06/09/2011

Ping Machine - Des Trucs Pareils

Fin 2009, Ping Machine avait fait beaucoup parler de lui dans le landerneau du jazz français avec l’album “Random Issues”. Il est à parier que cela se renouvellera cette année encore – et que cela s’étendra hors frontières - avec la parution de leur troisième album “Des Trucs Pareils”.

Ping Machine est un gros combo, quasiment un big band, dirigé par le guitariste Fred Maurin. Après de nombreux concerts - dont ceux, réguliers, à l’Olympic Café à Paris - le groupe s’est forgé une solide réputation et un vrai sens du collectif.

La musique de Ping Machine est exigeante, très organique et très écrite aussi. Une musique narrative qui rappelle parfois celle de Dom Minasi ou de Marc Ducret. Une musique très riche et dense où les contrastes sont parfois saisissants. Il faut dire que les compositions sont ciselées et regorgent de trouvailles. Assurément, l’esprit de Frank Zappa ou d’Henry Cow planent sur l’ensemble et se dissimulent à peine derrière des compositions ébouriffantes.

Des Trucs Pareils s’écoute en continu. C’est ce que l’on pourrait appeler un album “concept”, fait de longues suites aux multiples rebondissements. Ping Machine n’hésite pas à mélanger les genres avec intelligence, et exige de l’auditeur une écoute attentive.

ping machine, fred maurin, julien soro, benjamin moussay, jean-michel couchet, quentin ghomari, Didier Havet, raphael koerner

“Early Morning”, qui ouvre l’album, se déploie à l’infini, lentement, habilement, laissant entrer des rayons de sax tranchants et de trombones graves. On y trouve des traces de rêves agités, de souvenirs angoissés, de réminiscences incontrôlées… Les tonalités et le mélange des couleurs sont délicats. Tensions, progressions, explosions et relâchement pourraient être quelques-uns des ingrédients principaux qui rendent cet album haletant. Le maillage des cuivres et des anches est remarquable et le dosage parfait.

Prenons “Des trucs pareils”, construit en deux parties, elles-mêmes découpées en plusieurs phases. Il y a d’abord un drumming sourd, sombre et inquiétant de Rafaël Koerner. Puis une ouverture plus lumineuse suivie d’un superbe moment suspendu – un magnifique solo “à blanc” de Julien Soro au ténor – avant un redémarrage en fanfare et à toute puissance. C’est ensuite à Benjamin Moussay d’égrainer, seul, des notes pâles et froides (le pianiste se met également en lumière sur “Alors Chut” avec une intervention pleine de reliefs et résonnances).

Mais il serait difficile de mettre en avant tous les solistes tant l’esprit de groupe règne.  Et ce n’est pas le leader Fred Maurin qui devrait me contredire puisqu’il est omniprésent sans jamais pour cela se mettre en avant. Il faut dire qu’il a assuré toutes les compos et les arrangements, ce qui est déjà un fameux travail.

Cassures, changements de climats et de tempo, Ping Machine ne nous épargne rien et les trois “mouvements” de “Dissonances Cognitives” – avec les interventions magnifiques de Quentin Ghomari (tp) ou Didier Havet (tb) - en sont encore de beaux exemples. Quant à “Zimmer #26”, emmené avec fougue par Jean-Michel Couchet (as), c’est sans doute la plage la plus swinguante - du moins dans l’idée que l’on se fait d’un big band - qui confirme que Fred Maurin a vraiment - au delà de son sens de la narration et du suspens - la capacité de faire sonner à pleine puissance un band qu’il faudra décidemment suivre de très près.

 

A+

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