01/05/2011

Borderline au Sounds

Voilà encore une bande de jeunes avec qui il va falloir compter.

Ce n’est pas la première fois que je les vois sur scène, je ne les ai jamais vus ensemble, mais chacun dans des projets différents : Lorenzo Di Maio (eg) avec 4in1, entre autres ; Julien Tassin (eg) avec Manu Hermia ou Da Romeo ; Antoine Pierre (dm) avec Metropolitan quintet ou Adrien Volant ; et Marco Bardoscia (b) avec Raffaele Casarano, par exemple.

Les deux guitaristes s’étaient déjà produits plus d’une fois en duo, au Sounds, comme ce jeudi d'avril. Maintenant à quatre, ils forment un groupe au nom assez explicite : Borderline.

borderline, sounds, antoine pierre, marco bardoscia, julien tassin, lorenzo di maio

Dès le départ, le son est très rock. Cela frôle même, de temps à autre, le hard-rock. Les riffs déferlent par vagues successives et continues, plus puissantes les unes que les autres.

Toujours mené tambour battant, le deuxième morceau («Half A Waltz»?) revient cependant dans un idiome plus jazz, même si Tassin enfonce le côté rock du groupe. Il évoque autant Jimmy Page que les glissandos d’Hendrix, faits de sons «aquatiques», avec feedback et reverb. Un rock qui transpire le blues et le jazz. À moins que ce ne soit l’inverse.

Lorenzo Di Maio est sans doute moins démonstratif mais pas moins efficace. Son jeu est d’une étonnante virtuosité. Il se glisse au travers des harmonies telle une anguille et donne de la souplesse à l’ensemble.

borderline, sounds, antoine pierre, marco bardoscia, julien tassin, lorenzo di maio

Oui, l’esprit est rock, mais les mesures sont souvent composées. Parfois même complexes. Et elles ne manquent jamais de groove ni de… swing. Car ça swing! Un swing contemporain, sans œillères ni frontières. Vous avez dit Borderline? Allons, ça va bien plus loin que ça et le groupe parvient à fusionner les genres. Ce n’est pas nouveau me direz-vous, certes, mais la manière d’y arriver et le résultat obtenu méritent que l’on s’y intéresse.

«Aka Mood» oscille entre le phrasé d’un Georges Harrison ou d’un Bill Frisell, et des accélérations subites nous entraînent vers le grunge d’un Nirvana.

«Tunes Up» à tout pour lui. Une ligne de basse obsédante, des guitares qui jouent tantôt à l’unisson ou qui, au contraire, se montent le bourrichon. C’est nerveux, puissant, presque psychédélique. Le groupe est soudé et se lance des défis tout en prenant un plaisir perceptible. L’esprit jazz est bien là, bien dans son époque. Marco Bardoscia alterne basse électrique et contrebasse avec le même bonheur. La poigne est puissante, le son est  boisé et charnu.

Antoine Pierre est également à l’aise (mais où ne l’est-il pas?) dans ce contexte. Il n’est pas du genre à «attendre» ou à «simplement» donner le change. Antoine ponctue fermement, redouble un rythme, décale un tempo, entraîne toujours le groupe vers l’avant. Énergique, souple et mobile à la fois, son jeu est impressionnant.

borderline, sounds, antoine pierre, marco bardoscia, julien tassin, lorenzo di maio

À l’entame du deuxième set, Julien Tassin et Lorenzo Di Maio démontrent, en duo, toute leur sensibilité et leur complémentarité. Les échanges sont complices et le mélange des couleurs est des plus réussis. Après «Stange Meeting» de Frisell, on passe à «Asphalt» qui évoque un morceau de Scofield dont on aurait débridé le moteur et gonflé les cylindres pour en faire un truc énorme aux roues surdimensionnées. Le groupe va à fond dans un jazz blues puissant tout en proposant un maximum de nuances.

Borderline puise dans les racines du jazz pour en faire fleurir de nouveaux fruits survitaminés. Et ça fait du bien. À suivre avec attention…

A+

Les commentaires sont fermés.