02/06/2011

Octurn & Tibetan Monks of Gyuto à l'Espace Senghor

Après le festival Jazz à Liège, je suis allé écouter le dernier projet d’Octurn à l’Espace Senghor. C’était le dernier concert d’une série de six qui avait débuté à Grenoble.

C’est là-bas, à la suite d’une suggestion du programmateur du Festival Détours de Babel, Benoît Thiberghien, que l’aventure a commencé. Bo Van Der Werf avait reçu une carte blanche suite au succès du projet Octurn/Ictus Gamelan. Alors, jamais à court d’idées originales, il proposa une rencontre entre Octurn et les Moines de Gyuto.

La "philosophie musicale" de ces moines tibétains est basée sur le tantrisme. Il est donc question d’aller au plus profond de soi et d’élever au plus haut l’esprit humain.

Mélanger cette culture musicale à la nôtre n’est pas simple si l’on veut en faire quelque chose d’authentique et de sincère. Mais pour cela, on peut compter sur Bo. Alors, il est allé passer quelques semaines au milieu des moines du monastère de Gyuto, au nord de l’Inde, afin de s’imprégner des rites et de l’esprit de cette communauté.

Et puis, il les a convaincus de venir partager la scène.

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Cela donne six moines qui entonnent un chant guttural d’une profondeur inouïe et six musiciens qui s’immiscent lentement et avec beaucoup de respect dans cet univers particulier.

Basés sur une technique vocale ancestrale, les moines produisent des sons très graves qui deviennent vite des chants envoûtants.

Ils chantent, mais s’accompagnent aussi d’instruments traditionnels: Rolmo ou Tingsha (cymables), tambours ou clochettes. Ils suivent du doigt le mouvement de lignes tracées sur d’épais papiers.

Le souffle, ou plutôt les souffles - puisqu’il s’agit de diphonie - sont continus, longs, et modulés. Cela en devient vite hypnotique.

La musique d’Octurn, sombre et lumineuse à la fois, continue son maillage avec ces voix étranges. C’est aussi onirique que lucide. Il y a une fusion quasi naturelle qui se crée entre ces deux mondes que l’on croyait pourtant assez éloignés.

Le drumming de Chander Sardjoe, tout en décalage, fait écho à la basse roulante de Jean-Luc Lehr. Le piano de Fabian Fiorini cristallise les notes. Jozef Dumoulin et Gilbert Nouno inventent des sons aquatiques et irréels. Il y a comme une poudre d’or invisible qui se dépose sur la musique.

Le mélange se fait, puis se défait.

Suivant leur rite propre, les moines se coiffent de différents chapeaux ou se drapent dans différentes écharpes. Le chant s’exprime différemment. Toujours aussi lancinant, sobre et retenu. Le sax baryton de Bo Van Der Werf joue la cascade puis laisse la place à deux énormes Dung Chen, les trompes tibétaines.

On passe ensuite dans un autre univers, ou plutôt dans une autre partie de cet univers. Les Chos Rnga (gros tambours juchés au bout d’une hampe et frappés à l’aide de grandes baguettes incurvées) répondent à la musique d’Octurn. Quand on connaît les métriques parfois complexes du groupe, on s’étonne de la justesse avec laquelle les musiciens tibétains frappent leurs tambours. Il doit y avoir, indéniablement, un fluide qui passe entre eux et nos jazzmen. La musique n’a décidément pas de frontière. Certains moments sont intenses, d’autres un peu plus flottants. On sent les groupes à la recherche d’une certaine osmose. Mais quand la communion est totale, on sent intérieurement qu’il se passe quelque chose.

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Et puis, les moines replient étoles et chapeaux et se lèvent. Ils ont soudain l’air immenses. Le groupe se lève aussi et tout le monde salue la salle sous les applaudissements nourris.

On ressort du Senghor un peu plus léger. Un peu plus sage, peut-être. Avec l'envie d'en connaître un peu plus, aussi. Alors on attend le prochain voyage avec impatience.

A+

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