13/12/2011

Robin Verheyen Quartet - Sounds

Le concert initialement prévu en duo avec Bill Carrothers ayant été annulé, c’est avec un quartette inédit que Robin Verheyen se présentait ce samedi 4 décembre au Sounds. En effet, notre  New-Yorkais d’adoption était entouré de Marek Patrman (dm), Manolo Cabras (cb) et Fabian Fiorini (p). On a déjà vu pire comme quartette de… «substitution». Avec de tels musiciens, on ne pouvait s’attendre qu’à un concert de haute volée. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on n’a pas été déçu.

robin verheyen,fabian fiorini,marek patrman,manolo cabras,sounds,bill carrothers,jereon van herzeele,pierre van dormael

Le groupe attaque (et ici, le mot prend tout son sens) avec un «On The House» de folie. Fabian Fiorini, plus survolté que jamais, martèle son piano. Marek et Manolo se déchaînent et Robin pousse son sax toujours plus loin, plus haut, plus fort. Pour un peu, on le verrait rougeoyer.

Mais Verheyen garde tout contrôle sur son instrument. Il suit une ligne de conduite claire et maîtrisée. Il joue à l’instinct. Les phrases défilent, les idées jaillissent les unes après les autres. C’est l’incendie sur scène.

Ce soir, ce quartette est un vrai baril de poudre. Et ça envoie à tout va !

Il faut les entendre démonter «Bemsha Swing», amorcé au soprano et achevé au ténor. Il faut presque se pincer pour le croire, lorsqu’on entend «Chase No Straight» (écrit par Fiorini), basé sur le célèbre thème de Monk, revu et remonté totalement à l’envers. Etonnant, enivrant, terriblement excitant.

Et dans les moments plus retenus, le feu continue de couver, la tension ne baisse pas. Rien n’est jamais tiède. Tout est joué avec conviction et détermination. Toutes les notes semblent vitales.

Au soprano, Robin révèle aussi une sacrée personnalité. Il commence à le tenir vraiment bien, ce «son». Il le fait vivre entre ses doigts, le fait voyager, le modèle, le tord, le sculpte. C’est encore plus frappant sur cette ballade triste, «Bois-Le-Comte», par exemple.

robin verheyen,fabian fiorini,marek patrman,manolo cabras,sounds,bill carrothers,jereon van herzeele,pierre van dormael

Et Fabian Fiorini ! Fabian Fiorini !!! Il est percussif au-delà de l’entendement. Lorsqu’il faut aller au charbon, il n’est jamais le dernier. J’avais déjà ressenti cette impression à Bruges, lorsqu’il donnait la réplique à Jeroen Van Herzeele. Il est prêt à faire péter le piano s’il le faut. Il a d’ailleurs enlevé la tablette avant de l’instrument pour mettre à nu les marteaux et les voir frapper les cordes avec force. Il joue à la manière de ces pianistes contemporains qui plaquent les accords avec puissance, vitesse et précision. Ses attaques sont décidées, franches, sans hésitation aucune. Et il y ajoute ce balancement swing avec un sens incroyable du placement. On dirait un capitaine aux commandes d’un bateau prêt à affronter toutes les tempêtes.

Mais Fiorini peut aussi se faire délicat et mystérieux – sans affaiblir son tempérament – comme sur un thème introspectif («Living Again» ou «Leaving Again» ?) ou sur le sensible et mélancolique «Mister Nobody» (en hommage à Pierre Van Dormael).

Et puis, il ne faudrait surtout pas oublier la paire Cabras - Patrman, qui se connaît tellement bien et qui prend, on le sent, un plaisir décuplé à jouer dans cette formation explosive. Ils vont au bout de leurs idées et de leurs folies. Ils vont au-delà des rythmes pour réinventer dans l’instant des tempos d’enfer.

Oui, c’est un bon, un très bon concert de jazz, bourré d’énergie, d’humour et de rage.

Et finalement, quand Robin reprend «Esteem» de Steve Lacy, dans une version déchirante et touchante, on se dit que, oui, vraiment, Verheyen fait partie des grands. Il construit quelque chose qui va rester dans le jazz. Je suis prêt à prendre les paris… (ok, vous avez raison, je ne prends pas beaucoup de risques).

A+

Commentaires

Bonne Année cher ami!

Et je nous souhaite encore beaucoup de tes superbes découvertes musicales en 2012!

Jean-François

Écrit par : Jazz Frisson | 03/01/2012

Les commentaires sont fermés.