ailleurs plutôt bien dosé, l’un attise et l’autre semble contrôler. Derrière, Clohesy tisse des mailles subtiles. Il tire et rebondit sur les harmonies et les accords d’un Versace vraiment brillant. Sur «Ginga» (?), au tempo plus enlevé, Versace repart de plus belle. Son jeu est lumineux, les notes tombent en cascades, le morceau file. Mais l’univers de Torben se situe plutôt dans le feutré.

«Country And Fish» flirte avec la ballade folk un peu nostalgique et nonchalante. Pourtant, il y a toujours de la luminosité dans le jeu du guitariste, un peu froide cependant, un peu pâle («Flat N°2»).

Le deuxième set démarre de façon plus musclée, plus nerveuse. Jon Wilkam instille un rythme plus jungle. Son drumming monte en puissance et entraine toute la bande.

Versace explore les notes graves, va chercher dans «le fond du piano». Il fait rouler les notes en un ostinato obsédant. Il innerve parfois ses solos de clins d’œil classiques ou rappelle un madrigal. Et ça joue et ça galope. Et ce que Waldorff perd en précision, il le gagne en puissance.

Smalls, Torben waldorff, matt clohesy, jon wilkan, gary versace, mitch borden

Alors que «Birds» balance comme un calypso - et permet des échanges très délicats et complices entre guitare et piano - «Heinmat» démarre de façon lymphatique avant de se transformer au fil du temps en un tonitruant et énergique final.

Torben Waldorff est un guitariste à découvrir qui joue dans un esprit relax, avec une énergie contenue, laissant le temps de s’installer un bouillonnement interne. A suivre certainement.

 

A+

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