29/10/2011

Augusto Pirodda Trio - No Comment

Jouer avec Paul Motian et Gary Peacock, pour un jazzman, c’est plutôt alléchant. Mais pour un pianiste, cela prend une saveur est encore plus particulière. Diable, passer après Bill Evans, Paul Bley, Keith Jarrett, Martial Solal ou encore Geri Allen n’est pas une mince affaire…

Quand Augusto Pirodda contacte ces deux monstres sacrés, il ne se doute pas que le fluide allait passer aussi bien. Le 4 avril 2009, il traverse l’Atlantique et se retrouve au célèbre studio System Two pour une longue journée d’enregistrement qui deviendra l’album «No Comment», sorti chez Jazzwerkstatt.

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Et ça commence comme ça («It Begins Like This»), un premier morceau pour se jauger, se sentir, se connaître. Voir et écouter où va l’autre. Improvisations, conversations calmes et échanges de premières idées… Il n’y a pas de doute, la journée sera bonne.

Il y aura donc deux morceaux écrits – ou plutôt improvisés – dans l’instant de la rencontre avec Motian et Peacock («It Begins Like This» et «I Don’t Know»), deux autres «offerts» par son complice Manolo Cabras - dont un qui donne le nom à l’album - le reste étant de la plume du pianiste.

L’ensemble est d’une homogénéité parfaite car le trio a vite trouvé sa voie et préfère creuser le même sillon plutôt que de se disperser dans différentes tentatives.

Paul Motian louvoie entre les ambiances, ne se dévoile pas totalement et laisse planer le mystère des compositions. Il joue, comme il sait si bien le faire, en clair-obscur, et met ainsi en valeur le jeu de Pirodda. Un jeu très intuitif, très sensible, introspectif parfois. Le pianiste semble profiter pleinement de l’instant. La musique se joue alors aussi dans les silences. Et puis, il y a la basse discrète et omniprésente de Gary Peacock. Il fait durer les notes qu’il place avec précision. Il joue comme en écho aux échanges de Motian et Pirodda. Ou alors, il fait balancer sa contrebasse («So?») avec une régularité flottante insaisissable.

«Seak Fruit», mais aussi «So?» ou «I Suo Preferito», sont dès lors assez dépouillés, presque élégiaques, emplis des moments de plénitudes, de silences et de notes éparses. Une grande part est laissée à l’improvisation qui apporte toutes les nuances et des couleurs chaque fois renouvelées.

«Brrribop» est quelque peu différent. L’exercice est plutôt rythmé et nerveux, légèrement désarticulé. Pirodda fait preuve de virtuosité. Il joue par éclats et par jets. Peacock et Motian, en vieux loups des mers improvisées, répondent, ne se laissent jamais surprendre et, au contraire, enrichissent le propos. Les solos se construisent comme par magie, inventifs et complices.

«Ola», qui clôt l’album possède ce léger parfum bluesy, qui rappelle un peu (est-ce intentionnel?) «The End Of A Love Affair»… Pourtant, nous, on aimerait tant que cette histoire reprenne et continue.

PS : Augusto Pirodda sera en concert avec son trio au Sounds vendredi 4 novembre. Non, pas avec Gary Peacock et Paul Motian, mais avec Manolo Cabras (cb) et Marek Patrman (dm). À ne pas manquer.



A+


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