15/10/2011

BackBack & Progressive Patriots au Vooruit - Gent

 

Balzaal du Vooruit à Gand, mercredi 5 octobre.

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Giovanni Barcella a la frappe lourde. La guitare de Filip Wauters sonne très rock US et se marie parfaitement au son grave du sax baryton de Marc de Maeseneer. Je ne connaissais BackBack que sur disque. Je savais que c’était “costaud”, mais ce soir je suis encore plus surpris par la puissance du groupe. Inconsciemment, leur musique me fait penser à celle de Acoustic Ladyland, ou de Morphine.

Il y a chez BackBack un son résolument rock, une sorte d’un punk rock désespéré et rebelle comme chez James Chance ou The Clash. C’est pimenté d’impros free. La guitare est agressive et le sax baryton répond crânement aux assauts de Barcella. Mais ça manque parfois un peu de surprises. Heureusement, les morceaux sont très courts, concis, ramassés, à la manière des chansons rock. Sentiments un peu mitigés pour ce premier concert de la soirée.

On fait de la place sur scène pour Progressive Patriots, le nouveau groupe du guitariste danois Hasse Poulsen. La dernière fois que j’avais vu Poulsen sur scène, c’était aux côtés de Louis Scalvis ("Napoli’s Walls"), il y a huit ou neuf ans déjà. Ce soir, c’est en leader qu’il se présente, entouré de Guillaume Orti (as), Stéphane Payen (as), Henrik Simonsen (b) et Tom Rainey (dm).

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Si cela s’appelle Progressive Patriots, c’est suite à la lecture d’un livre de Billy Bragg qui pose des questions sur le sens de la "patrie" et qui combat les idéologies d’une certaine droite, nous annonce le leader. C’est pour cette raison qu’il a rassemblé des musiciens de tous horizons (autant musicaux que géographique) et que la musique qu’il a écrite se veut perméable à de nombreuses influences.

En bon leader, Hasse Poulsen aurait pu se mettre en avant, mais il a choisi l’option de placer deux souffleurs en première ligne. Deux sax alto, aussi indépendants que complices.

Guillaume Orti et Stéphane Payen se connaissent bien et sont très complémentaires. Ils se trouvent sans se chercher et arrivent encore à se surprendre. Ce sont eux qui mettent le concert sur orbite.

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Précis, ciselé, radical et puissant, "Opener" file à 100 à l’heure. Tom Rainey, dans un drumming éclaté, garde un groove d’une extrême lisibilité. Il y a chez lui une qualité de jeu incroyable et un sens de l’écoute magnifique. Avec Henrik Simonsen à la basse, ils forment une rythmique aussi solide et précise que fragile et ouverte.

Pour Hasse Poulsen, c’est un terrain de jeu formidable. Cela lui permet de jouer à cache-cache avec les autres ou, au contraire, de s’éclater sur des solos - en “acier tranchés” - sur sa guitare acoustique électrifiée (“They Might Think I Was Soft”, par exemple).

Après une intro somptueuse d’Orti, entamée dans les aigus et la stridence qui, peu à peu, se cabre et s’attendrit, Stephane Payen s’immisce et "V" prend forme. Les sons des deux sax s’enroulent l’un à l’autre. Les harmonies semblent chuter lentement, à l’image de ces acrobates enroulés dans d’interminables rideaux suspendus au ciel qui descendent vers le sol avec grâce, élégance et magie. Et puis, juste avant de toucher terre, il y a le sursaut… et le mouvement s’inverse. Tom Rainey entre dans la danse, évoque la valse et puis s’enfuit sur d’autres chemins. La contrebasse tremble et frémit. Hasse caresse les cordes de sa guitare avec l’archet. Tout est sens dessus dessous.

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Alors, on enchaîne sur d’autres paysages ("Where My Heart Lie" aux accents légèrement baroques ou "Tradition Of Dissent" subtilement folk). On conjugue les genres, les rythmes et les émotions. Au fur et à mesure des morceaux, le tableau se dessine: la poésie côtoie la lutte et les revendications. Bref, on voyage.

La musique de Progressive Patriots est intelligente, colorée et libre.

Un peu comme devrait l’être notre monde, non ?

 

A+

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