11/06/2011

Brussels Jazz Marathon 2011

 

Plutôt «light» mon Jazz Marathon, cette année.


Sorti tard du bureau vendredi, je suis allé directement sur la Grand Place. J’aurais pu aller écouter Manu Domergue et Etienne Richard au Sablon, ou revoir Borderline à la Place Ste Catherine, mais non… je suis allé voir Eric Legnini. Et Krystle Warren.

Le temps de m’enfiler une pita chez Plaka (ce sont quand même les meilleures) et me voilà devant la scène.

Legnini derrière le Fender, Frank Agulhon derrière la batterie et Thomas Bramerie derrière la «volante» qu’il teste avant de l’emmener en tournée en Asie.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

C’est «Black President», puis «Kitchen Maquis». Ça groove, même si le son de façade est moyen. Eric – et les autres – ont l’air sincèrement heureux d’être là. Entre eux, c’est indéniable, il y a une complicité étonnante. Et quand Krystle Warren arrive pour chanter «Joy», on la sent tout de suite à l’aise dans ce groupe. Sa voix est assez incroyable. Graineuse, grave et claire à la fois. Casquette vissée sur la tête, les mains dans les poches, Krystle a enfilé sa veste, elle trouve le temps un peu frisquet. On a connu des Jazz Marathon sous des cieux bien moins cléments. Les thèmes s’enchaînent, Krystle se réchauffe et empoigne sa guitare, puis se lâche dans des impros vocales profondes sur «The Old And Grey». Entre folk, pop et soul jazz, le trio embarque avec lui un public ravi.

Je descends Rue des Riches Claires, vers le Floreo, pour écouter Alegria. Ben Prischi (p) et Nico Chkifi (dr) terminent le premier set. J’arrive juste au mauvais moment. Le temps de partager une bière avec les musiciens, de discuter un peu avec eux et je remonte vers le Lombard pour écouter Gratitude Trio, c’est-à-dire Louis Favre (dm), Jereon Van Herzeele (ts) et Alfred Vilayleck (eb).

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

J’avais pris une belle claque avec ce groupe, l’année dernière au même endroit. J’ai donc tendu l’autre joue avec délectation cette année. Et je ne l’ai pas regretté. Encore plus soudés, encore plus forts et encore plus complices, ces trois mecs y vont à fond! C’est un bouillonnement inouï qui se dégage de ce trio. L’écoute est parfaite entre eux et les challenges qu’ils se lancent sont fantastiques. Il y a une énergie folle qui galvanise les musiciens et le public. On y sent les influences d’Albert Ayler ou de Coltrane. De Peter Brötzmann aussi sans doute. C’est explosif, incandescent. Les musiciens explorent la musique, malaxent les sons, bousculent les idées toutes faites. Jereon dompte l’Ewi puis revient au tenor, Louis fait exploser ses fûts et Alfred déglingue sa basse. C’est de la pyrotechnie excessivement bien réglée !

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Retour sur la Grand Place. Du blues, de la soul et du funk : Marc Lelangue (eg) et sa belle bande d’Heavy Muffuletas font chavirer la foule. Ça balance sec : Laurent Doumont (ts), Jean-Paul Estiévenart (tp) et Alain Palizeul (tb) forment une sacrée section de cuivres! Et quand Mariana Tootsie prend la scène, ça déménage aussi. Quelle voix ! Quelle puissance, quelle aisance, quelle présence. Pas de chiqué, pas de triche, Mariana remet quelques pendules à l’heure. Du bonheur.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Je serai bien allé écouter Fabian Fiorini à Flagey, mais je craignais de ne pas pouvoir entrer, une fois le concert commencé. Alors, j’hésite : la jam à la Jazz Station avec Pascal Mohy, Sal La Rocca et Lieven Vencken ou terminer au Sounds? Allez, juste un détour du côté de la rue de la tulipe. Le trio de Legnini termine son deuxième set. Il y a du monde jusque sur le trottoir. La nuit avance. On bavarde, on rigole, on écoute, on applaudit. Le trio et la chanteuse ne lâchent rien. Ils en donnent au public. Fin du troisième set. Le public se disperse peu à peu. Je bavarde avec Eric, Frank et d’autres musiciens qui se sont donnés un ultime rendez-vous au club.

