12/08/2011

Aorta - Paul Van Gysegem Sextet

 

Il y  a quelque temps, lors d’un échange de mails, Gérard Terronès (l’homme au chapeau, l’infatigable patron de Futura et Marge) me confiait en fin de message, un peu las et sceptique : « Je m'apprête à rééditer en mars et en CD le vieux LP Futura Ger 27 "Aorta" de  Paul Van Gysegem sextet (1971), ça va intéresser combien de citoyens Belges ? ».

Pour être honnête, je ne connaissais pas ce disque. Et le nom de Paul Van Gysegem ne m’était pas des plus familiers. Hé oui, j’ai de grosses lacunes. Peut-être avais-je juste lu son nom - en effet, j'ai vérifié - dans une analyse sur «le free jazz à Gand dans les années ‘60» écrite par…  Patrick De Groote !

Je me suis donc renseigné sur ce disque et j’y ai lu alors des noms que je connaissais un peu mieux : le pianiste Jasper Van ’t Hof,  le batteur Pierre Courbois et… Patrick De Groote à la trompette ! Mince, le même De Groote dont j’avais lu l’essai* !

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Alors, comme ça, ce disque n’intéresserait que peu de gens ?

En tout cas, moi, il m’intriguait sévèrement.

J’avoue que dans les années septante, je n’écoutais pas de free jazz (j’étais encore jeune, si, si…). Mais j’ai quand même pas mal écouté, depuis, ce qui se faisait à l’époque (Pharoah Sanders, Albert Ayler, Sunny Murray, Cecil Taylor, Peter Brötzmann, etc.).

Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que je découvre, non seulement ces musiciens fantastiques, mais surtout cet album aussi incroyablement brutal qu’excitant ?

« Aorta » a été enregistré en 1971 à l’Université de Gand et s’ouvre sur quelques grincements d’archet de Paul Van Gysegem (cb). Puis, le vibraphone de Ronald Lecourt ricoche et le piano claque des arpèges disparates, rapides et énervés. Van ‘t Hof pince les cordes, étouffe les sons, les fait hurler. La trompette de De Groote postillonne, le sax de Nolie Neels cancane, la batterie de Pierre Courbois tape dans tous les sens. Ça jaillit de partout. On dirait un compteur électrique qui vient de se désintégrer. Et puis ça continue, et tout s’emballe, avec une énergie décuplée, sur le deuxième morceau (« Voor Anouk »). Un déluge, une explosion… Et on remet ça, en changeant l'axe.

Jusqu’à la fin, la machine tourne à plein régime, sans jamais faiblir. C’est un tourbillon infernal qui nous emmène. On est dans le plus pur free jazz de la fin des années ‘60. Tout est improvisations ravageuses, fureur et exaltation sans frontière. Et les six musiciens savent comment donner toute la puissance à leur musique : chacun s’encourage, pousse l’autre, le tire vers le haut, le relance. Tout est en ébullition constante et en rebondissements improbables.

Jusqu’à l’ultime note, le dernier souffle, le cri suprême, le cœur a pompé au maximum… mais il n’a pas lâché.

« Aorta » est sans aucun doute l’un des disques majeurs du free jazz et tout qui s’intéresse de près ou de loin à cette musique se doit de le posséder. C’est d’une modernité inouïe. Et c’est un modèle du genre. C'est un must absolu.

 

Merci Gérard. Il y en a d'autres, des trésors cahés?

 

A+

 

 

*on peut retrouver ce texte en allant ici et en cliquant sur Free Jazz in Gent rond de jaren zestig (dans la rubrique "divers").

 

 

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