07/03/2011

Alexandra Grimal Quartet au Sounds

 

Vainqueur, en 2007, du Tremplin Jazz à Avignon, le quartette d’Alexendra Grimal avait gagné le droit d’enregistrer un album aux Studios La Buissonne. Résultat, “Seminare Vento” est sorti en fin d’année dernière et a été salué, comme il se doit, par la critique.

 

Ce jeudi 18, la saxophoniste française et ses trois camarades, Joao Lobo (dm), Giovanni di Domenico (p) et Manolo Cabras (cb) étaient venus présenter ce petit bijou au Sounds.

 

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Comme une brise, le premier morceau se lève doucement. Le souffle de Grimal est ample, souple et caressant, parsemé de légères brisures, comme quelques coups de canifs sur une surface qui pourrait paraître trop lisse. Ce souffle chaud, presque minimaliste, grossit, ondule puis s’estompe. Grimal module à la perfection les effets et instaure une poésie immédiate.

Le groupe est concentré, attentif l’un envers l’autre, soucieux des moindres variations.

La musique est délicate. Entre les non-dits, les ambiances obscures et les mélodies plus évidentes, le quartette laisse respirer les sons et les silences. Atmosphère, atmosphère.

Mais certains morceaux se veulent plus éclatés. A la batterie, Joao Lobo joue de toutes les baguettes avec finesse, délicatesse et nervosité. C’est ciselé et découpé. Il fait résonner les clochettes et les cymbales et étouffe le son de ses tambours. Puis, il éparpille les idées, destructure la trame harmonique et redistribue finalement les rythmes (“Crista”).

Souvent très introverti, le jeu de Giovanni di Domenico n’en est pas moins lumineux. Ses interventions sont souvent surprenantes d’inventivités et de justesse. Le jeu est hyper mobile, sec et franc. On le sent autant inspiré par la musique de Debussy que par celle de Paul Bley ou de Monk. Tout en maîtrisant les dissonances, il injecte des accélérations courtes et décisives. Joue avec les silences ou les notes suspendues. Puis il revient avec des ostinatos obsédants, plaquant l’accord jusqu’à le vider de son sens.

 

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Avec “Eh!”, le soprano de Grimal serpentine joyeusement et se fait indomptable. Bien vite la musique est chauffée à blanc, excitée par un drumming des plus incandescents. Cabras et di Domenico plongent dans l’action. L’excitation monte et un swing contenu éclate finalement en un final orgasmique.

D’autre part, le minimalisme est parfois poussé à l’extrême. En introduction de “Passage”, à l’ambiance presque fantomatique, Manolo Cabras joue les bruissements, le souffle, le feulement, le grincement, le craquement. Di Domenico pince ou bloque les cordes de son piano, puis fait couler les notes en un ruissellement cristallin. Lobo fait bouillonner sourdement ses toms et Grimal alterne les notes sombres et graves avec des éclaboussures brillantes. Univers étrange et fascinant.

Le quartette d’Alexandra Grimal nous a offert, une fois de plus, un concert plein et intense, fait de ruptures et de délicatesse. Dans cette ambiance généralement intime, rien n’est jamais vraiment lisse et chaque instant est une tension. La connivence entre les musiciens du groupe est évidente et est sans aucun doute l’une des clés de cette belle réussite.

 

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Je vous conseille également l’écoute de “Owls Talk” (Hôte Marge/Futura Marge) d’Alexandra Grimal, avec Paul Motion, Gary Peacock et Lee Konitz, mais aussi l’étonnant “Clinamen” (Off/Rat Records) de Giovanni di Domenico, avec Arve Henriksen (tp) et Tatsuhisa Yamamoto (dm) ou encore “Mure Mure” (Negocito Records) de Ricardo Luppi (ts), Manolo Cabras (b), Joao Lobo (dm) et Lynn Cassiers (voc). Mais on en repparlera…

 

A+

 

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