31/08/2011

Pause - Andy Emler

On est heureux quand certains musiciens prennent une pause.

Parce qu'on les a trop entendus, parce qu’ils se répètent ou parce qu'ils sont à court d’inspiration.

Mais pour Andy Emler, la pause n’a rien à voir avec ce qui précède.

Le leader du célèbre MegaOctet est en résidence depuis 2009 à l’Abbaye de Royaumont. C’est là qu’il a découvert le grand orgue de l’abbaye, qu’il s’y est installé et qu’il y a improvisé tour à tour avec Claude Tchamitchian (cb), Eric Echampard (dm), Laurent Dehors (cl), Laurent Blondiau (tp) et Guillaume Orti (ts).

Et voilà donc Pause. Un album étonnant, sorti chez Naïve début mai.

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Pause, ce sont cinq morceaux qui vous prennent doucement, qui vous élèvent, qui vous débarrassent du superflu et qui vous entraînent dans une sorte de méditation peu orthodoxe.

Vous entendez l’orgue comme rarement vous l’avez entendu. Emler désacralise l’instrument, le fait sonner sur des modes contemporains, groovy ou modal. Il façonne des ostinato obsessionnels, parfois haletants, parfois traînants. Il développe des thèmes oniriques. Laisse vagabonder ses doigts sur le clavier, puis revient épuiser un motif. Il suggère des ambiances, évoque des silences, crée des univers.

Le couinement ou les mélodies agiles de Laurent Blondiau («Pulsations nocturnes») nous propulsent dans une atmosphère singulière.

Les flâneries, tantôt apaisées, tantôt déchirantes, de Laurent Dehors, à la clarinette basse, nous font tanguer entre tourmente et abandon («Dehors dans les nuages»).

Sur «Ti pièce en or», les variations de Guillaume Orti - aussi sensuelles qu’inquiétantes - auxquelles il mêle le chant, semblent parfois devoir se débattre de l’emprise d’un animal tentaculaire.

Ces trois longues improvisations en duos - remarquables d’imagination, d’échanges et d’écoute - sont «encadrées» par deux autres impros, en trio basse/batterie cette fois.

«Crasy orgue café» installe le mystère en un thème récurant, tandis que «Triorgue» n’hésite pas à faire s’entrechoquer musique contemporaine et groove brûlant. Écoutez l’archet de Tcahmitchan frôler les cordes de sa contrebasse, écoutez comment Echampard colore l’espace. Écoutez comment Emler arrive à fusionner tout ça. Magnifique et captivant.

Il y a de beaux orgues aussi en Belgique. À quand une petite tournée ?

 

A+

Commentaires

Excellente suggestion... et belle chronique qui donne envie ! on va essayer d'écouter cela...

Écrit par : ptilou | 04/09/2011

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