14/06/2011

Riccardo Luppi's Mure Mure au f-Sharp

Dimanche 29 mai, je bosse une grosse partie de la journée et je fais l’impasse sur les concerts organisés par les Lundis d’Hortense sur la Grand Place à l’occasion du Jazz Marathon.

Hé oui…

Vers 20h, je finis  quand même par me rendre du côté de Matongé, rue de Dublin.

C’est là que le f-Sharp a élu domicile après s’être fait mettre à la porte du Théâtre Molière où il résidait depuis quelques mois déjà. Le f-Sharp, c’est une bande de copains bénévoles, fondus de jazz et d’autres musiques qui remuent les tripes et les neurones. Après avoir souvent été déclaré mort, f-Sharp résiste comme un virus persistant - et c’est tant mieux - et continue d’organiser des concerts chaque dimanche soir, à la Salle Dublin.

riccardo luppi, manolo cabras, ben sluijs, f-sharp, lynn cassiers, joao lobo, el negocito

Ce soir, c’était Riccardo Luppi’s Mure Mure.

J’avais reçu ce disque, étrange et fascinant, édité par El Negocito Records, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en parler. Il a été enregistré live, lors du festival Ah-Um à Milan en 2008. Totalement improvisé. Un ovni. Un must.

Le groupe, c’est Manolo Cabras à le contrebasse, Lynn Cassiers aux chants et aux effets, Joao Lobo aux drums et Riccardo Luppi au sax ténor et à la flûte. Ils s’appellent Mure Mure car c’est dans ce petit bistro, derrière Flagey, qu’ils ont joué un de leurs premiers concerts.

Il est 20h45. En avant pour l’aventure.

Climat éthéré, ambiance sombre et douce. Le premier morceau est une lente progression plaintive. Telle le chant d’une sirène, Lynn nous ensorcelle.

Puis tout devient nerveux. Comme une mouche prisonnière d’un verre, le sax tente de s’échapper. Les rythmes deviennent erratiques, Manolo tire sur les cordes de sa contrebasse, Joao casse aussitôt les tempos qu’il initie…

On plonge ensuite dans un rêve d’enfant. Ambiance amniotique, sourde, feutrée. Le rêve est légèrement agité. L’archet de Manolo grince tendrement, Riccardo dépose un souffle chaud et rassurant. Joao s’aide de sachets plastiques pour frotter les peaux des tambours. Lynn ressort ses kazoo, clochettes, petites cymbales, hochets. Elle chante une histoire sans image.

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On flotte entre rêve et réalité, entre angoisse et apaisement, entre nervosité et langueur. Le quartette nous emmène dans un monde musical étonnant, il tente de nous câliner, de nous bercer, de nous blesser aussi, et de nous perdre… pour mieux nous rattraper au dernier moment. L’expérience est déroutante, mais tellement excitante.

Il y a une telle connivence entre les musiciens, qu’ils peuvent improviser des histoires comme ils veulent. C’est un cadavre exquis. Exquis.

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C’est à ce moment que le groupe invite sur scène Ben Sluijs (as). Très vite, les échanges musclés s’échafaudent entre lui et Luppi. Avec la rythmique en appuis, on s’imagine vite une pyramide humaine se former dans notre esprit. C’est vif, intelligent et surprenant. Les mélodies s’esquissent. À nous d’imaginer ce qu’elles pourraient devenir car les musiciens suivent déjà une autre piste. Ça ri, ça s’amuse, ça échange. C’est de l’impro totale et jamais le public n’est laissé pour compte. La preuve, il demandera un rappel.

Et le disque, me direz-vous ? Hé bien le disque, c’est exactement pareil. Mais totalement différent.

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A+

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