14/03/2012

Jozef Dumoulin Trio - Rainbow Body

Franchement, ce disque est fascinant.

Même si… oui, en effet, il faut du temps pour l’appréhender, le découvrir, l’apprécier.

On ne va pas revenir sur l’éternel débat “jazz” ou “pas jazz” mais, si l’on veut creuser dans ce sens, on peut l’affirmer : oui, il s’agit bien d’un disque de jazz. De jazz très actuel. Dans le sens où il joue beaucoup sur l’improvisation, l’interaction et les dialogues - parfois sibyllins - que s’échangent les différents protagonistes. D’un autre côté on en est loin, si l’on considère que cette forme de musique ne peut porter ce nom que si elle s’inscrit uniquement dans la tradition, dans le bop ou le swing.

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Mais Jozef Dumoulin nous a déjà habitué à aller au-delà de ces considérations archaïques et à dépasser la forme pour n’en garder que l’essence. Avec ce disque, il pousse encore plus avant cette recherche.

Il explore les sons, bouscule les métriques et les mélodies. Et ce qui peut paraitre chaotique au premier abord se révèle peu à peu rythmique ou hypnotique.

Rainbow Body (Bee Jazz) porte finalement bien son nom car il possède toutes les couleurs des sentiments. Il joue avec nos rêves et nos cauchemars, avec nos peurs d’enfants et nos défis d’adultes.

Dans ce disque, on entend vite le jeu de batterie d’Eric Thielemans, toujours surprenant et déroutant, toujours en alerte, toujours en embuscade.

Puis il y a basse indomptable de Trevor Dunn qui soutient, qui dessine des lignes profondes dans un jeu sous terrain, qui provoque l’un ou qui répond à l’autre comme dans un écho.

Pilotant son Fender Rhodes qu’il a trafiqué, trituré, torturé, Jozef Dumoulin, semble planer au-dessus de ce terrain mouvant. Et comme le rapace qui observe sa proie, il joue avec elle avant de fondre dessus à toute vitesse.

Et le trio s’amuse à mélanger les genres, les rythmes et les harmonies. On sent l’amour de Dumoulin pour Gyorgy Ligeti ou Morton Feldman - et pour toute la musique concrète en général -  sur des morceaux comme "Birthday Cake", par exemple. On sent aussi son besoin de toucher à tout et de tout tenter. "Sachiko" explore d’angoissants beats industriels, "Fuga X" mélange l’esprit baroque avec un groove pseudo funky, "Dragon Warior" flirte avec le rock progressif tandis que "Mei" se décline en une balade étrange, tendre et douce. Quant à "Asia" ou "Sosuke", ils empruntent à la musique minimaliste, faite de bruissements et de souffles.

Rainbow Body aime déranger et ne pas vous laisser tranquille. C’est un gros shaker qui vous met le cerveau à l’envers et fait vaciller vos certitudes. Et ne vous laisse jamais indifférent.

Après tout, n’est-ce pas là la première obligation d’une œuvre ?


 

A+

 

 

 

 

Commentaires

Oui ! Dumoulin m'avait fait bonne impression au coté de F Vaillant et j'en avais un peu causé dans une de nos chroniques Blogueur jazz
http://is.gd/2BKN4Z
Ce disque dès la première écoute me plait bien... ce coté "détuné" donné au piano électrique... et l'ensemble du groupe a du style et du timbre... ça ronfle et ça pulse bien ! comme sur la fugue "fuga X" avec un pti goût de progressive qui nous manque bien souvent dans les opus de l'époque... bref de l'atmosphère et du chien !

Écrit par : ptilou | 15/03/2012

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