23/01/2012

Thomas Champagne Trio & Bart Defoort au Cercle des Voyageurs

Voilà, la boucle est bouclée. Le trio de Thomas Champagne termine ce 15 décembre, au Cercle des Voyageurs, un an de tournée qui célébrait le dixième anniversaire de la naissance de son trio. Rappelez-vous, on en avait déjà parlé sur Jazzques.

Un an – avec une moyenne de quatre concerts par mois, voire plus parfois – pendant lequel l’altiste a fait de la place à différents invités. On y a vu, dans le désordre, Lorenzo Di Maio (g), Pierre Vaiana (ss), Ben Prischi (p), Dree Peremans (tb), Jean-Paul Estiévenart (tp) et, pour terminer, Bart Defoort (ts).

C’est lui, en effet qui clôturait ce long périple jazzistique.

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Dans l’intimité de la cave du Cercle, le public s’est pressé autour du groupe.

Les premières notes de contrebasse résonnent. Nicholas Yates initie un rythme chaloupé, aussitôt suivi par le frottement sourd des balais de Didier Van Uytvanck sur ses tambours. «The Renegade» se dessine sous les ondulations lyriques des deux saxophonistes. L’ambiance est moite et sensuelle. Et le trio enchaîne avec un air qui serpente encore, emprunté à Sylvain Bœuf cette fois : «Le Départ». Les mélodies s’enroulent comme autour d’un bâton. Le groupe joue les psylles égyptiens et entre Thomas Champagne et Bart Defoort, les échanges naissent, évoluent, grandissent puis s’évaporent…

Chaque intervention du ténor est lumineuse, déterminée, précise. On remarque chez Bart Defoort certaines inflexions à la Joe Henderson, au travers d’une tranquillité suave et nerveuse à la fois. C’est plus évident encore lorsque le groupe reprend, de fort belle manière, «Beatrice» du regretté Sam Rivers.

Mais le trio de Thomas Champagne trouve sa singularité dans cette façon de tempérer et d’équilibrer les rythmes bien trempés avec des mélodies savamment ciselées.

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«February» est une sorte de blues lent, sensuel, presque voluptueux, tandis que « Sans fin » fait ricocher les éclats des saxophones. Les souffleurs se renvoient la balle, se heurtent, s’encouragent. Il est clair que Defoort tire encore un peu plus le groupe vers le haut. Ça sonne ferme et c’est musclé comme il faut. Dans cette énergie contenue, on y décèle toujours cette envie de liberté, d’ouvertures, d’appels d’air. On fait du pied à Ornette Coleman ou à John Coltrane.

Van Uytvanck assure un drumming franc où la tradition fait parfois place aux accents binaires qu’affectionne aussi le bassiste.

«Phlogiston» permet à Defoort de se lancer dans un extraordinaire solo fougueux et frénétique. Il donne le ton, il montre le chemin à Yates, puis à Van Uytvanck et finalement à Champagne. Ce morceau très ouvert permet pas mal de variations et, forcement, pas mal de longs échanges, pour notre plus grand plaisir.

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Il y aura encore «Petit Nain Rouge», le doux «Respiro» ou encore un «Silcone» à l’esprit bouillant et libertaire, qui rappelle, une fois encore Ornette. Et puis, en rappel, un thème de Charlie Parker mené tambour battant.

Il est évident que cette longue tournée, parsemée de belles rencontres, a fait mûrir le trio et l’a fait évoluer vers jazz plus déterminé encore. Et 10 ans, ce n’est qu’un début ! Il serait bête de ne pas miser sur ce groupe à l’avenir, car il peut amener encore pas mal de fraîcheur à notre jazz belge. Allez, c’est reparti pour dix ans ?

A+

 

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