14/02/2012

Paul Van Gysegem Quintet au Singer

 

Je vous avais déjà parlé d’ «Aorta», le disque de Paul Van Gysegem Sextet, sorti en 1971 et réédité récemment chez Futura et Marge. Depuis cette re-sortie, les deux principales chevilles ouvrières du sextette original ont repris du service. Bien sûr, Paul van Gysegem (cb) et Patrick De Groote (tp) n’ont jamais vraiment cessé de jouer ensemble, mais ces dernières années ont été un peu plus intensives et on a pu les voir à Gand, Anvers ou encore Courtrai.

Ce samedi 21, au Singer à Rijkeoorsel, c’était l’occasion plus «officielle» de fêter la réédition - presque inespérée - de cet album culte... Oui, oui, culte !

de singer, paul van gysegem, erik vermeulen, patrick de groote, jereon van herzeele, giovanni barcella, jasper van t hoof, nolie neels, pierre courbois

Sur scène, certains membres (Jasper Van ’t HofNolie Neels, Pierre Courbois) ont laissé la place à la «jeune» génération, particulièrement sensible à cette musique : Erik Vermeulen (p), Jereon Van Herzeele (ts) et Giovanni Barcella (dm).

Le club a quasiment fait le plein et sur scène, Jeroen Van Herzeel lance la première improvisation. Oui, ce soir, comme il y a 40 ans, on improvise. Totalement, intensément.

Les première notes de «Jupiter» de Coltrane retentissent – "Il faut bien commencer par quelque chose", me dira plus tard Jereon. C’est un «thème» qu’il affectionne particulièrement, qu’il aime jouer, qui le propulse très loin… et qui entraine les autres dans son tourbillon.

Le tout, dans ce genre d’exercice, c’est de canaliser les énergies. C’est Van Gysegem qui assume ce rôle et qui, derrière sa contrebasse, donne ses indications d’un petit signe de la tête, d’un bref geste de la main, de quelques inflexions à l’archet. Finement, mais fermement, il indique les chemins à prendre, ou a éviter. Et le fluide passe entre les musiciens, pareil à du sang frais qui coule dans les veines.

Les chants se construisent, les rythmes se croisent, les notes se rejoignent. Le premier morceau s’étend, s’allonge, s’enrichit. Toutes les idées s’enchevêtrent et s’accrochent les unes au autres. La fureur des uns est à peine calmée par les réponses des autres. Barcella fait rouler les tambours, Patrick Degroote fait geindre sa trompette, Vermeulen martèle son piano. Un Maelstrom musical entraine tout le quintette. Mais Van Gysegem, une fois encore, contrôle la situation et ramène tout le monde à bon port.

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Le deuxième thème est également initié par Jereon. Cette fois-ci, il joue dans le piano. Il joue avec la résonnance des cordes qu’ Erik Vermeulen pince, frappe ou griffe. Les vibrations du sax installent une ambiance brumeuse, sombre et étrange. L’improvisation est douce et évolutive. Elle tourne un peu sur elle-même. Puis s’arrête brusquement. Il ne faut pas chercher pour chercher. Il ne faut pas forcer les idées. On sent quand elles arrivent, quand elles ont une raison, quand elles sont intéressantes. Une fois que tout est dit, Van Gysegem a assez d’intuition, de métier et, en tous cas, assez d’intelligence pour y mettre un point final.

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Au début du deuxième set, Jereon, croise cette fois le fer avec le contrebassiste. L’intro sonne comme un indicatif, puis le morceau se bâtit sur quelques explosions de batterie et se charge d’énergie. Une énergie incroyable, une puissance sèche, une force brute. Van Herzeele monte dans les aigus, crache des flots de notes et se dissout petit à petit dans une transe incontrôlable. Tout là-haut, il éructe, il crie, il échange, il converse avec Degroote. Et le trompettiste fait crisser et couiner son instrument. De Groote alterne bugle et trompette (mutted ou non.) Toujours dans le flux. Le souffle est continu, ininterrompu

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Dans une organisation mystérieuse et innée, le quintette partage les moments, l’espace et les plages, laissant le son venir à chaque musicien. Et chacun d’eux prend - le temps d’un instant - une direction et va explorer les idées.

Plus de deux heures de concert intense.

C’est sûr, le quintette n’a rien perdu de sa force depuis ce fabuleux moment de 1971 gravé sur ce disque que chaque amateur de free jazz se doit de posséder.


 

A+

 

 

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