20/11/2011

Augusto Pirodda Trio au Sounds

Il y a beaucoup de monde au Sounds ce vendredi 5 novembre pour la sortie officielle de «No Comment», le dernier disque d’Augusto Pirodda dont j’avais parlé ici.

Je pensais, à première vue, que le public savait ce qu’il était venu écouter car, lors des premiers morceaux, il est très attentif, discipliné et presque silencieux (ce qui n’est pas toujours le cas au Sounds, il faut l’admettre). Il faut dire aussi que la musique d’Augusto Pirodda doit vraiment s’écouter pour être appréciée. Malheureusement, au bout de trois morceaux, le brouhaha monte un peu et Marek Patrman sera obligé de ramener l’attention par quelques coups de cymbales cinglants. Au deuxième set, d’ailleurs, une partie du public abandonnera… Oui, la musique d’Augusto Pirodda est exigeante. Oui, elle ne peut sans doute pas plaire à tout le monde. Mais si elle est difficile pour certains, elle n’en est pas moins intéressante, bien au contraire.

sounds, augusto pirodda, marek patrman, manolo cabras, gary peacock, paul motian

Pirodda a «le chic» pour faire sonner le piano de façon très personnelle. Les notes profondes et graves, qu’il distille en une pulsation particulière, soutiennent une main droite habile et… parfois tachiste.

Le pianiste laisse planer le doute et crée une atmosphère élégiaque avant de s’investir soudainement et totalement dans un jeu frénétique et redoutable… La musique se délie et s’échappe sur «Il Suo Preferito» puis elle se ressert avec «Seak Fruit». Elle est toujours changeante et surprenante.

sounds, augusto pirodda, marek patrman, manolo cabras, gary peacock, paul motian

Manolo Cabras, toujours aussi imprévisible, est continuellement à la recherche d’idées. Il refuse l’évidence. Il intervient avec précision, répond, s’immisce entre le piano et la batterie. Il invente des accords, tresse des harmonies rares… Marek Patrman peut être excessivement délicat et subtil, comme il peut être mordant et très agressif. Son solo sur «Ola» est fantastique de créativité, bourré d’idées et d’histoires à rebondissements. Il joue sur des rythmes fluctuants, navigue entre les phrases énigmatiques de Pirodda et les fulgurances pyrotechniques de Cabras.

sounds, augusto pirodda, marek patrman, manolo cabras, gary peacock, paul motian

De toutes ces constructions minutieuses et ciselées - étonnantes et parfois déstabilisantes - naît un swing libérateur. Mais un swing intérieur et singulier, car rien n’est jamais explicite dans la musique du trio, et c’est à nous de remplir les points de suspensions. C’est ça aussi qui la rend passionnante.

Il est intéressant d’entendre la différence entre le disque (avec Gary Peacock et Paul Motian) et le live. Il me semble qu’avec le line-up de ce soir, la musique se révèle un peu plus incisive, même si «So ?» se termine dans un dépouillement absolu et irréel.

Décidemment, le trio de Pirodda arrivera toujours à nous surprendre. Tant mieux, on ne demande que ça.

A+

 

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