12/02/2012

3/4 Peace au Sounds


3/4 Peace (lire Three for Peace), est l’une des nouvelles formations de Ben Sluijs, avec Christian Mendoza au piano et Brice Soniano à la contrebasse. Les trois hommes se connaissent bien puisqu’ils jouent ensemble depuis quelques années déjà au sein du groupe de Christian Mendoza (avec Joachim Badenhorst, et Teun Verbruggen), dont l’album “Arbr’en Ciel” vaut le détour,… d’ailleurs il faudrait que je vous en parle un jour.

Mais ce 20 janvier au Sounds, c’est Daniele Esposito qui remplace au pied levé le contrebassiste français, souffrant. Une tâche pas facile qu’il assumera cependant brillamment.

Haaa, comme c’est malin un concert comme celui-là.

Ben Sluijs n’a décidément pas son pareil pour nous prendre par les sentiments, nous mettre en confiance et puis, finalement, nous embobiner dans les méandres complexes d’une musique à laquelle on ne soupçonnait pas aussi facilement adhérer. Une musique qui, si elle n’est peut-être pas excessivement complexe est, en tous cas, très élaborée et riche en rebondissements.

ben sluijs, sounds, christian mendoza, brice soniano, daniele esposito

On remonte d’abord quelques années en arrière, avec "Unlike You" dans lequel on retrouve toute la sensibilité et le lyrisme que Ben Sluijs distillait dans ses premiers projets (comme sur “Candy Century”, par exemple, l’un de ses premiers albums – un bijou, soit dit en passant !)

Il y a de la délicatesse, de la tendresse, de la poésie. De la vraie poésie. Celle qui touche, celle qui stimule ce fil obscur, impalpable et indéfinissable reliant le cœur au cerveau. Le son de Ben Sluijs est reconnaissable entre mille, remplit d’une sensualité exempte de toute fioriture. Sluijs va droit à l’essentiel, trouvant toujours le mot juste, l’inflexion parfaite.

Le souffle se mélange aux notes subtiles du piano et de la contrebasse. Et si la formule sax, piano, contrebasse a déjà été éprouvée ailleurs (on pense à Giuffre, Bley, Swallow, bien sûr), on est loin de l’imitation car ce trio est marqué de la personnalité du saxophoniste. Une personnalité qui influence sans doute un peu le jeu de Mendoza. Lequel influence, à son tour celui de Sluijs. Tout est ricochet, écho, progression, évolution, mutation perpétuelle … Tout en douceur. Un véritable travail d’écoute.

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Le public est très attentif à ce lyrisme qui pénètre doucement, tout doucement, au plus profond de l’âme. Et s’il est aussi attentif, c’est que la manière de raconter l’histoire et de la faire évoluer est toujours surprenante. Le trio joue sur le fil du rasoir, entre légèreté et noirceur avec intelligence.

Sur "From Distance", la main droite de Mendoza martèle, seule, le clavier, sèchement, dénuée de douceur, tranchante comme un scalpel. Mais le pianiste fait aussi preuve de finesse de langage et joue à l’équilibriste sur "November Snow", par exemple. Il est toujours prêt à aller plus loin, au risque de tomber. Mais il est toujours assez malin pour trouver la parade.

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Si “Embracable You” vous arrache une larme, “Jesus Maria” (de Carla Bley) ou “Glow” vous font tourner la tête. De la bel ouvrage. Alors, pour conclure, le trio revisite “Ask Me Know” de Monk, avec Ben à la flûte, et puis se lâche complètement sur “Esda” (de Manolo Cabras).

Un album est prévu pour fin avril 2012, chez El Negocito Records et… sans doute en vinyle! (Une raison supplémentaire de remettre définitivement ma platine en état!)

 

A+

 

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