10/01/2012

Petr Zelenka Projekt Z - Sounds

Le Sounds, en partenariat avec le Centre tchèque de Belgique avait ouvert la scène à trois formations  «montantes» du jazz tchèque. En octobre d’abord, avec Lesní zvěř (tendance Drum ‘n Bass), puis, en novembre avec Lanugo (entre pop et jazz) et finalement, ce 9 décembre Petr Zelenka et son Projekt Z.

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Projekt Z est né il y a peu (début 2010), sous forme d’un trio d’abord (avec le batteur Daniel Soltis et le flûtiste Rodrigo Parejo) puis avec l’adjonction d’un saxophoniste : Marcel Barta – remplacé pour cette mini tournée belgo-hollandaise, par l’autrichien Werner Zangerle.

Ce qui est assez surprenant en découvrant ce groupe c’est que, d’emblée, on sent qu’on à affaire à un groupe qui ne va pas faire de compromis. Il nous balance aussitôt à la figure un «son», assez cinglant, brut, sec et très personnel.

Le morceau d’ouverture, «Police», est construit  sur de perpétuels changements rythmiques. Passant du très lent - et presque basique - à une polyrythmie complexe et troublante. «Prozaïk» flirte avec le punk rock, voire le hard. Projekt Z déstabilise et bouscule les idées toutes faites.

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A la batterie, Daniel Soltis développe un jeu aussi tranchant qu’une lame de couteau. Il use de cymbales crash, des clamps et a aussi remplacé son floor-tom par un tambourin pour faire de son instrument un set assez singulier. Il use de dizaines d’objets, plus incongrus les uns des autres pour inventer des sons particuliers et furtifs. Des clochettes, boîte à musique, pots…

La guitare de Petr Zelenka, souvent stridente, évoque une certaine idée de fusion entre rock et jazz avant-gardiste, à la manière d’une Mary Halvorson ou d’un Marc Ribot.

Le sax ténor est âpre, fiévreux, parfois rauque. La flûte se fait indomptable et s’obstine à toujours vouloir sortir des sentiers battus. Oui, le Projekt Z de Petr Zelenka à de quoi désorienter.

Petr Zelenka aime, sans aucun doute, explorer les sons et les bruits les plus particuliers. Ainsi, il coince une fourchette en plastique entre les cordes ou l’utilise comme un plectre. Il s’empare d’un archet pour caresser les cordes et n’hésite pas, ensuite, à les chatouiller à l’aide d’un petit ventilateur de poche. On songe bien sûr aux extravagances de Fred Frith.

Et tandis que le ventilateur frôle les partitions, la flûte de Rodrigo Parejo papillonne. Le moment est étrange, hors du temps… et non dénué d’humour.

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La musique est fortement organique et joue beaucoup sur les sentiments. Et pas toujours les plus agréables. La musique de Zelenka, c’est du poil à gratter, elle ne nous laisse jamais tranquille.

Certains morceaux tourbillonnent, se décousent, s’effilochent… et se désintègrent finalement. Puis, c’est la fureur, à la limite du free. Et le sax hurle, la flûte éructe, la batterie claque et la guitare semble ricocher sur les sons. Tout est chahuté, bousculé, explosé. Le batteur redouble d’une énergie toute maîtrisée, à la manière de Günter Baby Sommer.

Le concert est ardu et demande une grande disponibilité d’esprit. Projekt Z ne fait pas de concession et tente d’aller le plus loin possible. Parfois agressif, souvent abstrait ou expérimental, le groupe prend même le risque de perdre le contact avec le public. Surtout si ce dernier n’est pas habitué à ce genre de musique. Qu'à cela ne tienne, le quartette de Zelenka assume et c’est sans doute pour cela qu’il est intéressant. L'album est à découvrir et à écouter ici.



A+

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