26/11/2011

Samuel Balser quartet au Hnita Jazz


Une longue intro brumeuse.

Bänz Oester (cb) utilise une sorte de goulot de bouteille pour frapper doucement les cordes de sa contrebasse. Gerald Cleaver (dm) effleure avec des baguettes souples ses tambours et ses cymbales. Samuel Blaser lance les premières nappes de sons graves. Marc Ducret picote les cordes de sa guitare.

La tension monte sans que l’on s’en aperçoive. Mais on la ressent. Fortement, intérieurement.

Et puis, en un jeu nerveux, découpé et aiguisé, Ducret lâche des phrases cinglantes qui jaillissent comme les étincelles d’un métal frotté sur la meule. Et Blaser attise le feu.

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C’est ainsi que démarre le premier des deux concerts que donne le quartette du tromboniste suisse au Hnita Jazz ce samedi 5 novembre. Devant un public malheureusement un peu trop clairsemé, Samuel Blaser enregistre ce qui devrait être le prochain album du groupe à sortir chez Hat Hut (alors que «Boundless» vient à peine d’être publié sur ce même label). C’est peu dire si l’inspiration circule bien entre les quatre musiciens et que l’envie de créer est bien présente.

D’ailleurs, entre eux, les idées foisonnent et les échanges semblent inépuisables.

Sur une base apparemment très écrite et précise, la musique s’offre des espaces de liberté extraordinaires. Un terrain de jeu que les musiciens s’empressent d’envahir, avec intelligence et avec un sens inné de la construction.

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Les morceaux ressemblent à de grands puzzles en 3 dimensions. Et chaque musicien vient y placer une pièce. Avant de trouver la forme finale, les sons se métamorphosent, s’adaptent et s’imbriquent. Bref, la musique est dans la musique.

Marc Ducret, avec le strict minimum d’effet - une seule et simple pédale d’effets et un jeu sur le volume de sa guitare - fait ce qu’il veut de son instrument. Ses doigts caressent, pincent, griffent ou frappent. À doigts nus, avec un bottleneck ou avec un plectre métallique, il varie de mille manières les sons. Sauvages ou délicats, brefs ou amples, aigres ou doux. Toujours extrêmement musical, toujours intéressant, toujours à l'écoute et prêt à enrichir les dialogues.

Blaser a, lui aussi, une façon très particulière de s’exprimer au trombone. Il aime aller s’enfoncer dans les graves, mélanger le baroque ou la musique contemporaine avec des relents de funk ou de blues. Tout est souvent esquissé, évoqué et abordé sans lourdeur. La musique est très libre, très aérienne, mais elle suit un fil invisible où la mélodie est toujours présente.

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Derrière – ou plutôt dedans car il participe intensément au bouillonnement créatif - Bänz Oester semble remettre le quartette sur le chemin d’un certain groove. Le voilà claquant, pétillant et vif. Ses échanges avec Gerald Cleaver sont de véritables structures éphémères. Et le batteur s’amuse à déstructurer l’évidence, à s’éloigner d’un rythme pour venir souligner un temps, un contretemps… Ou un inter temps, voire un hors temps.

L’improvisation est de tous les instants. La musique se crée en temps réel. Ça file, ça frotte et ça joue des coudes comme à l’arrivée au sprint d’une étape du Tour de France. Et puis, ça prend des distances, du recul. On laisse retomber la tension et cela devient presque spectral.

Blaser et ses trois complices inventent une musique très singulière, qui mélange autant la complexité des polyrythmies que la relative simplicité d’un groove hypnotique. Une musique aussi intelligente - savante? - qu’excitante.

Deux heures durant, on est au cœur même de la création. Alors, on attend déjà avec impatience le plaisir de pouvoir écouter et réécouter tout ça prochainement sur disque. A bon entendeur...

Et pour ceux qui me demandent souvent des extraits sonores, voici un morceau tiré de Boundless. Enjoy!


 


A+

Commentaires

Bonjour Jacques
Je vois que nous sommes quelques uns a être séduit par ce beau 4tet.
Toujours un plaisir de te lire.
Amitiés

Écrit par : dolphy00 | 28/11/2011

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