07/01/2012

Jonathan Kreisberg Quartet au Sounds

Après quelques jours (des semaines ?) d’inactivité de ce blog (à cause d’une fin d’année intense et chargée, d’abord, d’un peu de flemme ensuite, et puis, et surtout, d’une grosse envie de passer un peu de temps avec la p’tite famille), il est temps de le reprendre là où je l’ai laissé…

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Le lundi 5 décembre, le Sounds avait abandonné son habituelle et hebdomadaire jam pour accueillir le quartette de Jonathan Kreisberg. Cet excellent guitariste américain - dont je vous avais déjà parlé ici - n’est malheureusement pas encore aussi médiatisé chez nous qu’il ne le devrait. Par conséquent, même s’il est plutôt bien rempli, le club n’est pas sold-out. Par contre, dans la salle, on reconnait surtout de fins connaisseurs, trop heureux d’en profiter.

Le line-up est différent de celui du disque. Excepté Will Vison à l’alto, on retrouve, à la batterie Colin Stranahan (Kurt Rosenwinkel, Dan Tepfer…) et à la contrebasse Orlando Le Fleming (Lage Lund, Seamus Blake…). Pas mal, non ?

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Le quartette ne met pas longtemps à tracer sa route.

"Zembékiko", ce traditionnel Grec dont les arrangements nous emmènent rapidement vers un bop furieux et endiablé met vite nos quatre jazzmen sur les rails. Puis, Will Vinson introduit "Stir The Stars" au piano – hé oui, on n’avait pas la chance d’avoir ce soir Henri Hey (qui officie sur l’album), alors c’est le saxophoniste qui se plie au jeu. Et il se débrouille plutôt bien. Mais bien vite, Vinson revient au sax pour faire bouillonner l’ensemble et rendre coup pour coup les assauts de Kreisberg de plus en plus intenable à la guitare. Le son du sax est parfois un peu “âcre”, on sent toute l’urgence dans le jeu, toute l’énergie. C’est qu’il en faut pour tenir tête au guitariste. Car Kreisberg s’enflamme de plus belle. Le niveau monte encore d’un cran. Derrière, le drumming de Stranahan se fait encore plus présent et pressent. Le batteur possède un jeu “gras”, un son plein et puissant. Il peut être un vrai cogneur quand il le faut, mais d’une belle délicatesse aussi, par moments, comme sur une ballade (de Michael Blanco ?) jouée simplement en trio et dans laquelle le bassiste fait chanter la mélodie avec beaucoup de finesse.

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Car la mélodie est essentielle pour Kriesberg. Il n’a pas son pareil pour la modeler, la triturer, la rendre encore plus intéressante et toujours surprenante. Kriesberg arrive toujours à trouver la phrase, l’accent particulier. Ce sont parfois de petites choses, mais elles font toute la différence… la poésie est ainsi faite.

Et puis, Kreisberg prend le temps, entre les morceaux, de les expliquer et de les présenter, souvent avec humour. Il veut sentir le public avec lui. Il aime ce contact, ce dialogue privilégier. Puis, il se concentre et… donne tout. Le visage est expressif, hyper mobile, tous les sentiments qu’il transmet à sa guitare se lisent aussi sur son visage. Il bouge, se raidit, se détend. Il y met corps et âme.

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L’amour pour le rock se ressent parfois aussi dans son jeu. Il emmène alors "The Common Climb" - le bien nommé - vers des sommets. A la virtuosité, il ajoute la puissance, n’hésitant pas à saturer le son, à se la jouer presque métal. Et on le voit jubiler de plus belle.

C’est sûr, de ses nombreuses influences (du jazz au rock en passant par le classique ou certaines "musiques du monde"), Kreisberg construit assurément son propre univers, et propose une relecture assez personnelle du jazz. Et au-delà d’une technique époustouflante, il arrive à faire partager des émotions essentielles.

Ne manquez plus ses prochains passages en Europe, tant qu’on peut le voir et l’approcher en club... Ça ne durera pas.

A+

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