jazz marathon,manu domergue,etienne richard,borderline,eric legnini,krystle warren,frank agulhon,thomas bramerie,jereon van herzeele,nico chkifi,ben prischi,alfred vilayleck,louis favre,alegria,gratitude,marc lelangue,laurent doumont,jean-paul estievenart,alain palizeul,mariana tootsie,guillaume vierset,lift,dorian dumont,thomas mayade,emily allison,marjan van rompay,jens bouttery,sep francois,hugo antunes,jerome klein

Il est plus de 2h30, Eric, Frank et Thomas remontent une dernière fois sur scène. Ils jouent pour moi… Oui, enfin, pour quelques autres irréductibles aussi… Jazz after hours, c’est magique et ça ne s’explique pas.

 

Samedi 16 heures, Place Fernand Cocq.

Jury des jeunes talents. J’adore ça. Pourtant, il faut désigner un gagnant. Un seul. Pas si drôle.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Il y a  d’abord le quartet de Guillaume Vierset (g). Pas simple d’ouvrir un concours. Le début est un peu timide, puis ça se réchauffe. Le groupe installe des climats, joue l’intimité, puis se s’ouvre un peu. Le vibraphone (Jérôme Klein) apporte une couleur assez intéressante au groupe, une sorte de luminosité légèrement décalée. C’est super bien exécuté, ça groove souvent, mais ça reste peut-être encore un tout petit peu trop sage à mon goût.

 

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

C’est au tour de Lift de monter sur scène. Ici, on repère vite de belles personnalités, comme Dorian Dumont aux claviers ou Thomas Mayade au bugle. Et puis il y a, bien sûr, la voix d’Emily Allison. Lift propose une musique assez sophistiquée où l’on devine aisément les influences de David Linx, mais aussi de chanteurs plus pop. Le groupe n’hésite pas à prendre des risques sur des compositions parfois complexes. Les échanges entre voix et bugle se jouent souvent sur le fil du rasoir («Dark Flow»). L’équilibre est parfois précaire et l’exercice difficile.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Avec Franka’s Pool Party de Marjan Van Rompay (as), on entre dans un autre registre. Ici, on ressent déjà une belle maturité et une vision assez claire. Le répertoire, résolument actuel, a mûri sur le terreau d’Ornette Coleman. Le drumming nerveux et hyper découpé de Jens Bouttery et les envolées de Sep François au vibraphone se mélangent à merveille aux attaques incisives de la saxophoniste. Hugo Antunes ajoute du liant à l’ensemble. Le set est nerveux, précis, clair et sans bavure.

jazz marathon, manu domergue, etienne richard, borderline, eric legnini, krystle warren, frank agulhon, thomas bramerie, jereon van herzeele, nico chkifi, ben prischi, alfred vilayleck, louis favre, alegria, gratitude, marc lelangue, laurent doumont, jean-paul estievenart, alain palizeul,mariana tootsie, guillaume vierset, lift, dorian dumont, thomas mayade, emily allison, marjan van rompay, jens bouttery, sep francois, hugo antunes, jerome klein

Le choix n’est pas facile du tout. Le débat au sein du jury est assez animé. C’est indécis. Faut-il primer la justesse, la modernité, la prise de risque, la cohésion, l’originalité, la qualité des compos, la qualité des interprétations? Il faut juger avec le cœur, avec la tête… Peser le pour, le contre. Difficile.

Finalement, c’est Lift qui l’emporte et qui aura la chance d’aller jouer, entre autres, au Jamboree à Barcelone, le 26 juillet. Quant à Jens Bouttery, il emportera le prix du meilleur soliste.

On entendra encore ces trois groupes au Sounds le 24 juin. Venez vous faire une opinion, ça vaudra la peine.

Après cela, je serais bien allé au Théâtre Mercelis écouter Lab Trio puis Kris Defoort. Ou Isabelle Antena au London Calling ou Vincent Thekal à la Fleur en Papier Doré, Laurent Doumont à la Grand Place, Philip Catherine au Sounds, Nono Garcia à la  Jazz Station… mais je suis un peu crevé et dimanche sera un longue journée de boulot… sans jazz… ou presque.

J’avais dit «light», non?


A+

Commentaires

ça bouge à BruXelles ! Scène jeune et riche !

Écrit par : ptilou | 01/07/2011

Les commentaires sont fermés.