28/03/2012

Pascal Mohy Trio au Sounds

Le Mohy nouveau est-il arrivé ?

Cela faisait longtemps que je n’avais plus entendu Pascal Mohy en trio (la dernière fois, c’était début septembre, lors du Belgian Jazz Meeting à Bruges).

Je ne sais pas pourquoi mais, ce vendredi 23 au Sounds, on sent le pianiste plus fébrile, plus incisif. Il y a chez lui comme une nouvelle énergie qui l’anime.

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Ce soir, pas de tergiversation, pas d’état d’âme, dès les premiers accords d’un morceau de Bud Powell, il plonge. Et puis, sur «Crescent», il se lâche encore plus.

Est-il poussé dans le dos par le drumming fougueux d’Antoine Pierre ? Par le jeu plus déterminé que jamais du pirate de la contrebasse, Sal La Rocca ?

Toujours est-il que le pianiste parait libéré du lyrisme dans lequel il semblait s’enfermer.

Ce soir, ça sonne et ça claque. Et le trio passe en revue une bonne partie des plus grands standards du hard bop. Il n’y a pas de raison de ne pas se faire plaisir ! Et le plaisir est communicatif entre nos trois jazzmen et cela semble leur donner des ailes.

Après un jubilatoire et groovy «This Here» de Bobby Timmons, ils s’attaquent à «Cherokee», version balade, de manière somptueuse. C’est somptueux car le trio évite la mièvrerie, contourne les clichés et fait briller ce classique des classiques à la manière d’un Brad Mehldau au meilleur de sa forme. La main gauche de Mohy ne tremble pas. Elle est ferme et convaincante. Sûre d’elle. Déterminée. Je n’avais plus entendu une version aussi brillante de ce morceau depuis longtemps.

Alors, comme portés par leur élan et leur enthousiasme, les trois musiciens terminent le premier set en feu d’artifice avec «Hallucinations» de Bud Powell, qui semble décidément bien inspirer notre pianiste.

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Rassurez-vous, Pascal Mohy n’a rien perdu de sa sensualité et sa version de «Satin Doll» d’Ellington a presque quelque chose de sexuel. Il y a cette façon de retenir l’extase, de jouer au chat et à la souris avec la mélodie, d’user, sans abuser, de stop and go. Il y a cette entente, ce défi constant, ce contraste brutal entre le piano et la batterie... Car Antoine Pierre joue sec, cinglant et tonique. Mais quand il le faut, le batteur peut se faire très félin aussi (comme lors de «In A Sentimental Mood»). De son côté, Sal La Rocca n’est pas en reste et, s’il fait souvent le lien,le passeur, il n’hésite pas à mettre de l’huile sur le feu de temps à autres. Le voilà qui relance, qui fait claquer les cordes, puis les fait murmurer.

Tout ce jazz est bien dégraissé, vif et fringuant. Il a de la saveur, il a du corps. Et c’est tout ce qu'on demande, c'est tout ce qu’on aime.

Il y aura encore un thème de Charlie Parker («Now’s The Time») et un de Gainsbourg («La Javanaise») mais aucune composition personnelle, comme s’il s’agissait pour Mohy de prendre un peu de recul, de prendre un nouvel élan... pour mieux sauter...

On peut lui faire confiance, il est sur la bonne voie.

A+

 

23:34 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pascal mohy, sounds, antoine pierre, sal la rocca |  Facebook |

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