02/11/2011

Samuel Blaser - Consort In Motion

Consort In Motion. Le titre est assez clair.

Avec ce projet, le tromboniste Suisse Samuel Blaser a envie de donner du mouvement à la musique baroque, de partir d’un matériau de base assez strict, de bousculer un peu les idées et d’y trouver les liens avec le jazz et les musiques improvisées. Avouez que la chose n’est pas si évidente. Car si l’on peut définir la musique baroque, encore faut-il arriver à définir le jazz. Et puis, comment faire swinguer le baroque ? Est-ce le but, d’ailleurs ?

Voilà donc Monteverdi, Frescobaldi et Marini sélectionnés pour l’épreuve.

samuel blaser, paul motian, thomas morgan, russ lossing, chronique

Consort In Motion est un album complexe que l’on ne peut pas saisir du premier coup. Il peut paraître austère au premier abord, mais il se révèle au fil des écoutes. On y découvre alors toute la richesse et la sophistication de la démarche. S’adresse-t-il aux musiciens avant de s’adresser à tout un chacun ? Peut-être. En tout cas, il s’adresse sûrement aux mélomanes qui auront envie d’aller jeter une oreille sur les «originaux» pour y retrouver les racines ou y déceler les similitudes. Et là encore, ce n’est pas toujours gagné, car Blaser part de loin et va loin… très loin.

De façon très ingénieuse, il s’approprie les mélodies et les harmonies pour s’en détacher et proposer à ses acolytes - Thomas Morgan (cb), Russ Lossing (p) et Paul Motian (dm) – des espaces de libertés incroyables. C’est sans doute pour cette raison que quelques titres se nomment «Reflections on…» («Piagn’e Sospira», «Toccata» et «Vespero Della Beata Vergine»).

Le quartette tourne autour des thèmes, en extrait la substance, garde l’esprit et nous les renvoie sous une nouvelle forme.

Blaser sonde les profondeurs de l’instrument. Le son est caverneux et plaintif. Son approche de l’instrument convient parfaitement à cette forme musicale au caractère douloureux («Lamento Della Ninfa»). Il use, sans en abuser, de quelques growls et glissando. Il intervient parfois comme un trublion, remettant en question ses propres arrangements, comme pour offrir encore plus de libertés et d’ouvertures au quartette. «Ritornello» est ainsi joué deux fois de manières très différentes. Une fois de façon enlevée, au swing légèrement rubato et une autre fois en tempo très ralenti, comme pour ne récupérer que l’esprit de la partition originelle.

Russ Lossing (p) joue la finesse et la délicatesse, en contraste avec le son ténébreux du leader. Ou alors, c’est la folie furieuse qui prend le dessus. Ses attaques sont franches et décidées. Le jeu est vif et très percussif. Il oscille entre respect de l’œuvre, la musique contemporaine et le free jazz. La connivence avec Paul Motian, qui soutient par petites touches et réinvente la musique à chaque frappe, est éblouissante. Le batteur est discret, présent, émouvant. Il échange et joue aussi au chat et à la souris avec Thomas Morgan, toujours aussi surprenant. La contrebasse explore, s’embarque dans des chemins nébuleux et en ressort plus lumineuse.

Consort In Motion est un exercice de style des plus réussis, poignant et exigeant, qui demande une écoute attentive. Le quartette nous emmène hors du temps, dans un voyage passionnant. Avis aux amateurs.

A+

Samuel Blaser sera en concert dans une toute autre configuration au Singer, pour la sortie de l’album «Boundless», avec Marc Ducret (eg) Bänz Oester (cb) et Gerald Cleaver (dm) le 4 novembre. Et il sera également au Hnita, avec le même line-up, pour l’enregistrement d’un nouvel album (encore!) les 5 et 6 novembre. Qu’on se le dise. 

Commentaires

Finalement, nos points de vue sur la musique de Samuel Blaser sont assez proches semble-t-il !
Amitiés
Denis

http://www.maitrechroniquelight.com/archive/2011/11/01/boundless.html

Écrit par : Denis DESASSIS | 02/11/2011

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