12/11/2011

Bart Defoort Quartet - Jazz Station


Bart Defoort joue beaucoup avec le Brussels Jazz Orchestra. Ce qui lui demande énormément de travail et de concentration (rythme soutenu de nouveaux projets, beaucoup de lecture et niveau d’exigence élevé… le BJO n’est pas considéré comme l’un des meilleurs Big Band du monde pour rien).

Alors, pour lâcher un peu la pression, Bart joue des standards avec son quartette (les nouvelles compos qui donneront suite au merveilleux album «Sharing Stories On A Journey», ce sera pour plus tard).

Les standards, c’est bien, mais encore faut-il savoir en faire quelque chose. Pas de panique, on sait que l’on peut compter sur l’intelligence du saxophoniste et de ses compagnons de route.

bart defoort, sebastiaan de krom, jos machtel, ron van rossum, jazz station

Ce soir, devant le nombreux public de la Jazz Station, Bart Defoort, Ron Van Rossum (p), Jos Machtel (cb) et Sebastiaan De Krom (dm) n’y sont pas allés par quatre chemins et ont commencé, sans ambage, par un tonitruant «Chi Chi» de Charlie Parker.

Aussitôt, on sent le plaisir de se retrouver ensemble, le plaisir de partager et de jouer. Simplement jouer. Mais jouer à fond.

D’abord, il y a le son de Bart Defoort. C’est indéniable, il a trouvé sa «voix», quelque part entre Joe Henderson, Dexter Gordon et John Coltrane, sans doute. Un tempérament à la fois lyrique et dynamique. Une technique irréprochable, un souffle personnel. C’est lui qui montre le chemin mais qui laisse aussi des boulevards de libertés aux autres.

Sur un «I’m Cofessin’», roublard, Ron Van Rossum se fait éclatant, bondissant, surprenant. Les notes déferlent à la manière d’Erroll Garner puis évoquent le Count. Voilà encore un pianiste qu’on aimerait entendre plus souvent et, pourquoi pas, avec son propre projet. Il a des choses à dire, c’est certain.

Sebastiaan De Krom, quant à lui, fait le show. Infatigable. Il va même jusqu’à faire swinguer les silences. Le batteur est toujours à l’affût, prêt à rebondir sur les moindres petites idées. Il joue avec toute la batterie, usant des balais, des baguettes, des coudes, glissant le doigt sur les peaux, tapant sur les pieds de cymbales ou sur leurs attaches. C’est un feu d’artifice permanent (on comprend pourquoi il fait partie du groupe de Jamie Callum). Mais le plus étonnant, c’est qu’il ne répète jamais deux fois le même gimmick.

bart defoort, sebastiaan de krom, jos machtel, ron van rossum, jazz station

Il faut remarquer aussi le jeu particulier de Jos Machtel à la contrebasse. Il semble ne jamais tirer sur les cordes. Il joue beaucoup avec le pouce. Il sort alors de son instrument une douceur puissante et profonde. C’est encore plus remarquable sur son solo de «East Of The Sun And West Of The Moon» ou sur «The Night Has A Thousand Eyes».

Après d’autres standards («Milestone» ou «The Man I Love» - sur un tempo rapide et jubilatoire) - et avant «Dexterity» en rappel - on aura droit à une superbe version de «Ask Me Know». Ici, Bart Defoort joue à l’anguille insaisissable. Il déroule les chorus en évitant tous les poncifs, tout en sublimant l’amour et la douleur contenues dans ce superbe morceau de Thelonious Monk.

Avec un tel quartette, les standards ont encore de beaux jours devant eux.

A+

 

 

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