09/10/2011

Tony Malaby's Tamarindo - De Singer

Le sax halète, hoquette et couine sur un ton grave. L’archet fait grincer les cordes de la contrebasse, les fait pleurer puis gémir. Les balais grattent les tambours, les caressent, les fouettent.

La musique se dégage, comme la brume se lève sur la campagne. Le ciel s’ouvre, la lumière s’intensifie. Les rythmes se dessinent.

Tout est éclaté, mais tout est lié.

Tony Malaby (ts, ss), William Parker (cb), Nasheet Waits (dm), sans doute trois des musiciens les plus influents de la scène jazz d’avant-garde actuelle, entament ainsi leur concert au Singer, à Rijkevorsel ce samedi 1er octobre.

Le trio Tamarindo, c’est de la lave en fusion perpétuelle. C’est un magma tantôt vif, tantôt en demi sommeil. Mais le feu couve tout le temps. Et il faut peu de chose pour le ranimer. C’est Malaby qui souffle, la plupart du temps, sur les braises.

Le saxophoniste trace son propre chemin, habillant ses explorations délirantes de notes graves ou se perdant dans des aigus pincés au maximum.

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Malaby passe du ténor au soprano. Puis revient au ténor. Il tord les mélodies, déchiquette les harmonies, étire les cris ou les silences. La musique ne s’arrête jamais. Le flot est discontinu. Etonnant, intriguant, fascinant.

La plupart du temps, William Parker et Nasheet Waits préparent le terrain pour Malaby. Mais attention, ce n’est pas un terrain uniforme, lisse et sans surprise. C’est un terrain difficile, un terrain qui - de plus - se transforme au gré des impacts musicaux du souffleur.

La rythmique évoque plus qu’elle n’impose. Tout est extrêmement libre, effrontément ouvert. Les tempos s’accélèrent ou ralentissent.

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Nous sommes embarqués dans un mouvement perpétuel. Entre Parker et Waits il y a une véritable osmose. L’un d’eux initie toujours une pulsation, une ambiance ou un tempo. A chaque fois différents. Des différences infimes qui déséquilibrent ou désaxe imperceptiblement l’angle d’attaque et qui ouvrent encore plus le champ des possibilités. Des différences qui offrent des espaces inouïs.

La surprise est présente à chaque instant. Malaby maîtrise les sons et les émotions avec une adresse sans faille. Il répond, anticipe, récupère, suspend la musique. Dans la tempête comme dans le calme - tout relatif - le discours est toujours alerte, toujours renouvelé, rarement répété.

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Mais comment expliquer ce jazz aussi inventif autrement qu’en allant l’écouter et le vivre en vrai ? Pendant plus d’une heure trente d’intensité discontinue, la musique s’est perpétuellement métamorphosée, inventée et réinventée devant nous. Indomptable.

Bien sûr on peut revivre ces émotions fortes en réécoutant le dernier enregistrement “live” du groupe - rehaussé de la présence du trompettiste Wadada Leo Smith - ou en se replongeant dans le premier album. Mais cela ne remplacera pas un concert en chair et en os de ces trois musiciens incroyables. Alors, on peut aussi attendre – pas trop longtemps - le retour du groupe chez nous.

 

A+

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